Hubert Mingarelli, l'écrivain qui a inspiré Noir Océan



Jacqueline Aubenas : « Noir océan » est basé sur deux de vos nouvelles autobiographiques.

Hubert Mingarelli : Très jeune, je me suis engagé volontaire dans la Marine française en opération à Mururoa, lieu choisi pour les essais nucléaires. J’ai pris cette décision en toute connaissance de cause. Je savais que j’y partais pour ça. Embarqué, j’ai découvert la vie et la discipline militaires et je me suis rendu compte que je les supportais mal.

L’information et la conscience écologiques n’étaient pas celles d’ aujourd’hui.

Hubert Mingarelli : Ces essais ne représentaient pas pour moi une aventure, plutôt un grand point d’interrogation. Je ne savais pas ce que pensaient les autres. Personne ne se posait trop la question. Est ce que c’était bien ou mal ? Est ce qu’on se mettait en danger , ou qui mettait-t-on en danger en faisant ça, nous n’avions aucune information et nous n’en parlions pas. Pourtant un jour nous avons traversé un nuage atomique déplacé par le vent. Un officier nous a dit qu’il n’y avait pas de danger, réponse assez étonnante tout de même. Je suppose que les gradés en savaient plus que nous mais c’était le non-dit. Quelles informations avaient-ils ? S’ils savaient quelque chose, ils le gardaient pour eux. Des indignations j’en ai eues... plus tard, évidemment tout cela puait.

Quels rapports de travail avez-vous eus avec Marion ?


Hubert Mingarelli : Souvent Marion me téléphonait quand elle avait besoin de petits détails documentés et précis. Mais une grande part de ce que montre le film se trouve dans mes nouvelles. Quand on raconte, il faut des éléments réalistes pour donner à un récit la véracité dont il a besoin. Ces nouvelles, je les ai écrites plus de trente ans après les évènements. Il m’était impossible d’en parler à chaud. J’ai eu besoin de laisser reposer et mûrir mes souvenirs. Même encore maintenant je ne sais pas très bien ce que j’ai fait là-bas, ce que j’ai vécu. Il m’a fallu toutes ces années pour trouver mes mots, savoir comment en parler. Avec Marion, cela a été une confiance immédiate. Dès que quelqu’un aime votre travail et veut s’en emparer, on devient un peu ses parents. La manière dont elle s’exprimait m’a tout de suite montré que nous parlions de la même chose. Je ne suis pas intervenu sur le scénario. Marion m’a fait lire les différentes versions et nous en discutions mais il n’y a jamais eu un problème de fond sur son scripte.. Le scénario est vraiment d’elle et est très fidèle à mes nouvelles.


 


Quelle impression avez-vous eue de voir votre double à l’écran ?


 


Hubert Mingarelli : Mon double romanesque est Massina. C’est moi à 90% et ma difficulté d’être, je l’ai retrouvée dans le film. Se voir transformé en personnage, incarné par un corps et un visage qui ne sont pas les vôtres, observé par un regard extérieur est violent. Mais beau aussi de me trouver en face de gens en chair et en os qui sont un peu moi. J’étais très ému. C’est une expérience inoubliable. En regardant le film, je me suis démultiplié : il y avait moi, le personnage qui avait vécu cela, puis celui que j’avais imaginé pour parler de cette expérience et ensuite le comédien que Marion a choisi pour devenir moi. Trois éléments lourds qui ont amené une grande remontée émotionnelle. J’étais dans la position de quelqu’un qui regarde sa vie.


Heureusement j’ai pu prendre une certaine distance. Si ce sentiment avait duré pendant tout le film je ne sais pas si j’aurais pu le regarder. Cela n’a pas été une dépossession, mais une autre façon de voir, un « truc » en plus. Cette expérience est encore « à chaud » et il faut que je la laisse décanter.

Et votre rapport au cinéma ?


 Hubert Mingarelli : C’est la première adaptation d’un de mes livres arrivée à terme. Il s’agit de deux écritures, de deux langages différents. Quand j’écris, je ne vois pas des visages, des silhouettes seulement, et là, c’est ce visage et pas un autre. C’est un gros dépaysement. Heureusement, la pudeur des images de Marion m’a convenu. Elle a bien compris que ce qui m’intéressait était le rapport entre les gens et non la description politique ou analytique d’un événement. Le cinéma apporte sa « musique » et ajoute ici une musique, celle de René-Marc Bini qui sublime certaines séquences. La projection achevée, mon émotion est restée.


