L'interview de Laurent Lafitte pour "Boomerang"

Laurent Lafitte
Laurent Lafitte - © Paul VALLESPI

L'émission "Tellement ciné" a rencontre avec Laurent Lafitte, pour son rôle dans le dernier film de François Favrat, "Boomerang", qui sort en salles cette semaine. L'interview intégrale.

 

Gorian Delpâture : On va passer par l’étape obligatoire, vous allez nous parler un peu de qui est Antoine, qui est ce personnage ?

Laurent Lafitte : C’est un homme, j’ai envie de dire "jeune homme" parce qu’il a un peu du mal à devenir un homme justement, il est un peu ralenti par ce qu’il va découvrir être de gros secrets de famille… c’est un type qui vient de divorcer, qui est voilà, dans une période de sa vie où ça n’avance pas, et un peu par hasard, il va se rendre compte que ce qu’on lui raconte sur la mort de sa mère, qu’il a perdue quand il avait 10 ans, n’est pas totalement conforme à la vérité. Et il va sentir que c’est à cet endroit-là qu’il y a un blocage. Donc, il va enquêter sur la mort de sa mère, et ce qu’il va découvrir c’est un, voire plusieurs secrets de famille qu’il ne pouvait pas soupçonner.

C’est votre 2ème collaboration avec le réalisateur François Favrat.

Oui.

Qu’est-ce que vous pensez de lui ? Comment ça se passe le travail avec lui ?

Ben bien, sinon je n’y serais pas retourné. Je ne suis pas maso. Quoique je pense qu’il y a peut-être certains réalisateurs difficiles, mais quand les films sont beaux, on prend sur soi. Mais là en l’occurrence, je savais que ça allait bien se passer parce que ça s’était bien passé sur notre première collaboration, même si elle avait été beaucoup plus courte, et puis j’ai adoré le scénario, j’ai trouvé qu’il y avait cette qualité un peu anglo-saxonne dans l’efficacité du polar, il y a un rythme dans le récit qui oui se rapproche un peu du polar, de l’enquête à tiroirs comme ça, on a envie de savoir, de connaître la vérité, on est complètement en empathie avec le personnage, on a envie d’aller au bout de cette enquête, et puis en même temps, la densité d’un drame familial, c’est-à-dire que là, ce n’est pas un flic qui enquête sur un meurtre qui ne le concerne pas, c’est quelqu’un qui enquête sur la mort de sa mère, et du coup chaque événement, chaque élément qu’il va découvrir est bouleversant pour lui.

Donc il y a une charge émotionnelle qui est très forte. Et puis le rapport entre les générations, dans le film, le rapport à la vérité n’est pas le même selon les générations et à l’importance de cette vérité-là. Il y a la grand-mère qui est jouée par Bulle Ogier qui est elle d’une génération qui est plus habituée à gérer les secrets de famille, qui en fait, même… qui croit même être un instrument de stabilité d’une famille, il y a le père qui est joué par Wladimir Yordanoff qui lui, est un peu tiraillé entre l’exigence de vérité de ses enfants et le désir de tout contrôler par le secret de sa mère, et puis, il y a Mélanie Laurent qui fait ma sœur, et moi-même qui sommes plus jeunes qu’eux forcément, et ben, nous on est plus de la génération psychanalyse, verbalisation, la vérité comme une valeur, et on a envie de savoir quoi.

Le scénario est basé sur le roman éponyme de Tatiana de Rosnay, roman que vous n’avez pas lu et je pense que vous ne lisez jamais les bouquins dont sont tirés les scénarios…

Alors, sauf si on me propose un scénario d’un livre que j’ai déjà lu, là je ne peux pas revenir en arrière, ça m’est arrivé, mais oui sauf si le réalisateur me demande de le lire. S’il pense qu’il y a des éléments qui vont m’aider, je le lis. Mais moi en tant que comédien, je n’ai pas ce besoin-là, ni même cette envie parce que j’ai peur de peut-être moins apprécier le scénario ou d’avoir l’impression qu’il y a des éléments qui sont dans le livre et qui n’ont pas été retenus dans le scénario, et je trouve ça dommage, et je n’ai pas envie de commencer à mettre mon nez là-dedans et à devenir, comment dire, faire un compte-rendu de lecture ou faire du speed doctoring sur quelque chose qui ne me concerne pas. Donc par respect pour la vision du réalisateur, et parce que c’est sur son film et sur son scénario que je m’engage, ce n’est pas sur le roman. Donc, je préfère ne pas lire, oui.

Vous avez incarné, il n’y a pas longtemps, un papa qui ne voulait plus garder ses enfants, dans " Papa ou maman ", c’est la dernière fois qu’on s’est vu, ici on est dans toute autre chose, c’est important pour vous d’alterner des rôles plus comiques et des rôles plus sérieux ?

