L'interview de Jean Dujardin et Virginie Effira pour "Un homme à la hauteur"

Un homme à la hauteur
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Un homme à la hauteur - © TDR

Duo atypique de la comédie "Un homme à la hauteur", Jean Dujardin et Virginie Efira nous racontent la romance quelque peu compliquée entre une brillante avocate et un tout aussi éclatant architecte qui mesure 1m36 ! Cathy Immelen a rencontré les deux acteurs ravis de cette expérience et enthousiasmés par ce projet singulièrement original.

Jean Dujardin, Virginie Efira, merci d’être avec nous ! Quel regard portez-vous Jean sur cette expérience peu commune ?

 

J.D.  J’ai vraiment aimé ce film. Ça peut paraître arrogant, un peu prétentieux mais on peut aussi être spectateur de ses films, on a le droit, mais je trouvais qu’il avait un propos. Ce n’est pas simple de raconter une histoire comme celle-ci avec élégance, on a tendance parfois à imaginer ce genre de comédie avec un ton aisément plus burlesque, alors qu’en fait il y a beaucoup de retenue.  Et j’étais très content d’en être, d’en faire partie avec Virginie Efira.

 

Très beau couple de cinéma et très beau duo.  C’était la première fois que vous étiez réunis ensemble à l’écran. Ça s’est bien passé ?  On sent qu’il y a une réelle alchimie entre vous.

 

J. D. On le voit, oui.  Ben dis-le ! (rires)

 

V.E. Il était extraordinaire, il était génial ! Je suis folle ! Non, c’était hyper chouette parce qu’on pouvait craindre quelque part, avec les effets spéciaux et le fait que Jean ne mesure pas vraiment 1m36, que l’aspect technique puisse enlever un petit peu ce plaisir d’être ensemble. Laurent Tirard a veillé à ce que dans la plupart des scènes, nous puissions jouer ensemble et inventer des choses. Je ne sais pas très bien comment est née cette alchimie, mais j’ai l’impression que c’est aussi une question d’écoute. Être avec l’autre, pouvoir être dans la nuance et essayer de ne pas faire des personnages prototypiques, qui auraient deux adjectifs qualificatifs pour les définir, au contraire en faire des personnages avec pleins de contradictions.

 

J.D. Et de ne pas faire rire à tout prix.  C’est quelque chose que l’on a senti tous les deux. Savoir qu’en fait la proposition, la situation était beaucoup plus drôle que nous et c’est souvent l’écueil parfois dans les comédies : c’est l’envie de pousser les choses alors que non franchement, on n’a pas besoin d’être plus fort que l’image, pas besoin d’être plus fort que la situation. Je pense qu’on s’est trouvé très rapidement là-dessus, ça se passerait dans des toutes petites choses et surtout dans la vérité.

 

Mais il n’y a pas d’exagération dans le registre de la comédie  ou dans celui du misérabilisme avec un film super engagé sur ce handicap.

 

J.D. Non ça aurait été idiot de tomber dans le mièvre.  En revanche c’est vraiment l’expérience et le talent de Laurent Tirard et sa pudeur d’ailleurs, parce que c’est bien d’avoir de la pudeur et de la retenue aussi dans ce genre de film, de ne pas tomber dans le mielleux, dans le lacrymal, ce serait terrible.

 

 

Qu’avez-vous pensé tous les deux quand vous avez lu le scénario ?  Virginie ?

 

V.E. J’étais d’abord contente, ce n’est pas ce que j’ai regardé en premier parce que c’est l’ensemble des choses, c’est-à-dire cette idée à la fois originale, drôle et complexe qui m’intéressait. Après même, je trouve que c’est assez chouette aussi d’avoir un personnage féminin qui n’est pas juste une sorte de faire-valoir. Voilà, ce sont deux personnes entières qui se rencontrent  avec une part de complexité, avec le besoin de s’affranchir du regard qu’on peut porter sur eux et sur la différence. Voilà, ce sont des personnages entiers.

J’étais curieux de faire les essais. J’étais curieux de mesurer 1m36. 

 

Jean, vous avez accepté très rapidement je crois.

