"Je compte sur vous", portrait d'un escroc de charme, entre Paris et Tel Aviv

Pascal Elbé "adore le polar" mais avoue aussi un penchant pour la comédie et son deuxième film, "Je compte sur vous", navigue joliment entre drame et légèreté avec le portrait d'un escroc de charme, interprété par Vincent Elbaz.

Gilbert est accro à l'arnaque: elle lui sert à gagner sa vie mais surtout, il l'aime pour l'adrénaline qu'elle lui procure. Tout petit déjà, sa mère l'envoyait embobiner les huissiers venus saisir le mobilier.

Adulte, il fait croire à son fils qu'il est agent secret, à sa femme (Julie Gayet) qu'il travaille dans le télémarketing et complote avec son frère des "arnaques du siècle". L'intrigue est inspirée de la vie réelle de Gilbert Chikli, un escroc qui, d'un simple coup de téléphone, arrivait à se faire passer pour le président d'une société ou un agent de la DGSE pour soutirer beaucoup d'argent à ses victimes.

Le producteur du film, Isaac Sharry, a rencontré Gilbert Chikli un an avant sa sortie de prison, puis l'a enregistré à sa libération pendant plusieurs heures. A partir de cette trame, Pascal Elbé a tissé son scénario, ce qui a pris trois ans.

"Ca a pris du temps parce que quand vous travaillez sur l'histoire vraie de quelqu'un, il faut s'affranchir de la réalité", explique-t-il. Je me suis rendu compte tout doucement qu'il fallait que je me déleste de ce que me racontait cet escroc pour faire un film qui n'a plus rien à voir avec lui, qui soit juste relié à lui par le fait divers."

L'histoire a décollé réellement quand Pascal Elbé a rencontré une avocate spécialiste des truands qui lui a recommandé d'aller voir "du côté de la sociopathie et de la psychopathie". "C'est ce type de moteur qui pousse ces gens à faire ça. Et là, je tenais l'axe de mon film", dit-il.

Pas d'impunité

Vincent Elbaz prête son charme et son sourire carnassier à cet escroc tête brûlée qui cherche toujours un coup plus gros, plus osé et finit par se faire coincer. "Ce qui me fascinait chez Vincent, c'est ce côté chien fou qu'il a", dit Pascal Elbé. "Mais je ne voulais pas faire l'éloge de l'arnaque non plus: sans être trop moralisateur, il faut qu'il paie", souligne-t-il. "La scène avec son fils, qui ne le croit plus du tout à la fin, est importante parce qu'il ne faut pas qu'il y ait d'impunité."

Il a donc choisi de montrer son héros au sein de sa famille, à laquelle il fait évidemment beaucoup de mal, sans parler des victimes qu'il embobine en leur faisant croire qu'elles vont aider à démasquer de dangereux terroristes. "On est dans la peur des attentats, après le 11 septembre, Londres, Madrid, et le personnage joue sur cette peur-là, ce +tout sécuritaire+ où tout le monde est dans la parano", explique le réalisateur. "Aujourd'hui, bien sûr, ça a une résonance particulière."

Le mécanisme est particulièrement bien illustré avec la première victime de Gilbert, une employée de banque d'autant plus crédule qu'elle est fragilisée par le départ de son mari. Elle se croit investie d'une "mission" pour démanteler un réseau de terroristes et finira par livrer à un inconnu dans les toilettes d'un café un plein sac de billets.

"La peur est mauvaise conseillère. La pensée se rétrécit. On est dans une société anxiogène, donc quelqu'un qui vous donne l'illusion que grâce à vous, les choses vont aller mieux, vous y allez", commente Pascal Elbé.

Ce polar rondement mené, de Paris aux quartiers populaires de Tel Aviv, offre de jolis rôles à une pléiade d'acteurs, de Julie Gayet à Zabou Breitman en passant par Anne Charrier et Ludovik, dans le rôle presque comique du frère embarqué dans des histoires trop grosses pour lui.

Pour la suite, c'est promis, Pascal Elbé prépare "une comédie".