"Ils sont partout": contre l'antisémitisme, Yvan Attal sort l'arme de la comédie

Dans "Ils sont partout", Yvan Attal dénonce avec un rire plutôt grave "un antisémitisme qui a grandi en France" à une "allure vertigineuse" et qui se nourrit de préjugés tenaces, "toujours les mêmes".

"Il y a quand même un antisémitisme qui a grandi en France depuis dix ans à une allure vertigineuse, et c'est ça qui m'a poussé à faire ce film", confie à l'AFP le réalisateur et acteur, qui a le sentiment "pour la première fois", à 51 ans, de "s'engager au cinéma".

Yvan Attal joue son propre rôle. En tout cas celui d'Yvan, un Français juif "athée" confiant à son psychanalyste (Tobie Nathan) une hantise de l'antisémitisme qui, selon ses proches, frise la paranoïa.

"Si je dis que je suis obsédé par les antisémites dans ce film, c'est évidemment de l'ironie... Je pense que c'est plutôt les antisémites qui sont obsédés par les Juifs, il n'y a qu'à regarder internet", relève le comédien.

Ces séances chez le psy dessinent le fil rouge d'une tragicomédie à sketchs, chaque histoire évoquant ces vieux préjugés antisémites (sur l'argent, l'entraide communautaire...) dont un rapport de la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l'homme) a montré la "résistance" ces derniers mois. Dans le même temps, les actions et menaces antisémites se maintenaient à un niveau inquiétant: en 2015, elles ont constitué 40% des actes racistes commis en France, alors que les juifs représentent moins de 1% de la population française.

"A une époque, je me suis dit que j'allais jouer tous les rôles pour incarner les personnages qui seraient mon cauchemar, mes phobies. C'était quand même compliqué", raconte Yvan Attal, qui a préféré renoncer à cette idée "un peu narcissique". "C'était aussi l'occasion de travailler avec tous ces acteurs fantastiques."

Absent à Cannes

Le casting fait le plein de comédiens populaires, de Patrick Braoudé en François Hollande physiquement très ressemblant au talmudiste de Denis Podalydès, en passant par la mère sépharade plus attendue de Marthe Villalonga.

Benoît Poelvoorde campe un homme politique d'extrême droite qui se découvre une grand-mère juive et en profite pour prendre la place de sa femme (Valérie Bonneton) à la tête de son parti. Charlotte Gainsbourg, compagne d'Yvan Attal à la ville, se morfond d'avoir été en couple avec un Juif sans le sou (Dany Boon) dans une banlieue défavorisée. Gilles Lellouche est un agent du Mossad renvoyé dans le passé pour régler le sort de Jésus avant que sa mort ne soit imputée aux juifs, source d'un antijudaïsme chrétien durable.

"L'humour des sketches a des tonalités différentes, on est plus ou moins dans la farce, le burlesque. C'est un rire qu'on peut retenir car le sujet est grave", fait valoir Yvan Attal. A l'image de cette scène où François Damiens réveille maladroitement la mémoire en sommeil d'un malade d'Alzheimer (Popeck), ancien déporté du camp de Drancy.

Le cinéaste, qui a coécrit son scénario avec la romancière Emilie Frèche, affirme avoir eu du mal à présenter ce long métrage produit par Thomas Langmann, qui n'a pas reçu "le soutien de beaucoup de gens".

"Je le dis dans le film: on ne peut plus rien dire dans ce pays, on ne peut même plus prononcer le mot +juif+, ça crispe. Je le pense et je le constate", déplore Yvan Attal, qui rêvait "naïvement" d'une fenêtre sur la Croisette, ne serait-ce qu'"une petite séance spéciale à minuit"... "Je me suis dit qu'un film français qui abordait ce sujet méritait peut-être d'être adoubé par le Festival de Cannes. Je me suis trompé, je le regrette."

Lui a l'impression d'avoir réalisé "un film sincère, honnête", soucieux d'apporter sa pierre à un "combat" contre l'antisémitisme "qu'on ne peut pas abandonner". Et il s'interroge: "Combien de temps cela va durer ? Est-ce qu'un jour on va nous lâcher?".

"Ils sont partout" sort en Belgique le 1er juin 2016.