Il y a 50 ans, "Le Mans" ou le crash hollywoodien de Steve McQueen

La 88e édition des 24 heures du Mans s’est déroulée ce week-end. Il y a 50 ans, l’acteur Steve McQueen s’était essayé à capturer le mythe de cette grande course avec le film "Le Mans". Ce sera un désastre critique et financier.

S’il est bien une course légendaire dans l’histoire de l’automobile, c’est celle des 24 heures du Mans. Cette année, le coronavirus a reporté la course, qui a eu lieu ce week-end sans public, alors qu’elle prend traditionnellement place en juin. Lors du tournage du film, en 1968, même topo. Les événements de mai reportent la course. Pour Steve McQueen, passionné d’automobiles, le projet est celui d’une vie.

Tourné en août et septembre, en décor naturel sur le circuit manceau, le film s’attire à l’époque les commentaires acerbes des spécialistes. Ils n’y retrouvent pas la lumière de juin qui caractérise la course légendaire.

Flop en salle à sa sortie, et du coup désastre financier, le film a sérieusement écorné l’image de Steve McQueen, décédé en 1980, alors au faîte de sa gloire après des succès comme Bullit ou l’Affaire Thomas Crown.

Il est pourtant considéré aujourd’hui comme un véritable documentaire sur la course automobile, grâce aux monstrueuses Porsche 917 et Ferrari 512 de l’époque qu’il met en scène et qui sont conduites par de véritables pilotes.

McQueen a aussi fait filmer en juin, lors de la véritable épreuve, des scènes de courses, montrant le public, pour être montées dans le film et le rendre ainsi plus "vrai".

"Steve McQueen pensait que les autres films sur le sport automobile comme 'Grand Prix' dans les années 1960 manquaient d’authenticité et il pensait qu’elle était essentielle pour recréer l’excitation du pilotage. C’était la base de sa vision pour 'Le Mans'", souligne Gabriel Clarke, auteur d’un documentaire sur le tournage du film intitulé The Man and Le Mans.

Il ne manque qu’un scénario

Le problème, c’est que s’il a rassemblé un impressionnant aréopage de voitures et de pilotes et loué le circuit pendant plusieurs semaines, il manque à McQueen un élément essentiel : le scénario.

"Sa vision était celle d’un documentaire, c’est ce qu’il voulait que 'Le Mans' soit. Mais sa popularité et son aura à ce moment de sa carrière étaient tels qu’il a pu rassembler un budget de six millions de dollars, ce qui était énorme à l’époque", rappelle Gabriel Clarke dans un entretien accordé à l’AFP. "Le studio, lui, voulait une fiction et une histoire par-dessus cette vision".


Résultat : après plusieurs semaines et des kilomètres de pellicule montrant des voitures et accidents sous toutes les coutures, le tournage est interrompu et Steve McQueen doit accepter une histoire de romance à l’eau de rose entre un pilote, Michael Delaney joué par lui-même, et la veuve d’un pilote tué l’année précédente dans un accident dans lequel il a été impliqué. L’amourette est rythmée par la musique de Michel Legrand.

En guise de dialogues, on entend surtout le hurlement des douze cylindres allemand et italien lancés à pleine vitesse dans la ligne droite des Hunaudières, qui n’était pas encore coupée de chicanes.

De longues scènes montrent aussi le public, dans la célèbre fête foraine des 24 heures, participant à la messe en plein air le dimanche matin ou encore se pressant dans la tribune principale. En 1970, l’épreuve attirait encore près d’un demi-million de personnes.

"Certaines scènes où on voit les voitures prêtes à prendre la piste, d’autres qui montrent le caractère gigantesque de l’évènement, sont incroyables", affirme Gabriel Clarke. Elles rappellent combien le public était près de la piste et "faisait partie de la course".

Preuve que le film ne répondait pas aux canons de Hollywood à l’époque, le héros ne gagne pas. Il termine deuxième mais avec les honneurs puisqu’il est… Steve McQueen

La bande-annonce du film :

Après Le Mans, l’acteur américain ne traitera plus jamais au cinéma de course automobile. C’est à Paul Newman, une autre star d’Hollywood, également coureur automobile à ses heures, que reviendra la gloire de disputer pour de vrai l’épreuve mancelle et de la terminer en 2e position en 1979.

L’an passé, Le Mans 66, fresque sur la compétition entre Ford et Ferrari sur le circuit, réunissant Matt Damon et Christian Bale, a été un succès critique et public. Le film, auréolé de deux Oscars, est arrivé en tête du box-office mondial.