L'interview d'Orlando, frère et imprésario de Dalida

Sveva Alviti
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Sveva Alviti - © Luc Roux

Le biopic consacré à l’icône de la pop-culture Dalida a été élaboré sous la bienveillance d’Orlando, le frère cadet de la chanteuse, son imprésario et son " grand-frère du show-biz ". Cela fera trente ans en mai que Dalida nous a quittés et ce drame biographique revient sur les passages les plus marquants de cette vie tumultueuse et émaillée de déceptions amoureuses. Tellement Ciné a rencontré l’homme qui a été le plus au fait de cette existence, Orlando qui nous dévoile les secrets de ce projet en gestation depuis quelques années.

Comment est venue l’idée d’un film qui retrace la vie de votre sœur Dalida ?

Orlando : Ça fait 5 ans que je porte ce bébé. Un producteur américain est un jour venu me voir, il voulait coproduire avec la France un biopic sur Dalida.  Donc j’avais signé un contrat, une option plutôt, et j’ai perdu 3 ans parce qu’il n’avait pas trouvé les bonnes personnes.  Au bout de 3 ans j’ai arrêté mais Julien Madon le coproducteur et Lisa Azuelos la future réalisatrice du film " Dalida ", eux n’avaient jamais, jamais abandonné.  Julien avait envie de faire un film sur Dalida.  Et quand ça s’est arrêté, il m’a tout de suite organisé un rendez-vous avec Lisa Azuelos, et j’ai vraiment vu qu’il y avait une réelle envie de vouloir faire " Dalida ", avec les justes personnes disons.  Et puis l’idée m’a séduit que ce soit une femme réalisatrice qui réalise un film sur une autre femme.  Qui mieux qu’une femme pour comprendre une autre femme, sans oublier que Lisa est aussi la fille de Marie Laforêt. Elle comprend, elle a vécu, par personne interposée, toutes ces angoisses de l’artiste et tout ça, même si le destin des femmes n’était pas tout à fait pareil.  Alors pour dire… au bout du diner j’ai compris qu’elle avait d’abord envie de le faire, ensuite qu’elle avait compris la dualité qu’il y avait entre Dalida la femme publique et Dalida la femme privée.  Et ce film-là, elle est arrivée à réconcilier les deux, Yolanda de son vrai nom et l’artiste Dalida.  Et de ce côté-là, franchement, elle a réussi son film. 

Lisa Azuelos porte un regard assez particulier sur votre sœur, notamment avec les hommes, est-ce que vous avez assez vite adhéré à sa vision ?

On me pose souvent la question pourquoi Dalida est indémodable, pourquoi 30 ans après elle est si présente, pourquoi le public a cet amour vis-à-vis de Dalida, cette fidélité.  Mais parce que Dalida aussi n’a pas été simplement une immense artiste avec un répertoire d’une variété extraordinaire, le personnage, elle-même, elle a eu… je dis toujours que pour vraiment rentrer dans le cœur des gens, il faut que la vie de la femme, la vie personnelle soit à la hauteur de la vie de l’artiste.  Comme la vie de Dalida n’a pas tout à fait été un long fleuve tranquille, c’est pour ça qu’il y a un biopic car c’est un destin intéressant.  Les succès de Dalida on les connaît, sa grandeur sur scène, sa longévité, sa carrière mondiale, la réussite artistique, mais on voit aussi la femme.  La femme avec ses difficultés, avec ses contradictions, avec ses choix, cette femme qui a cherché son père à travers tous les hommes de sa vie, c’est pour ça qu’elle s’est trompée sur tous les hommes. En même temps, elle disait que chaque homme lui avait pris quelque chose, lui avait apporté quelque chose. Et comme on le voit dans le film, Dalida n’avait pas un prototype d’homme.  Chaque homme était totalement différent : physiquement, mentalement et au quotidien.  Voilà, donc toute cette vie-là, ce qui fait qu’on a envie de la raconter, c’est que ça serve à d’autres femmes.  Parce que la vie de Dalida, c’est quoi ? C’est la vie des autres femmes.  Sauf que Dalida a eu plein de vies dans la même vie, et donc plein de femmes, en regardant le film vont se retrouver, chacune avec une partie de sa propre vie. 

Vous êtes co-scénariste, quelle a été votre implication sur le film ?

