L'interview de Laszlo Nemes pour Le Fils de Saul

Laszlo Nemes
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Laszlo Nemes - © PETER KOHALMI - AFP

C’est le Grand Prix du dernier Festival de Cannes, ç’aurait pu (dû) être la Palme d’Or : "Le fils de Saul", premier long-métrage du réalisateur Laszlo Nemes, affronte de face l’horreur d’Auschwitz avec une puissance d’évocation rarement atteinte.

Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer fait partie du Sonderkommando, groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et enrôlé par les Nazis pour les assister dans leur pla n d’extermination. Saul, qui travaille dans un des crématoriums, croit un jour reconnaître, dans l’amoncellement des cadavres, la dépouille de son fils. Il n’a alors plus qu’un seul but : lui offrir une sépulture décente…

Comment montrer l’inmontrable ? Comment filmer l’usine de mort que fut Auschwitz ? Le réalisateur Laszlo Nemes s’est posé ces questions essentielles, et y apporte des réponses d’une rare intelligence. En choisissant de s’attacher au parcours d’un homme, Saul, qui ne regarde plus autour de lui, qui exécute ses gestes quotidiens comme un automate pour tenter de survivre dans cet enfer, Nemes réduit délibérément le champ de vision du spectateur. A l’avant-plan, il suit les faits et gestes de Saul ; à l’arrière-plan, il imagine à travers des images fugitives l’horreur des rafles, des exécutions sommaires, des maltraitances infligées aux prisonniers du camp. Nemes a choisi un format d’image presque carré, intime, très loin du spectaculaire Cinémascope. Et il a travaillé les sons de son film avec une minutie extrême, suggérant l’horreur plutôt que la montrant. Résultat : " Le fils de Saul " ressemble à une plongée en apnée dans ce camp de concentration ; le film voulant fonctionner au présent, à la manière d’un reportage, évitant les mises en scènes sentimentales, les " reconstitutions " soignées et académiques. Au final, " Le fils de Saul " est sans doute un des films de fiction les plus bouleversants sur la Shoah. Et un grand film tout court.