James Gray, du polar à la science-fiction - Interview

James Gray à la Mostra 2019
James Gray à la Mostra 2019 - © ALBERTO PIZZOLI - AFP

A 25 ans, il faisait une entrée fracassante dans le cinéma d’auteur avec "Little Odessa", film noir tourné dans son quartier natal de Brighton Beach, qui remporte le Lion d’Argent à Venise en 1994. Un quart de siècle et quelques films plus tard, Gray est revenu à la Mostra cette année pour présenter "Ad Astra" en compétition. Le portrait d’un astronaute incarné par Brad Pitt qui, envoyé à la recherche de son père, astronaute légendaire, aux confins de l’espace, va s’interroger sur le sens de sa quête et sur sa place sur terre…

L'interview de James Gray

La science-fiction peut être un genre très intéressant, mais elle est souvent réalisée avec plein de clichés. Il est clair que vous avez évité ces clichés, donc quelle a été votre approche ?

James Gray : j’espère que j’évite les clichés ! c’est une chose bizarre, parce que vous essayez d’éviter les clichés, mais vous essayez d’atteindre les archétypes, qui ne sont pas la même chose que les clichés. Pour moi, les clichés arrivent quand vous essayez d’exprimer une idée que non seulement vous avez déjà vue auparavant, mais qui en plus n’est pas la vôtre, elle manque des détails qui font que c’est une pensée qui vous est propre. Et c’est aussi un raccourci facile dans votre narration. Donc, c’est ça que nous avons voulu éviter, nous avons essayé d’être aussi personnel que nous le pouvions, en espérant combattre les clichés de cette manière. On reste dans les archétypes, le fils qui doit se confronter au père, ce n’est pas un cliché, c’est un thème classique. De cette manière, on veut rester le plus général pour arriver à être le plus personnel, si vous comprenez ce que je veux dire.

Pourquoi avez-vous voulu faire un film de science-fiction ? d’un point de vue esthétique, qu’est-ce que vous appréciez dans ce genre de film ?

Vous savez, vous regardez les étoiles dans le ciel, la nuit, et vous êtes confrontés brutalement à vous-mêmes. C’est bizarre, mais regarder aussi loin dans l’espace vous force à vous questionner au plus profond de vous-mêmes. Et j’aime cette contradiction. Que le vide, l’infini de l’espace, nous force, en fait, à nous regarder l’intérieur de nous-mêmes, dans le véritable territoire inconnu de notre âme. Je trouve cette idée très belle, et j'avais envie d’explorer ça.

Et quand Brad Pitt entre en scène, il change l’ampleur du projet vu que c’est une grande star, avec les obligations d’Hollywood.

Il n’a pas tellement changé l’ampleur du projet, parce que le but a toujours été d’aller jusqu’aux confins du système solaire, jusqu’à Neptune, il a toujours été clair que le plan était aussi vaste que cela. Et Brad, comme n’importe quel acteur, apporte ses idées sur la table et s’embarque dans la collaboration pour en faire son projet. Chaque film est comme un cheval sauvage qui s’enfuit devant vous, et votre job est de le rendre beau au fur et à mesure qu’il s’échappe. Et donc, oui, dans l’idée qu’il a apporté ses idées, il a élargi l’ampleur du projet, mais pas en termes matériels, le film a toujours été très ambitieux.

Il y a des scènes dans l’espace qui sont très spectaculaires, mais le plus important est le voyage intérieur du personnage principal. Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre le spectaculaire et l’intime ?

Je ne sais pas si j’ai trouvé l’équilibre ! j’adore faire du spectacle ! il y a une célèbre citation de Truffaut qui dit : Les films sont en partie la vérité, en partie du spectacle. Donc, l’idée était de faire les deux. Il a toujours été question dans le projet de départ, de proposer des scènes qui vous tiennent en haleine comme par exemple, l’effondrement de la tour au début du film, ou avoir affaire à des pirates lunaires, mais également en y mettant notre touche personnelle, en le rendant étrange, subjectif d’une certaine manière, en ne perdant jamais l'intériorité du personnage. Nous nous sommes dit que nous pouvions survivre à ces scènes spectaculaires et également survivre à cette quête intérieure, si à chaque fois que nous faisions les premières, nous envisagions également l’autre. Par exemple, dans la séquence lunaire, la séquence sonore est exactement ce qu’il pouvait entendre dans sa combinaison. Et c’est tourné dans sa perspective, ce qu’il voit exactement, il y a bien quelques plans larges pour établir la géographie, mais très peu. Et quand il tombe de la tour, c’est filmé de son point de vue. Mais dans les scènes plus introspectives, il y a le paysage de l’espace infini, la grandeur de cet espace, donc, l’un complète l’autre en termes d’informations, et c’est la stratégie que nous avons mise en œuvre.

L'interview intégrale en version originale

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