Je suis très exigeant, c’est vrai, perfectionniste, c’est vrai.  Les gens qui ont travaillé autour de moi le savent.  Mais une fois que j’ai accepté que Lisa Azuelos soit la scénariste et la réalisatrice du film, j’ai collaboré avec elle, on a revisité les étapes de la vie de Dalida de la carrière artistique à la vie privée pour qu’il n’y ait pas de fautes, pour que l’on soit au plus près de la réalité historique. Elle m’avait présenté son scénario et je trouvais qu’elle avait trouvé le bon tempo, le bon rythme. Lisa arrive à faire un film du début à la fin de la vie de Dalida sans prendre du plaisir à s’attarder…  Il n’y a pas de voyeurisme comme on dit, elle survole tout ça d’une manière formidable, alors quand j’ai lu le scénario, je me suis dit que mon travail était terminé.  J’ai laissé à Lisa la liberté de réaliser le film qu’elle voulait.  Moi je n’ai pas assez de recul puisque je l’ai vécue, j’étais partie prenante de cette histoire.  Une fois qu’on s’était mis d’accord, elle a réalisé le film et c’est comme ça, c’est le film de Lisa Azuelos, qu’elle a apporté cette part historique de vérité, ce n’est pas un documentaire, c’est un film, avec la part de cinéma, c’est-à-dire que le fond, la colonne vertébrale c’est l’histoire de Dalida.  Après la forme, c’est la forme, et le regard de Lisa Azuelos.  Et c’est pour ça que c’est un excellent film aussi. 

Comment avez-vous réagi en rencontrant Sveva Alviti. Est-ce que vous avez tout de suite su en la rencontrant qu’elle allait pouvoir être Dalida ?

Je dois aussi dire que je suis fier du choix du casting.  Vraiment.  C’est rare d’avoir un film comme ça avec un casting si prestigieux, composé à deux-tiers d’acteurs français, et un-tiers d’italiens et pas n’importe lesquels.  Alors pour revenir à la vedette qui porte le film sur ses épaules, la première fois que j’ai vu Sveva Alviti, je n’avais pas franchement été tout à fait convaincu. Sur base du test qu’on lui avait fait faire, on ne pouvait pas se rendre compte et puis j’ai voulu la rencontrer. Il faut dire la vérité, je dînais avec Lisa et Julien Madon et elle est arrivée, j’ai été impressionné d’abord par sa beauté, son élégance, elle avait l’élégance de Dalida, le glamour de Dalida, et en plus elle était très, très touchante.  J’ai accepté à mon tour de la revoir le lendemain dans mon bureau, seuls tous les deux, et elle était comme un papier buvard, elle écoutait attentivement, tout ce que je disais l’imprégnait.  Je lui ai montré des vidéos de Dalida, je lui ai expliqué un peu sa gestuelle, comment elle allait vers le public, comment elle ouvrait ses mains, sans oublier sa façon de marcher.  Quand elle marchait, on aurait dit qu’elle dansait et puis je lui ai expliqué l’ADN de Dalida.  Je l’ai laissée un peu toute seule dans le bureau, je suis sorti exprès pour qu’elle s’imprègne de cette atmosphère.  C’est ce qu’elle dit d’ailleurs, ça lui a fait un choc d’être dans le même bureau où Dalida était venue.  Elle a passé un autre test et franchement là j’étais bouleversé. Je sais qu’elle avait dit lors de ses essais qu’elle voulait faire Dalida, elle avait dit à Lisa : " Je suis Dalida ". J’ai dit : " elle sera Dalida " quand j’ai vu… Franchement pouvoir porter un film sur ses épaules, parce qu’elle n’a pas beaucoup d’expérience, c’est sa première vraie grande expérience et passer par toutes les étapes de Dalida, pas simplement artistiques, c’est un exploit.  Dalida a un métissage dans son répertoire, elle passe avec une aisance effrayante de " Avec le temps " à " Salma Ya Salama ", ou encore " Je suis malade ", " Gigi l’amoroso " à " Pour ne pas vivre seule " ou " 18 ans ", etc. Ce n’est pas Sveva qui chante, c’est Dalida mais quand elle s’est approprié l’interprétation des chansons, on dirait que c’est elle qui chante.  Elle s’est approprié le personnage. Ce n’est pas une caricature, ce n’est pas une imitation, parce que dans les biopics il y a beaucoup de caricatures : " On voulait absolument ressembler à untel ou à celui-là … ". Sveva Alviti a apporté sa fraîcheur, elle est Dalida, elle n’a pas cherché à faire Dalida, elle devenue Dalida, elle est rentrée dans la peau du personnage qu’elle s’est approprié avec un naturel déconcertant. En plus sa beauté et sa fraîcheur, font le reste.  Je pense ça peut être pour elle le début d’une très grande carrière. Elle est belle, talentueuse, je pense que le cinéma européen a besoin d’un peu de fraîcheur et Sveva Alviti va éclater avec le film de Dalida.

