Il y a 60 ans, "Ben-Hur" entrait dans la légende

Ben-Hur, c’est l’un des films les plus ambitieux que Hollywood ait connu. Il aura fallu pas moins de 40 versions du scénario pour que la MGM accepte de mettre sur pied cette seconde adaptation d’un roman de 1880. Film de toutes les démesures, le péplum a connu un succès fulgurant, restant à l’affiche durant près d’un an dans les cinémas belges. Réalisée par William Wyler et avec Charlton Heston, cette fresque de 3h30 est entrée dans la légende du cinéma.

En 1960, le péplum est un genre très apprécié du public. Des productions comme Quo Vadis, Les Dix Commandements ou Spartacus ont impressionné par leurs reconstitutions démesurées, à grands coups de décors et costumes majestueux, de figurants pléthoriques et d’effets spéciaux désormais vintage. Mais Ben-Hur, c’est un projet pharaonique qui va dépasser tous ses prédécesseurs. Rendez-vous compte, quatorze mois pour construire les décors, neuf mois de tournage sans interruption, 100.000 costumes. La fameuse scène de la course de chars, devenue mythique, aura mobilisé à elle seule 1500 figurants, 80 chevaux, 1000 travailleurs pour la construction du plateau et 40.000 tonnes de sable. Les chiffres donnent le tournis. Le tournage est intense, et Charlton Heston confiera que c’est le seul film de sa carrière dont il est ressorti épuisé, tant physiquement que moralement.

Et les efforts paient, car à sa sortie, le film est un succès immédiat. Les spectateurs se passionnent pour cette épopée relatant le destin de Judah Ben-Hur, jeune juif de Palestine occupée par l’Empire romain, trahi par son ami d’enfance et envoyé aux galères, qui fera tout pour retourner auprès de sa famille et obtenir sa vengeance. Il faut dire que si les péplums ont la cote, ceux comportant un message religieux sont encore plus appréciés. Or Ben-Hur croise le chemin de Jésus, qui est omniprésent tout au long du film, mais dont on ne voit jamais le visage. Pour en rajouter au drame et à la religion, les scènes d’actions en mettent plein la vue : la course de chars donc, mais aussi le combat naval entre galères romaines impressionnent.

Afin de rendre la psychologie des personnages plus intense, Gore Vidal, scénariste non-crédité du film, distille une romance homosexuelle entre le protagoniste principal et son adversaire, chose que ni Heston ni Wyler ne sauront. Car dans l’Amérique puritaine et le Hollywood censuré des années 50 et 60, pas question de transposer une romance entre deux hommes sur grand écran. Si l’on n’y prend pas garde, c’est une amitié fraternelle forte entre deux jeunes hommes qui apparaît sous nos yeux dans la première partie du film. Mais c’est bien une histoire d’amour déçu que Vidal écrit, et qui explique l’antagonisme qui se développe entre les deux personnages. Il partagera d’ailleurs sa vie avec un homme durant plus de 50 ans, et sera un temps mis au ban d’Hollywood pour cela.

Qu’à cela ne tienne, les spectateurs et la critique n’y voient que du feu. Ben-Hur est présenté à Cannes, et fait un hold-up aux Oscars, remportant 11 statuettes dorées, dont celle du meilleur film, du meilleur acteur pour Heston, et du meilleur réalisateur pour Wyler. Onze, c’est un record qui restera inégalé pendant près de trente ans, avant d’être rejoint par Titanic en 1998 et Le Seigneur des Anneaux – Le Retour du Roi en 2004. Ben-Hur rapporte à la MGM 90 millions de dollars au box-office, il se place juste derrière Autant en emporte le vent (1939) en termes de plus gros succès du cinéma à cette époque. Le merchandising autour du film va également rapporter gros, avec des centaines de produits dérivés vendus à travers le monde, qui vont rapporter 20 millions de dollars.

Ben-Hur à Bruxelles

En Belgique et ailleurs en Europe, il faut attendre presque un an après la sortie américaine du film, qui a lieu en 1959, pour voir Ben-Hur débarquer sur les écrans. Autant dire que la notoriété du film est déjà bien établie. L’avant-première se fait à Bruxelles, sous la forme d’un gala en faveur de la Croix-Rouge, organisé par le journal Le Soir. L’actrice israélienne Haya Harareet, qui joue la sœur de Judah Ben-Hur, en est l’invitée d’honneur. Elle déclarera au journal que son plus grand regret aura été de ne pas participer à la course de chars, réservée aux hommes. Resté à l’affiche chez nous jusqu’en 1961, le film a marqué les esprits des cinéphiles de l’époque.

 

Quant au genre qu’est le péplum, il atteindra son apogée avec Cléopatre de Joseph L. Mankiewicz, avec Elizabeth Taylor dans le rôle-titre. Si le film est l’un des plus grands succès de la décennie, cela ne suffira pas à couvrir les faramineuses dépenses faites pour sa production (44 millions de dollars, soit l’un des films les plus chers jamais réalisés). Les mauvaises critiques finiront par enterrer le film, et avec lui tout le genre. Il faudra attendre 2001 et le succès de Gladiator pour qu’un péplum revienne sur le devant de la scène. Mais aucun n’a depuis réussi à obtenir un franc succès, et certainement pas le malheureux remake de Ben-Hur, datant de 2013, échec critique et commercial. Ben-Hur, l’original, reste encore inégalé.