 

J.D. Très rapidement, oui. Ça m’arrive rarement effectivement. J’ai lu, j’ai appelé, parce que je voulais en être, je ne voulais vraiment pas que ce projet me passe sous le nez. D’habitude je prends un peu le temps de parler avec le metteur en scène pour savoir si on est d’accord, si on a la même envie, enfin en tout cas si j’ai bien lu, si j’ai bien compris ce qu’il voulait. Là, j’ai dit j’en suis et je veux savoir comment tu fais. J’étais curieux de faire les essais. J’étais curieux de mesurer 1m36. Il doit y avoir quelque chose là-dedans, je n’en sais rien, on peut l’expliquer en tout cas, cette espèce de régression, cette envie de régresser.

 

Ou peut-être d’avoir un regard d’enfant.

 

V.E. D’enfant…

 

J.D. Un regard d’enfant, peut-être. 

 

V.E. On peut chercher de ce côté-là oui.

 

J.D. On peut peut-être chercher, on ne va pas chercher trop longtemps mais ça fait partie de la panoplie ou de la salle de jeu que j’aime avoir. Il y a des déguisements, je les prends.

 

Mais est-ce qu’on peut dire que vous rentrez dans la peau d’une personne qui a un handicap ?

 

J.D. Non c’est difficile.  On peut attraper des choses. Il y avait, comment dire, Brice, ma doublure qui était là aussi pour ça, pour me donner un peu… pour avoir une sorte d’écho à sa vie. Je pouvais capter les choses, j’essayais de rester le plus fidèle possible sans être trop, comment dire ? Intrusif ? Mais en même temps, il me donnait ce qu’il voulait bien me donner, mais je reste quand même un acteur, un acteur à genoux. 

 

Et qu’est-ce que vous pensez si on avait pris réellement un acteur qui faisait 1m36 ?

 

V.E. Je pense que ce serait un autre film, d’ailleurs assez intéressant mais clairement un autre film.  Là, le dispositif et la particularité de ce film-ci, c’est-à-dire prendre Jean Dujardin qui en plus n’est pas un acteur spécialement entravé par son physique et de le réduire, ça participe aussi à mettre une légère distance avec le propos, pour pouvoir rire de manière différente aussi. Il y a une vraie originalité cinématographique. Enfin il y a une forme de convention et de fabrication évidente qui, pour moi, n’empêche pas, et ça je pense qu’on s’était tous mis d’accord là-dessus, une vérité qui serait celle de l’ordre du sentiment. 

 

Est-ce que vous avez eu peur à un moment donné qu’au début du film les gens calent un peu sur le fait que ce soit Jean et qu’ils se disent " Comment c’est fait ? Est-il à genoux ? Il est plus grand ? Il est plus petit ? " C’était un défi aussi pour vous de nous embarquer avec vous ?

 

V.E. Oui, ça alors ce n’est pas juste sur soi en tant qu’acteur que l’on peut poser cette responsabilité, c’est sur l’ensemble du film. Nous pouvions juste nous engager dans chaque chose qu’on jouait. Jean, je pense, ne jouait jamais la petite taille. 

 

J.D. Ça m’a un peu traversé. On a commencé par les scènes de bureau avec Virginie, j’ai commencé à genoux pendant une demi-heure, et je me suis dit : " Je ne suis pas un peu ridicule là ? Je vais tenir ça vraiment ? " Et en fait, ça fait partie du métier, c’est de faire tapis, et de se dire ne gamberge pas.  Vas-y. 

 

V.E. Et puis oui, je pense que puisqu’il faut susciter la croyance du spectateur, les premiers à devoir y croire, c’est nous.  Donc on ne se pose pas la question.  Enfin en tout cas peut-être pendant trente secondes, mais après on y va complètement, en croyant à chaque chose.

 

J’ai envie de rebondir sur ce que vous disiez parce que c’est un rôle féminin mais effectivement bien écrit, complexe, avec beaucoup de nuances. Lui est charmant, il a bien réussi sa vie, c’est un bel homme mais on sent que ce qui fait peur au personnage de Diane c’est le regard des autres. Est-ce que vous pouvez un peu développer cet élément ?

