Inoubliable Annie Girardot

Il y a 10 ans disparaissait Annie Girardot. C’était le 28 février 2011. L’actrice avait déclaré son amour au Cinéma français lors de la remise de son César du Meilleur second rôle pour le film "Les Misérables" de Claude Lelouch. Le public s’en est ému. Mais Annie Girardot c’était bien plus que ça. Evocation…

Nous pourrions dire qu’Annie Girardot a tourné avec les plus grands que ce soit Jean Gabin dans "Le rouge est mis" et "Maigret tend un piège", Lino Ventura dans "Le gifle", Jean-Paul Belmondo dans "Un homme qui me plaît", Jean Rochefort dans "Les feux de la Chandeleur" ou Louis de Funès dans "La Zizanie". Et si c’était le contraire ? Et si c’était plutôt eux qui avaient tourné avec la plus grande ? Car oui, Annie Girardot était une Grande Dame du Cinéma français. Les petits jeunes de l’époque, ces futures stars, ils et elles lui donnent tous la réplique comme Alain Delon dans "Rocco et ses frères" (comme dans la vidéo ci-dessous), Catherine Deneuve dans "Le vice et la vertu" ou Richard Anconina dans "Partir, revenir". Isabelle Adjani la qualifie de "maman-cinéma". Même Robert De Niro, tout jeune figurant-acteur, la côtoie dans "Trois chambres à Manhattan".

Pour Annie Girardot, tout commence sur scène fin des années 40 aux côtés de Jacqueline Maillan et Michel Serrault. La journée, elle suit les cours du conservatoire dit de la Rue Blanche et le soir, elle court les revues des cabarets de Paris. Repérée par Jean Cocteau, Annie Girardot tient le rôle principale dans la pièce "La machine à écrire" en 1954. Cette pièce est la première à être diffusée en directe à la télévision. Annie aime les planches mais c’est le Cinéma qui l’attire davantage. Un Cinéma qui tombe vite sous son charme et à travers lequel elle exprime tout son talent. Surnommée LA Girardot, Annie enchaine les productions tant en France qu’en Italie. C’est justement là en Italie qu’elle craque pour l’acteur Renato Salvatori et qu’elle épouse. De cette union nait sa fille unique, Giulia.

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Annie Girardot et son mari Renato Salvatori, 1974 © Tous droits réservés
Annie Girardot et Alain Delon dans le film "Rocco et ses frères", 1960 © Les films Marceau
Jean Gabin et Annie Girardot dans le film "Maigret tend un piège", 1958 © Studio Canal

Les années 60 sont les années Claude Lelouch, les années Michel Audiard (elle est l’une des rares actrices à partager son univers terriblement masculin) et les années du succès. Elle multiplie les rôles de femme trompée dans "Vivre pour vivre", de femme de ménage bavarde dans "Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… elle cause !", de femme révolutionnaire dans "La bande à Bonnot" (Marie la Belge c’est elle), de femme à barbe dans "Le mari de la femme à barbe" (de Marco Ferreri qui fait scandale au Festival de Cannes en 1964), de femme sexy dans "Erotissimo" (une comédie au succès critique présentée au Festival de Berlin en 1968). En incarnant ces portraits de femmes, Annie Girardot devient une référence, une image à travers laquelle les Françaises peuvent s’identifier.

Une image plus que jamais populaire dans les années 70. Ce n’est pas compliqué, à ce moment-là, Annie Girardot est l’actrice la mieux payée de France (derrière Belmondo, de Funès et Delon). Elle ose encore des films difficiles comme "Mourir d’aimer" d’André Cayatte en 1971 où elle incarne une institutrice amoureuse d’un de ses élèves, une femme déchirée qui finit par se suicider (d’après une histoire vraie). Les films se montent rien que sur l’évocation de son nom comme "Docteur Françoise Gailland", rôle pour lequel elle reçoit le César de la Meilleure actrice en 1977. Une année faste où elle partage l’affiche de "Tendre poulet" avec Philippe Noiret (ils tournent 6 films à deux dont "On a volé la cuisse de Jupiter" et "La vieille fille").

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Annie Girardot dans le film "Docteur Françoise Gailland", 1976 © Tous droits réservés
Annie Girardot et Philippe Noiret dans le film "Tendre poulet", 1978 © Les Films Ariane

Quitte a évoquer ses rôles de femme, Annie Girardot est aussi une femme amoureuse dans le privé. Le temps d’une liaison ou plus encore, elle partage la vie de Jacques Brel, Bernard Fresson ou Claude Lelouch. Le réalisateur qui se souvient d’elle comme

la plus grande actrice du Cinéma français de l’après-guerre. C’était une femme extraordinaire aussi bien devant la caméra que derrière. Elle restera mon plus beau souvenir de metteur en scène et mon plus beau souvenir d’homme.

Les années 80 et 90 sont plus compliquées pour Annie. Entre des rôles qui sont de moins en moins intéressants, de mauvaises fréquentations et la drogue, c’est la traversée du désert. Et c’est Claude Lelouch qui la fait revenir sous les projecteurs avec "Il y a des jours et des lunes" mais aussi et surtout "Les Misérables". La salle et les téléspectateurs qui ont assisté devant leur poste à la 21e Cérémonie des César en tremblent encore. En recevant le César du Meilleur second rôle, Annie Girardot déclare sa flamme au 7e Art… et au public aussi.

Je ne sais pas si j’ai manqué au Cinéma français, mais à moi, le Cinéma français a manqué follement… éperdument… douloureusement !

La salle est debout, elle applaudit à tout rompre. Vous avez tous certainement cette scène en mémoire. Une mémoire qui lui fait de plus en plus défaut. Annie Girardot est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Ce qui ne l’empêche pas de tourner (des seconds rôles), de jouer (sur scène) et d’être doublement récompensée en 2002 par un César (pour "La pianiste") et deux Molière (pour "Madame Marguerite" et l’ensemble de son oeuvre). Sa fille Giulia reconnaît publiquement en 2006 la maladie de sa mère, son abandon et sa solitude. Dans le documentaire de Nicolas Baulieu intitulé "Annie Girardot, ainsi va la vie", il y a ces paroles difficiles : "Aujourd’hui, Annie ne sait plus rien de Girardot."

Annie Girardot s’est éteinte le 28 février 2011, entourée de sa fille et sa petite-fille. L’annonce de sa disparition se concluant comme ceci, "Annie s’en est allée… paisiblement !"