Ben oui, là c’est deux films qui parlent de la famille mais de manière un peu différente, c’est sûr, mais ça parle de choses, oui, mais pour moi il n’y a évidemment pas de sous-genre et " Papa ou maman " dans sa drôlerie, avec ces deux parents qui font tout pour ne pas avoir la garde, parle très bien des gens qui se déchirent pour avoir la garde. Donc après, c’est juste par le prisme de la comédie. Mais je pense que tout film a, pas son message, mais donne en tout cas une vision de la société dans laquelle on vit. Drame ou comédie.

C’est un film optimiste parce que c’est un personnage qui n’est pas en perdition

En tant que comédien vous avez plus de plaisir à jouer une comédie, à jouer un drame ou c’est vraiment la complétude de jouer justement tous ces genres ?

Ben, c’est ça, c’est de pouvoir alterner qui me donne beaucoup de plaisir. Souvent, quand je fais un film un peu plus dramatique, j’ai hâte de tourner une comédie, et quand je joue une comédie, je me dis aussi : tiens, j’espère que le prochain ce sera quelque chose d’un peu plus dense, d’un peu plus calme, donc oui, c’est d’alterner les deux qui est agréable.

Si on devait coller une étiquette sur ce film, " Boomerang ", ce serait plus un drame familial ou un thriller ?

Ah… alors, drame familial, on a l’impression qu’il y a un grand… je trouve que ce n’est pas un film dramatique dans le sens où ce n’est pas un film sombre. C’est un film dense, il y a du drame, il enquête sur un événement dramatique, mais qui fait partie du passé. C’est plus les répercussions d’un événement dramatique et de la manière dont on l’a géré. Mais je trouve que c’est un film qui fait du bien. C’est un film optimiste parce que c’est un personnage qui n’est pas en perdition, c’est un personnage qui prend les choses en main, qui essaie d’aller mieux, qui essaie de faire en sorte que sa famille fonctionne sur des bases saines. C’est un film qui se termine bien. Qui est optimiste. Donc drame, je ne sais pas. Fresque, ça paraît un peu trop monumental, fresque familiale, mais je ne sais pas si on est dans le drame. Je ne sais pas.

Dans le thriller ?

Dans le thriller ? Oui, il y a… oui, parce qu’on se demande, elle est morte, qu’est-ce qui s’est passé ? Elle est morte d’un accident ? Elle s’est suicidée ? On l’a tuée ? Il y a des interrogations qui sont de l’ordre du thriller, quand même. Et c’est aussi le nerf, la colonne vertébrale du film. C’est ce qui nous tient en haleine aussi. Donc, il y a une dimension… oui, il y a une dimension thriller dedans.

Sans vouloir faire de comparaison exagérée ou de flagornerie, en regardant le film j’ignorais à ce moment-là que c’était une adaptation d’un bouquin de Tatiana de Rosnay et j’ai senti quelque chose d’hitchcockien, de "Rebecca" de Daphné du Maurier, est-ce que ce côté hitchcockien vous l’avez senti aussi en tournant ce film ?

Complètement. Le fait que ça se passe à Noirmoutier, le Passage du Gois, qui est, pour les gens qui ne connaissent pas, une route qui relie l’île de Noirmoutier au continent et qui est submergée à marée haute, donc c’est un endroit assez dangereux, si on s’engage dessus et qu’on a mal estimé la vitesse de la marée, ça peut vraiment être très dangereux, il y a des gens qui meurent régulièrement sur cette route, donc ça, ça crée une menace, un peu comme la maison de Norman Bates dans "Psychose ", où il y a un rapport au lieu, qui est assez menaçant, assez dramatique, en même temps beau, et Tatiana de Rosnay est fan de Daphné du Maurier, elle a écrit une bio sur elle, elle écrit en anglais, elle a complètement cette culture anglo-saxonne, donc oui, il y a une dimension hitchcockienne dans le film. Oui.

Et qu’est-ce ça fait de répondre à mes questions sur " I was made for loving you " de Kiss ?

C’est pas ce que j’avais dans le casque.

Oh !

Je crois que j’avais un Kool and the Gang live à Rio.

Oh, quelle déception.

C’est différent. Mais il fallait quelque chose qui donne bien la patate, mais ça, ça donne la patate. C’est pas spécialement agréable, de danser pendant des heures devant une équipe qui ne danse pas. Parce que généralement quand on danse c’est tous ensemble. Donc là, j’ai l’air un peu bête.

Non, c’était très bien. Une très bonne scène. Merci beaucoup, Laurent Lafitte.

Merci.

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La séquence de Tellement ciné