 

V.E. C’est comme si elle avait besoin dans ce choix-là, d’avoir un peu l’aval de tous.  C’est comme si aussi, elle se préoccupait un peu trop. Finalement, lui a digéré cette chose-là, ou en tout cas il a cette élégance suprême de ne pas en faire l’étalage tout le temps. Bien sûr que ce n’est pas facile, ça n’a pas dû être facile avant. On sait à quel point les enfants, les ados peuvent être conformistes, les différences…  Mais il en a fait quelque chose, c’est son identité.  Et elle, systématiquement, elle a un peu presque trop d’égards pour lui, du style " Mon Dieu qu’est-ce qu’on va penser… ça va, il s’en charge ". Après il y a autre chose, c’est aussi cette idée de se dire que ma vie sera réussie quand j’aurai ceci, quand je rencontrerai un homme qui sera comme cela.  C’est quand même le meilleur moyen de ne pas être très surpris dans l’existence.  Puis c’est quand même quelqu’un, alors qu’elle n’est plus toute jeune, enfin je veux dire elle a mon âge, qui demande à sa mère, à son ex, d’avaliser les choix qu’elle fait et le personnage d’Alexandre l’affranchit de ces choses-là.  À un moment donné, c’est toi, fais le premier geste spontané et les gens s’habitueront à chaque chose. 

 

(…) c’est quelque chose de particulier de jouer avec quelque chose qui ne vous appartiendra pas totalement au final. 

 

 

Est-ce que vous auriez pu faire le rôle de Jean par exemple ?

 

J.D. J’en profite avant que tu ne répondes, mais en même temps c’est vrai, je me disais est-ce que tu aurais pu faire… on n’a pas posé cette question-là.  Est-ce que tu aurais accepté de faire une petite femme ? Une toute petite femme ?

 

V.E. Heu…

 

J.D. Je viens d’avoir un flash en fait, de t’imaginer…

 

V.E. Oui, accepté oui, je n’aurais pas de problème… enfin je veux dire l’idée ne me gêne absolument pas. Mais je trouve un truc aussi particulier, surtout chez les acteurs français, c’est un rapport au corps très…  Jean Dujardin n’a pas joué ça mais malgré tout, c’est quand même une autre manière… c’est un autre corps quoi. Déjà que j’ai un petit problème avec le mien, alors je me demande comment ce serait si j’en avais un autre… En même temps c’est vrai que c’est une liberté assez dingue. Je pense que finalement c’est quand même pour lui que son entité va être transformée, c’est quelque chose de particulier de jouer avec quelque chose qui ne vous appartiendra pas totalement au final. 

 

J.D. En fait ce n’est pas une contrainte, quand j’y repense. C’est plutôt un atout dans la comédie, le fait de jouer à genoux. J’avais le sentiment que ça allait me bloquer et en fait pas du tout, ça m’a procuré quelque chose d’autre. Ça m’a donné de la sympathie, de l’émotion, de la comédie aussi.  Ça devient une force oui.

 

Par moments vous ne pouviez pas vous regarder dans les yeux vu que vous n’étiez pas à la même hauteur. Comment avez-vous réussi à garder le contact malgré tout le côté technique, même s’il était artisanal ?

 

V.E. Au tout début c’était vraiment étrange.  On avait des scènes où je regardais là et Jean ici, parce qu’après il allait être réduit… À un moment je me souviens qu’à la fin de la scène il fallait qu’on s’embrasse et donc je me suis dit : "Mais qu’est-ce qu’il faut faire ?". Enfin je me dis c’est complètement absurde, mais qu’est-ce que c’est cette histoire... Et après, c’est arrivé de manière sporadique sur le tournage, parce que la plupart du temps il se rapprochait et on pouvait jouer ensemble. Il y avait pas mal d’inventions, à un moment nous avions une sorte de petit tabouret à roulettes sur lequel Jean avançait et il avait appris à marcher pour qu’on puisse faire semblant qu’il bougeait… On comprend ce que je dis là ?

 

J.D. Oui, c’est ça, tu parles du "vélyvon"…

 

V.E. Le vélyvon.  Voilà. 

 

J.D. Puisque l’accessoiriste s’appelle Yvon. Il avait appelé ça le "vélyvon".   Pas un truc très pratique mais qui me permettait de passer d’une porte à l’autre, ou d’amorcer des déplacements. Il y avait beaucoup d’inventions, c’était assez marrant. 

 

V.E. Puis il y avait aussi la doublure de Jean, Brice, qui était là sur tous les plans de dos par exemple, et qui était présent sur tout le tournage. 

 

Merci.  On me signale que le temps imparti est déjà fini, j’avais encore plein de questions. Je vais vous laisser filer. Vivement les bonus du DVD, qu’on puisse un peu découvrir les coulisses.


V.E. Oui avec plaisir.

 

J. Oui, bien sûr, le making-of.  Les coulisses du tournage !


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