L'interview de David Heyman et David Yates, à propos des "Crimes de Grindelwald"

David Heyman et David Yates
David Heyman et David Yates - © RTBF

Il y a deux ans, le producteur britannique David Heyman lançait sur les écrans "Les animaux fantastiques", prequel de la saga Harry Potter. Fort de son succès au box-office mondial, il propose aujourd’hui le deuxième épisode de cette nouvelle série, intitulé "Les crimes de Grindelwald", toujours réalisé par David Yates.

 

L'interview intégrale en version originale

Il y a une grande différence entre la saga Harry Potter et celle-ci, pour Harry Potter, vous avez bien sûr les romans, et vous avez des scénaristes professionnels pour adapter les romans.. Ici, c'est un matériau "frais" et J.K. Rowling devient la scénariste..

Est-ce que ça a été différent pour vous, en tant que producteur, pour discuter de l'élaboration de l'histoire ?

David Heyman : Il y a différents aspects, d'abord, avoir des livres sur lesquels pouvoir se baser pour écrire les films, est à la fois un cadeau et un fardeau : un cadeau parce que vous avez cette source incroyablement riche et c'est un fardeau parce que les vrais fans sont particulièrement conscients de tout ce que vous avez laissé tomber.. et ils font savoir qu'ils n'en sont pas vraiment heureux ! Donc, ce qui concerne les Animaux fantastiques, nous n'avons pas ce problème. Jo, et David peut en parler mieux que moi, est la plus généreuse des collaboratrices. Ce film, "Les crimes de Grindelwald", est son deuxième scénario et elle est extrêmement fière de dire d'abord qu'elle en est la scénariste, mais ensuite, que le premier film raconte une certaine histoire, et le deuxième, une histoire complètement différente.. et si nous pensons à un troisième, ce sera encore complètement différent des deux films qui l'ont précédé. Donc, c'est vraiment excitant en termes de collaboration, de travailler avec quelqu'un qui a cette imagination sans limites, et qui est aussi forte dans la créativité.

avoir des livres sur lesquels pouvoir se baser pour écrire les films, est à la fois un cadeau et un fardeau

J'ai vu le film avec de nombreux fans d'Harry Potter, et j'ai entendu "Waow" au moment du retour à Poudlard et bien sûr, le personnage de Dumbledore.. Une autre solution, peut-être trop "facile" aurait pu être d'imaginer les jeunes années de Dumbledore, et de placer ce "prequel" dans Poudlard, et pas dans cette histoire très complexe, d'abord à New-York, ensuite à Paris.. Avez-vous eu ce genre de discussion avec J.K.Rowling ?

David Yates : Oui, nous l'avons eu, dans la toute première version du scénario, Poudlard n'existait pas, l'histoire était installée plutôt à Paris et à Londres. Ensuite, après une période 6 ou 8 mois, il y a eu beaucoup d'allers et retours, de discussions, et il nous a semblé juste d'explorer cette région du monde de J.K.Rowling. Jo était réticente au début, elle disait "je ne pense pas que nous devions aller dans cette direction", mais il nous a semblé que ce serait intéressant dans l'intrigue.. Dumbledore apparaissait seulement à Londres, nous ne le voyions jamais à l'école. Mais plus loin nous allions dans le développement de l'histoire, plus nous nous enfoncions profondément dans le scénario, plus nous étions fascinés par l'idée de retourner à Poudlard, Jo y comprise.. Et donc, nous sommes arrivés au moment où Jo est revenue un jour avec une nouvelle version, qui introduit en quelque sorte, cette section intermédiaire qui developpe l'histoire de Leta Lestrange, et qui développe l'image de Newt en tant que jeune homme. Tout ça est venu du processus de travail que nous avons fourni ensemble, pour explorer les personnages, et les fils narratifs qu'elle était en train de créer. Et cela nous a tous excités quand elle a eu écrit cette nouvelle séquence à Poudlard, et elle a dit elle-même qu'elle était très contente de cette séquence. Donc, tout ça est venu des allers et retours, et de nos discussions.

C'est une histoire très sombre et très complexe, riche en rebondissements et de personnages différents.. Est-ce que vous pensez que le film est noir parce que nous vivons actuellement une période sombre ?

David Heyman : je pense que Jo, comme n'importe quel artiste, ne peut s'empêcher de réagir au monde dans lequel nous vivons, soit pour y échapper, soit pour l'explorer. Et oui, nous vivons des jours très sombres, mais nous vivons également une période étonnante. Je pense que ce que Jo décrit, dans ce film, est une histoire intemporelle. Cela nous parle à cause du monde dans lequel nous vivons, mais l'Histoire a sa manière de se répéter. Je pense que le personnage de Grindelwald, et le contexte dans lequel l'histoire est racontée, fait référence à aujourd'hui, mais également à ce qui se passait il y a 20 ans, 40 ans, 60 ans, 80 ans.. David (Yates) raconte très bien comment les thèmes développés par Jo dans son travail, et dans le monde qu'elle décrit, fonctionnent par inclusion. Je pense qu'il y a un vrai optimisme, malgré le côté sombre que vous relevez, dans son travail, en ce sens qu'elle croit au pouvoir de se rassembler, de se soutenir les uns les autres, au pouvoir des gens qui travaillent ensemble, et avancent ensemble. Et je pense que c'est le thème central de ce film, et je pense que c'est pertinent à notre époque, comme cela l'était dans le passé, et je suppose que ça le sera également pour le futur.

David Yates : Compassion et curiosité sont les thèmes clefs, et être curieux à propos d'autrui, et je pense que ce sont des choses que nous pouvons admirer et reprendre de son écriture, à côté des éléments sombres, donc je suis d'accord, il y a un message positif dans ce film, si vous choisissez de le voir.