L'intimité d'"Une famille syrienne" entre guerre et survie

Survivre au quotidien au milieu des bombes et des tirs de snipers, c'est le sujet d'"Une famille syrienne", deuxième film poignant du réalisateur belge Philippe Van Leeuw.

Dans une Syrie en guerre, Oum Yazan essaie tant bien que mal de préserver une vie de famille normale avec ses trois enfants, son gendre et son beau-père. Malgré les pénuries et le danger, la mère de famille a recueilli un couple de voisins et leur nouveau-né. 

Au milieu d'un immeuble pillé et désert, les protagonistes, enfermés dans un huis clos, sont tiraillés entre la peur et l'espoir, le choix de fuir ou de rester.

Après "Le jour où Dieu est parti en voyage", Philippe Van Leeuw monte en puissance dans ce nouveau film, loin des bons sentiments.

Unité de lieu, de temps et d'action : comme dans une tragédie classique, "Une famille syrienne" joue sur la concentration de l'intrigue. Celle d'une journée particulière pour des civils confrontés à la guerre, avec un seul objectif : survivre. 

Et si le réalisateur de 63 ans prend soin de faire entrer en douceur le spectateur dans le quotidien de cette famille, la tension monte au fur et à mesure de la journée, jusqu'à atteindre son paroxysme dans une scène d'une extrême violence. 

Je ne fais pas de politique

Que Philippe Van Leeuw choisit justement de ne pas montrer complètement : tenue à distance et cachée, la guerre se passe souvent hors champs. Un procédé qui souligne paradoxalement la violence plus qu'il ne la dissimule. 

Les bombes, les snipers et les profiteurs de guerre sont à l'extérieur. Lorsqu'ils entrent par effraction dans la maison pour se livrer à un viol, le spectateur entend, tout comme la famille, recluse dans une pièce, les cris de la victime. Sans pouvoir intervenir.

"Je suis parti de cette colère, de ce sentiment d'impuissance face à des choses terribles qui se passent sous mes yeux" pour faire ce film, explique le réalisateur dans les notes de production.  

Avec un contexte historique et politique réduit au minimum, le film préfère se situer "au cœur de l'humain", loin des querelles partisanes. "Je ne fais pas de politique", affirme Philippe Van Leeuw : dans "Une famille syrienne", il n'y a ni méchants ni gentils, juste des agresseurs dont on ne connait même pas le camp, et des victimes de la guerre. 

Dans un film au final très féminin, les deux actrices principales — Hiam Abbas dans le rôle d'Oum Yazan et Diamand Abou Abboud dans celui de Halima — tirent leur épingle du jeu, grâce à une interprétation très convaincante. 

"Hiam est née en Palestine, elle a grandi au milieu des bombes", explique le réalisateur, qui n'a recruté que des acteurs syriens, Juliette Navis et Diamand Abou Abboud mises à part. "C'était important pour moi qu'ils puissent s'appuyer chacun sur leur vécu." Avec pour résultat un film puissant, qui remue en profondeur.

Le film sort en Belgique le 18 octobre prochain.