Plus d'infos sur "Océan Pacifique", le livre comprenant les trois nouvelles adaptées par Marion Hänsel sur le site des éditions  du Seuil.



Jacqueline Aubenas : « Noir océan » est basé sur deux de vos nouvelles autobiographiques.

Hubert Mingarelli : Très jeune, je me suis engagé volontaire dans la Marine française en opération à Mururoa, lieu choisi pour les essais nucléaires. J’ai pris cette décision en toute connaissance de cause. Je savais que j’y partais pour ça. Embarqué, j’ai découvert la vie et la discipline militaires et je me suis rendu compte que je les supportais mal.

L’information et la conscience écologiques n’étaient pas celles d’ aujourd’hui.

Hubert Mingarelli : Ces essais ne représentaient pas pour moi une aventure, plutôt un grand point d’interrogation. Je ne savais pas ce que pensaient les autres. Personne ne se posait trop la question. Est ce que c’était bien ou mal ? Est ce qu’on se mettait en danger , ou qui mettait-t-on en danger en faisant ça, nous n’avions aucune information et nous n’en parlions pas. Pourtant un jour nous avons traversé un nuage atomique déplacé par le vent. Un officier nous a dit qu’il n’y avait pas de danger, réponse assez étonnante tout de même. Je suppose que les gradés en savaient plus que nous mais c’était le non-dit. Quelles informations avaient-ils ? S’ils savaient quelque chose, ils le gardaient pour eux. Des indignations j’en ai eues... plus tard, évidemment tout cela puait.

Quels rapports de travail avez-vous eus avec Marion ?


Hubert Mingarelli : Souvent Marion me téléphonait quand elle avait besoin de petits détails documentés et précis. Mais une grande part de ce que montre le film se trouve dans mes nouvelles. Quand on raconte, il faut des éléments réalistes pour donner à un récit la véracité dont il a besoin. Ces nouvelles, je les ai écrites plus de trente ans après les évènements. Il m’était impossible d’en parler à chaud. J’ai eu besoin de laisser reposer et mûrir mes souvenirs. Même encore maintenant je ne sais pas très bien ce que j’ai fait là-bas, ce que j’ai vécu. Il m’a fallu toutes ces années pour trouver mes mots, savoir comment en parler. Avec Marion, cela a été une confiance immédiate. Dès que quelqu’un aime votre travail et veut s’en emparer, on devient un peu ses parents. La manière dont elle s’exprimait m’a tout de suite montré que nous parlions de la même chose. Je ne suis pas intervenu sur le scénario. Marion m’a fait lire les différentes versions et nous en discutions mais il n’y a jamais eu un problème de fond sur son scripte.. Le scénario est vraiment d’elle et est très fidèle à mes nouvelles.


 


Quelle impression avez-vous eue de voir votre double à l’écran ?


 


Hubert Mingarelli : Mon double romanesque est Massina. C’est moi à 90% et ma difficulté d’être, je l’ai retrouvée dans le film. Se voir transformé en personnage, incarné par un corps et un visage qui ne sont pas les vôtres, observé par un regard extérieur est violent. Mais beau aussi de me trouver en face de gens en chair et en os qui sont un peu moi. J’étais très ému. C’est une expérience inoubliable. En regardant le film, je me suis démultiplié : il y avait moi, le personnage qui avait vécu cela, puis celui que j’avais imaginé pour parler de cette expérience et ensuite le comédien que Marion a choisi pour devenir moi. Trois éléments lourds qui ont amené une grande remontée émotionnelle. J’étais dans la position de quelqu’un qui regarde sa vie.


Heureusement j’ai pu prendre une certaine distance. Si ce sentiment avait duré pendant tout le film je ne sais pas si j’aurais pu le regarder. Cela n’a pas été une dépossession, mais une autre façon de voir, un « truc » en plus. Cette expérience est encore « à chaud » et il faut que je la laisse décanter.

Et votre rapport au cinéma ?