James Bond, toujours fringant pour ses 50 ans de grand écran

Daniel Craig, interprète actuel de Bond, entouré des Bond girls de "Skyfall", le 23e épisode de la série, attendu cet automne.
Daniel Craig, interprète actuel de Bond, entouré des Bond girls de "Skyfall", le 23e épisode de la série, attendu cet automne. - © ©AFP PHOTO/BULENT KILIC

A l'occasion du cinquantenaire de la sortie de James Bond contre Dr. No, Relaxnews s'est penché sur la saga d'espionnage la plus célèbre au monde. Guillaume Evin, journaliste indépendant et auteur spécialiste de 007, et Luc Le Clech, président du Club James Bond France, analysent le phénomène à l'aune de leur expertise.

Pourquoi ça a marché

La bienveillance des producteurs pour leur bébé s'impose comme la principale clé du succès de Bond à travers les âges. "La grande force de la saga est qu'elle est restée aux mains d'un clan, d'abord Albert Broccoli (avec Harry Saltzman), fondateur d'EON Productions, puis sa descendante Barbara Broccoli et son époux Michael G. Wilson. La saga ne s'est jamais éparpillée. Ils avaient une direction claire de ce qu'ils voulaient faire. Ils ont toujours été guidés par le souci de l'améliorer et donc de servir le personnage", s'enthousiasme M. Evin, qui sortira deux ouvrages sur 007 en septembre, Le Dico secret de James Bond et James Bond est éternel. Les producteurs de Bond ont par ailleurs pu compter sur une équipe créative fidèle. "Il y avait quatre piliers incontournables : Richard Maibaum (scénariste), Maurice Binder (créateur des pré-génériques), John Barry (compositeur) et Ken Adam (concepteur des décors). Ils ont participé chacun à entre six et onze Bond, et avaient tous une maîtrise parfaite des codes de la saga". Des codes livrés clés en main dans les écrits d'Ian Fleming. "Ce n'était pas du Proust, mais c'était quand même mieux que de la littérature de gare. Ca s'est avéré très appréciable, car ils pouvaient confortablement s'adosser à une trame et des situations posées par Fleming, que ce soit les intrigues, les méchants, les girls ou l'environnement du MI-6. Tout ça a fait que finalement, la saga a pu se concentrer presque sur l'accessoire, sur l'habillage, avec la signature, le pré-générique, le "gun barrel", le thème musical, les James Bond girls, etc.".

Des excès et des errances

Pendant cinquante années, la saga Bond n'a forcément pas connu un succès en ligne pure et droite. "Autant les Bond ont été largement imités, autant parfois Bond a été tenté d'imiter. Et ça n'a pas donné les meilleurs résultats", estime Guillaume Evin. Il évoque Vivre et laisser mourir (1973) ou Moonraker (1979), développés dans le sillage de la Blaxploitation et de Star Wars. "Quantum of Solace (2008) a été catastrophique. C'était un film d'action à outrance, qui a voulu emprunter à droite et à gauche, mais sans le talent des Jason Bourne, par exemple, qui sont aussi des films exceptionnels", argumente Luc Le Clech, président du Club James Bond France. "Ce ne sont pas les meilleurs Bond parce qu'on a voulu siphonner des recettes qui ont marché ailleurs. Bond n'est jamais aussi bon - sans jeu de mots - que quand c'est lui qui donne le ton", explique M. Evin.

Au rythme de près d'un film tous les deux ans depuis 1962, les trous d'air créatifs semblent logiques. 007 a toutefois également été attaqué sur le fond, taxé de macho bling bling. "C'est un mec assez antipathique, pas très féministe, pour ne pas dire misogyne", reconnaît M. Le Clech. Ce dernier explique la sympathie que renvoie le personnage par "une touche british décalée", voire surannée d'"agent le moins secret mais aussi le plus chanceux du monde". "Il y a une contradiction entre le personnage originel, fonctionnaire appointé par les services secrets, et sa fascination pour les femmes, le jeu et le luxe", admet Guillaume Evin.

La fin du XXe siècle est considérée comme une période creuse, avec une tendance pour l'opulence et la facilité. "L'époque Brosnan a eu ses dérapages, avec des partenariats massifs qui ont un peu déstabilisé la saga", pense M. Evin. "Brosnan a été un super Bond, mais il s'est coltiné les plus mauvaises histoires de la saga", ajoute M. Le Clech. Là encore, les producteurs ont su relever la trajectoire au début du nouveau millénaire. "Lors de l'annonce de l'arrivée Daniel Craig, on s'est regardé, hébétés... mais EON Productions a réussi à sortir Bond de toutes ces guirlandes. C'était très gonflé et le résultat a été exceptionnel", lance M. Le Clech.

Pourquoi ça marche encore

Comme la vodka Martini, Luc Le Clech considère les Bond comme un "cocktail de simplicité". "Tout le monde peut se retrouver dans un Bond. On a rarement vu quelqu'un sortir et dire j'ai rien compris, tout simplement parce qu'il n'y a pas grand-chose à comprendre. Tout le monde a vu un Bond et tout le monde à un bon souvenir en rapport avec la saga". "L'idée est à la fois bonne et simple", sourit-il. "C'est le paradoxe : l'agent secret qui roule en Aston Martin. Il incarne son rêve et le rêve du cinéma", surenchérit Le Clech.

"Pourquoi ça perdure ? Parce qu'il y a un effet doudou. Comme ils ont toujours travaillé le personnage, c'est devenu un genre en soi. On va voir le dernier James Bond, comme on va voir le dernier Woody Allen ou le dernier Almodovar. Le principe, c'est qu'on peut ressortir en disant que ce millésime est moins bon ou meilleur qu'un autre. Chacun possède son propre petit panthéon permanent. [...] Tout ça fait qu'on a une saga qui vit par elle-même et s'affranchit des comparatifs. Un Bond c'est toujours un peu la même chose, sans l'être jamais tout à fait. C'est de là que provient le plaisir", affirme Guillaume Evin.

Eternel Bond ?

Guillaume Evin n'est pas loin de conférer l'immortalité à 007. Il avoue toutefois les éléments qui pourraient sceller le destin de l'espion anglais. "Si on en vient à trop casser les codes au lieu de les régénérer, si on oublie le personnage, on peut massacrer la saga. James Bond peut mourir si les Broccoli perdent la tête, ou si la franchise tombe dans d'autres mains avec l'obsession du profit à tout prix, jusqu'à la massacrer".

"Je pense que Bond pourrait s'immoler tout seul en cas d'imbroglio juridique. Si un jour les producteurs ne s'entendent plus, ça pourrait tout paralyser et tuer la poule aux oeufs d'or", ajoute M. Le Clech. Guillaume Evin se veut rassurant. "Il n'y a pas de raison objective que ça s'arrête et c'est cela qui est fascinant. La série a survécu à son acteur principal et à la disparition des écrits de Fleming. Elle a même survécu à la mort de son producteur historique. Plus rien ne peut lui arriver".

 

AFP Relax News