Jean Rochefort a la mémoire qui flanche dans "Floride"

Jean Rochefort et Sandrine Kiberlain se partagent l'affichent de "Floride"
Jean Rochefort et Sandrine Kiberlain se partagent l'affichent de "Floride" - © All Rights Reserved

Un homme dont la mémoire flanche, tour à tour fantaisiste et cruel: "Floride" de Philippe Le Guay, dans les salles belges le 12 août, offre à Jean Rochefort, 85 ans, un rôle tout en ruptures de ton, qui pourrait être son dernier au cinéma.

L'acteur avait déclaré en juin qu'il "espérait" que ce soit son dernier film. "Je crois que je vais épargner le public maintenant. Et je ne veux pas faire de film d'épouvante, donc il vaut mieux s'arrêter", avait-il plaisanté sur Europe 1.

Pilier du cinéma français depuis la fin des années 50, qu'il a marquées par sa longue silhouette osseuse et ses célèbres moustaches, Jean Rochefort avait déjà déclaré en 2013, après son précédent film "L'artiste et son modèle" de Fernando Trueba, qu'il "arrêterait le cinéma" à moins "de tomber sur un projet de film qui le bouleverse". Il a invoqué "la qualité du scénario" pour justifier sa décision de participer à "Floride".

"Il a été dur à convaincre", a raconté à l'AFP Philippe Le Guay, 58 ans, réalisateur éclectique de "Trois Huit", du succès populaire "Les Femmes du 6e étage" ou de la comédie "Alceste à Bicyclette".

"Quand je lui ai apporté le scénario avec (le co-scénariste) Jérôme Tonnerre, il a eu cette formule que j'adore, qui n'appartient qu'à lui. Il a dit: +Je suis au bord de l'acquiescement+. Ce qui voulait dire que ce n'était pas encore oui !", poursuit-il.

"Après, il y a eu tout un travail de réflexion sur le personnage et sur le texte, où Jean Rochefort a proposé d'aller dans une plus grande violence du personnage. C'est étonnant parce que souvent, les acteurs préfèrent édulcorer", dit-il.

'Pisser sur une voiture'

Librement adapté de la pièce "Le Père" de Florian Zeller, "Floride" raconte l'histoire de Claude Lherminier (Jean Rochefort), 80 ans, atteint d'une maladie dégénérative jamais citée mais qui ressemble à Alzheimer, entraînant un déclin progressif de la mémoire.

Sa fille aînée Carole, interprétée par Sandrine Kiberlain, s'efforce de l'aider dans son quotidien. Mais il a une idée fixe: voir son autre fille qui habite en Floride, dont il attend la visite, puis qu'il se décide à aller voir.

Jean Rochefort joue avec un mélange de dureté et d'excentricité cet homme en proie à la confusion mentale, basculant sans prévenir d'un état à l'autre, parfois manipulateur et à d'autres moments sans contrôle, traversé par des éclairs de lucidité mais perdant peu à peu contact avec la réalité.

"Je ne voulais pas que le personnage soit trop +propre+. Je ne pouvais pas imaginer jouer ce rôle sans pisser sur une voiture, par exemple !", explique l'acteur dans le dossier de presse.

Pour Philippe Le Guay, "ce qui est merveilleux avec Jean Rochefort, c'est qu'il est à la fois lumineux et sombre, incroyablement à l'aise dans la comédie et aussi dans cette âpreté et cette violence dont on avait besoin pour le personnage. Il est dans tous les registres".

Si le film, porté par ses acteurs, déroute parfois par ce mélange des genres et par une mise en scène sans doute trop théâtrale, il est pour son réalisateur "un portrait", une "plongée dans l'humanité du personnage et dans son histoire", mais aussi "un festival de ruptures de ton".

"Les ruptures de ton, c'est ce qui me plaît le plus au cinéma, c'est cet espèce de vacillement permanent, de flottement: où est-on? Est-ce que c'est un drame, une comédie? C'est cette façon de surprendre le spectateur", explique-t-il.

"Ce qui est bien dans un film, pour moi, c'est quand il y a la possibilité d'une contradiction", ajoute-t-il.