Avez-vous une relation particulière avec elle ?

Oh oui, très touchante.  Elle est touchante.  Quand elle a commencé le premier jour, j’ai envoyé un petit mot, " À partir d’aujourd’hui j’ai une petite sœur " et elle a pleuré.  Je lui ai même fait cadeau de boucles d’oreilles appartenant à Dalida.  " Garde-les en souvenir ". Bien sûr elle a été très émue.  Ce serait injuste d’oublier le reste du casting parce que Riccardo Scamarcio est une star énorme en Italie, et il vient de finir 3 films aux Etats-Unis. Il campe un Orlando avec beaucoup de retenue, de discrétion, alors que moi je suis un peu plus flamboyant, mais il est formidable. Il fait rire quand il doit faire rire.  Mais il m’a interprété avec beaucoup de respect et de retenue, sincèrement.  Et le reste du casting, Patrick Timsit en Bruno Coquatrix, Vincent Perez en Eddie Barclay, et surtout Jean-Paul Rouve en Lucien Morisse, ils sont plus vrais que nature, surtout Nicolas Duvauchelle qui campe le rôle difficile de Richard Chanfray. Il y a aussi l’acteur fétiche de Xavier Dolan, Niels Schneider qui fait le rôle de Jean Sobieski, et du côté italien il y a Alessandro Borghi qui est vraiment la nouvelle star italienne en train de monter, il joue bien sûr le regretté Luigi Tenco.

Comment avez-vous réagi quand vous avez su que Riccardo Scamarcio allait jouer votre rôle ?

J’ai toujours eu une grande admiration pour lui et franchement… J’avais toujours pensé à lui mais pas pour jouer Orlando mais plutôt Luigi Tenco.  Mais jouer Luigi Tenco, il n’était pas très chaud, je crois savoir que Lisa a été le voir dans les Pouilles, en Italie, pour le convaincre.  Alors une fois qu’il a dit oui, il a demandé à lire le script, il a répondu qu’il voulait le rôle d’Orlando et pas celui de Luigi Tenco.  Bien sûr, je ne pouvais pas espérer mieux.  Voilà.  Je suis ravi et fier vraiment du travail accompli. 

Et comment avez-vous réagi en voyant le film terminé ?

C’est la question que tout le monde me pose.  Bien sûr ça a été un grand moment d’émotion, parce que c’est une chose de vivre ces événements à ses côtés. Quand on est assis dans un fauteuil et que l’on voit sur l’écran défiler toute sa vie, la vie que j’ai partagée avec l’héroïne qui est Dalida, j’ai eu du mal à me remettre. Je n’ai pas pu émettre un avis sur le film, il fallait que je digère tout ça. Quelques jours après, j’ai revu le film et je ne l’ai plus revu sous l’angle de la critique en voyant si tout avait été bien, si on n’était pas trop éloigné de la vraie histoire.  J’ai oublié tout ça et je me suis assis dans le fauteuil, je l’ai vu comme un simple spectateur, sans aucun à priori, pas avec un œil de critique et là franchement alors j’ai reçu le film comme il fallait le voir et j’ai dit : " Bon, le film est réussi ". Lisa a réussi son film et transmet la bonne émotion. Préparez vos mouchoirs, j’avais beaucoup de Kleenex avec moi.

Comment pensez-vous que Yolanda, Dalida, votre sœur, aurait réagi en voyant ce film ?

Je ne suis pas Dalida pour répondre à sa place, il n’y a qu’elle qui pourrait répondre et je pense que si elle était là, le film ne se ferait pas, il n’y aurait pas eu de film puisqu’il y aurait l’original comme on dit, mais je ne peux pas répondre pour elle.  Je pense qu’elle serait émue… non c’est une question à laquelle je ne peux pas répondre, à laquelle je ne sais pas répondre.