L'interview d'Alejandro Iñárritu pour "The Revenant"

Alejandro Iñárritu
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Alejandro Iñárritu - © MARTIN BUREAU - AFP

Hugues Dayez a rencontré le réalisateur Alejandro Iñárritu, pour son film "The Revenant".

 

Hugues Dayez : Ce film nous parle de survie, de vengeance, de lutte contre la nature. C’était un de vos rêves de réaliser ce film, quel est l’aspect qui vous a le plus motivé ?

Je pense que c’était plusieurs thèmes qui interagissent entre eux. La base était en effet cette histoire de survie et d’aventure, mais c’est aussi l’histoire de la relation entre un père et son fils qui est de race mixte à une période où c’était très difficile d’élever un enfant avec ces caractéristiques. Je dirais que c’est vraiment ça le cœur du film. Le contexte social et historique de cette histoire se déroule il y a 200 ans, et cette partie de l’Amérique était presque inconnue pour les américains parce que personne n’avait été dans cette partie de l’ouest, mis à part Lewis et Clark. C’était un melting pot au milieu de l’Amérique où il n’y avait pas de lois, où habitaient les natifs américains, les français, les anglais, canadiens, mexicains, espagnols,... Ces gens ont commis beaucoup d’atrocités, mais ils ont été incompris par les historiens parce que les conditions là bas étaient vraiment extrêmes. L’approche des historiens s’axait autour du fait que la nature n’était qu’une source de profit et de la souffrance au sein des communautés. Tous ces thèmes m’ont vraiment intéressés, avec en plus cette idée de survie et de résilience. L’histoire est conduite par la vengeance, mais ce personnage doit tout de même apprendre beaucoup de choses du fait qu’il est plongé dans la nature. C’est difficile d’articuler la chose qui m’a le plus motivé, je pense que c’était surtout l’opportunité de réaliser ce film.

Pourquoi est-ce que vous avez choisi Leonardo Di Caprio pour jouer le personnage principal ?

J’aime beaucoup le travail qu’il a fait jusqu’à présent. En plus, il avait l’âge idéal et c’était une histoire qui l’intéressait beaucoup, il avait une sorte de connexion mentale avec l’histoire. C’est un film centré sur la nature, on a commencé à préparer ce film il y a cinq ans et c’était tout simplement le moment idéal de le faire.

Le style esthétique dans vos films est toujours très important. The Revenant contient beaucoup de longues prises, la lumière est naturelle,... Pourquoi est-ce que vous avez choisi ce style particulier ?

Je pense qu’il faut toujours choisir ce qui est convenable pour le film. Un écrivain va lui aussi adapter la manière dont il écrit, en modifiant son choix de mots utilisés pour accentuer le message qu’il veut faire passer. C’est comme ça que l’on écrit un bon livre. C’est le même principe pour un film : le visuel est aussi important que le contenu, à partir du moment où on arrive à correctement l’utiliser, ça traduit notre idée de base et ça communique le message principal. Je pense que j’avoue raison d’imposer ce langage visuel particulier et d’utiliser mes outils en tant que réalisateur.

Est-ce que vous avez eu l’impression de réaliser un voyage dans le temps ? Avec ce climat très froid et les paysages, je devine que ça a du être un travail très physique. Est-ce que c’était difficile de maintenir la force de ce film ?

Oui, c’était un grand challenge. C’était très long et très difficile pour réaliser ce film. Je dirais même que c’est presque un miracle. Mais je ne vais pas me plaindre, je ne suis pas le seul à réaliser un travail difficile et dans des conditions également difficiles. Il y a tellement de boulots différents dans le monde, que je ne peux pas me plaindre parce que c’est un privilège de faire ce métier, même si c’était difficile.

Pour visualiser le parcours du héros de The Revenant

Après les oscars de l’année passée, est-ce que vous avez senti la pression sur vous ?

Non, pas du tout. J’ai commencé ce film bien avant Birdman. Alors que j’étais en train de terminer Birdman, j’étais déjà en pré-production pour The Revenant. Et durant la cérémonie des Oscars, j’étais déjà en train de tourner le film. Ca n’a donc pas eu une grande influence, je n’étais pas été affecté par cela.

Est-ce que vous pensez que les artistes travaillent toujours à contre-courant du travail qui a été réalisé précédemment dans le but de toujours surprendre ?

Je pense que la plupart des gens se répètent eux-mêmes ou réalisent toujours le même genre de films, ce qui peut être vraiment génial. Une voix est une voix. Même si on peut changer parfois la thématique extérieure d’un film, il y l’esprit qui est toujours là. Personnellement, je me reconnais toujours dans mes films, même s’ils sont très différents. Je chante peut-être une chanson différente, mais c’est avec la même voix.

(traduction Kieran Sparks)

L'interview intégrale en version originale