"Honeyland" : un mode de vie en voie de disparition

"Honeyland" : un mode de vie en voie de disparition
"Honeyland" : un mode de vie en voie de disparition - © Tous droits réservés

Dans un documentaire doux amer, Tamara Kotevska et Ljubomir Stefanov accompagnent une apicultrice dont le mode de vie est menacé. 

Son nom est Hatidze Muratova, et elle est une des dernières apicultrices d'Europe. À la voir s'activer à la récolte et à la vente du précieux miel produit par ses abeilles, on ne doute pas qu'elle est le vestige d'un monde malheureusement en voie de disparition. Sa pratique de l'apiculture est aussi rudimentaire que modeste, et aussi respectueuse de l'environnement que méticuleuse. Le visage marqué par de dures années de labeur, elle vit seule avec sa mère souffrante dans un petit village de la Macédoine, dont elle ne s'éloigne que pour vendre ses pots de miel sur les marchés de Skopje. C'est une vie difficile qu'elle mène, mais qui force aussi le respect par sa bienveillance.

À elle seule, elle pourrait justifier l'existence du documentaire qui lui est consacré, “Honeyland”. Filmée pendant plusieurs mois par Tamara Kotevska et Ljubomir Stefanov, elle est un personnage de cinéma superbe, touchante dans la simplicité de son quotidien, et captivante dans la complexité de son être. Les cinéastes la saisissent avec une proximité troublante, mais qui n'est jamais voyeuriste, nous offrant entre autres de très belles scènes d'intimité entre elle et sa mère.

Mais l'histoire de la dernière apicultrice de Macédoine trouve une autre résonnance avec l'arrivée de nouvelles personnes  : une grande famille de voyageurs itinérants qui s'installe à côté de chez elle. Dans un premier temps, leurs rapports de voisinages sont plus que cordiaux. Elle se lie d'amitié avec les nombreux enfants de la famille, et leurs parents, avec qui elle partage innocemment ses techniques d'apiculture, dont la plus importante  : ne jamais prendre plus de la moitié du miel aux abeilles, sous peine de perturber leur fragile écosystème. À son grand désespoir, la famille adopte l'apiculture en bravant ses interdits, menaçant gravement son gagne-pain et son mode de vie.

Loin d'être une simple querelle de voisinage, le conflit qui les oppose possède une portée universelle. Entre la démarche protectrice de l'écosystème de Jatidze, et celle de son voisin qui en fait fi, on retrouve la dualité qui déchire notre planète, en pleine crise environnementale. Une dualité que “Honeyland” prend d'ailleurs soin de ne pas caricaturer  : si le patriarche de la famille voisine est en quelque sorte l'antagoniste du film, il est également évident qu'il est davantage guidé par l'impérieuse nécessité de nourrir sa large famille que par le profit.

En saisissant ce mode de vie en voie de disparition, “Honeyland” nous laisse avec une image amère de notre monde et peu d'espoir. Mais en mettant en lumière la démarche protectrice de sa protagoniste, il résonne aussi comme un puissant plaidoyer pour la préservation de notre planète, dont il faudrait sans aucun doute prendre note.