Hugues Dayez à Cannes : "Everybody knows" d'Asghar Farhadi ouvre la compétition

Javier Bardem et Penelope Cruz à la première de "Everybody Knows"
4 images
Javier Bardem et Penelope Cruz à la première de "Everybody Knows" - © LOIC VENANCE - AFP

En 2013, son film "Le passé" permettait à Bérénice Béjo de remporter le prix d’interprétation féminine à Cannes. En 2016, de retour en compétition, le cinéaste iranien Asghar Farhadi décrochait le Prix du Scénario pour "Le Client". Hier soir, pour le gala d’ouverture, il présentait son premier film tourné en Espagne, "Todos lo saben" (" Everybody knows ") avec Penelope Cruz et Javier Bardem.

Laura (Penelope Cruz), qui a épousé un Argentin (Ricardo Darin) et s’est installée de l’autre côté de l’Atlantique, revient en Espagne avec ses deux enfants dans son village natal, pour participer au mariage de sa sœur. La joie des retrouvailles avec sa famille et l’ambiance de la fête sont rapidement ternies par un évènement angoissant : la fille aînée de Laura est kidnappée à la faveur d’une coupure d’électricité et ses ravisseurs réclament une rançon de 300.000 euros. Alors que son mari est resté en Argentine, Laura se tourne vers Paco (Javier Bardem), son ancien amoureux devenu propriétaire d’une belle exploitation viticole qui suscite les jalousies de sa famille. Paco va prendre l’affaire très à cœur, trop pour certains…

Auteur de ses scénarios, Asghar Farhadi explore dans tous ses films une même obsession : comment le cercle familial parvient à résister ou non à la pression d’évènements extérieurs qui menacent son équilibre. Le fait que dans "Todos lo saben", il troque la culture iranienne pour celle de la campagne espagnole, ne modifie pas fondamentalement son cinéma. On sent très vite que l’enquête policière autour du rapt ne l’intéresse guère ; ce qui le passionne, c’est de tenter une radioscopie des rancœurs familiales qui remontent à la surface à cause du drame. Mais on a connu Farhadi plus subtil : ici, il utilise dans son intrigue quelques ficelles mélodramatiques assez artificielles et convenues. Et il délaisse tellement la dimension policière de son récit qu’il finit par laisser passer quelques invraisemblances. Dans le rôle de la mère pleureuse, Penelope Cruz joue consciencieusement une partition monochrome, tandis que Javier Bardem tente d’incarner avec cohérence un personnage dont l’évolution psychologique est un peu hâtive. Sans être un mauvais film, "Todos lo saben" n’est vraiment pas ce que Farhadi a fait de mieux dans sa carrière.