"Kings": Daniel Craig et Halle Berry dans le chaos des émeutes

"Kings", avec Halle Berry et Daniel Craig, se dévoile le 11 avril au cinéma
"Kings", avec Halle Berry et Daniel Craig, se dévoile le 11 avril au cinéma - © Ad Vitam

Trois ans après le succès de "Mustang", Deniz Gamze Ergüven revient avec "Kings", un film en anglais avec Daniel Craig et Halle Berry sur les émeutes raciales à Los Angeles en 1992, projet qu'elle a mûri pendant une décennie avant de pouvoir le réaliser.

Le deuxième long métrage de la réalisatrice franco-turque se déroule dans un quartier défavorisé de Los Angeles, théâtre en 1992 de violentes émeutes raciales ayant éclaté après l'acquittement de policiers qui avaient battu un automobiliste noir, Rodney King, une scène filmée et largement relayée à travers le monde à l'époque.

Alors que le procès de Rodney King bat son plein à la télévision, Millie (Halle Berry), mère célibataire débordée, s'occupe de sa famille et d'enfants qu'elle accueille en attendant leur adoption. Le quotidien de cette famille va se trouver bouleversé lorsque éclatent les émeutes.

Agrémenté d'une bonne dose de romance entre Millie, mère courage tentant de tenir ses enfants à l'écart des émeutes, et Obie (Daniel Craig), son voisin écrivain et colérique, rare Blanc dans ce quartier peuplé de Noirs, d'Hispaniques et de Coréens, le film porte selon la réalisatrice davantage sur la frustration de populations rejetées plutôt que sur les émeutes raciales. Pour elle, la colère des populations confrontées à l'exclusion ou à l'arbitraire de la police n'a pas de frontières, et ce sont surtout les émeutes des banlieues en France en 2005 qui ont été l'élément déclencheur de son film.

"Je n'avais pas l'intention de brûler des voitures mais je voyais ce qui pouvait déclencher la colère" de ces jeunes de banlieue, a-t-elle expliqué à l'AFP lors du dernier Festival de Toronto, où son film était présenté. "Dans ces émeutes, je pouvais reconnaître quelque chose que je ne connaissais que trop bien. Ce sentiment d'être rejeté par un pays qu'on aime profondément", explique encore la réalisatrice de 39 ans, arrivée en France à l'âge de six mois mais qui venait de se voir refuser pour la deuxième fois la nationalité française lors des émeutes de 2005. 

A hauteur d'enfant

"Kings" est le fruit d'une longue maturation. L'idée lui en est venue à sa sortie de la Fémis en 2006, et le projet s'est concrétisé après le succès de son premier film "Mustang", récompensé par quatre César, dont celui du meilleur premier film, et candidat de la France aux Oscars en 2016. "J'ai lu pendant des mois pour tenter de comprendre" les racines de ces émeutes jusqu'à "m'en imprégner", se rappelle la réalisatrice. L'origine du film "était plus qu'une simple réponse intellectuelle, c'était physique, j'avais l'adrénaline qui montait en moi, mon cœur battait et mes mains tremblaient".

Rythmé par des images d'archives et par la musique de Nick Cave et Warren Ellis, "Kings" s'ouvre sur la mort de Latasha Harlins, une jeune afro-américaine tuée par la propriétaire d'une épicerie coréenne la soupçonnant d'avoir volé un jus d'orange. Cet épisode, quelques jours après la sauvagerie des policiers contre Rodney King, sera aussi caractérisé par la clémence des juges, l'épicière écopant d'une simple amende de 500 dollars, décision qui a ravivé les émeutes.

Deniz Gamze Ergüven, qui affirme que les personnages de son film sont tous inspirés de personnes réelles, explique avoir pris le parti de raconter l'histoire à travers les yeux des enfants. Épaulée par son chef opérateur David Chizallet, qui avait filmé la fougue de cinq soeurs rebelles dans "Mustang", elle suit en particulier dans le chaos des émeutes le destin des adolescents, Jesse (Lamar Johnson), Nicole (Rachel Hilson) et William (Kaalan "KR" Walker).

Elle oscille cependant entre leur histoire, tragique, et les mésaventures, moins convaincantes et plus légères, des adultes, interprétés par Halle Berry et Daniel Craig.

A travers ce film, la réalisatrice dit aussi avoir voulu "raconter cette chose très particulière: comment des individus pouvaient être affectés par des histoires concernant des gens qu'ils ne connaissent pas du tout mais dans lesquels ils se reconnaissent. Et comment ces histoires peuvent avoir un impact sur l'inconscient d'une ville".