"Helmut Newton: The Bad and the Beautiful", un portrait contrasté du sulfureux photographe

"Helmut Newton: The Bad and the Beautiful", portrait contrasté du sulfureux photographe
"Helmut Newton: The Bad and the Beautiful", portrait contrasté du sulfureux photographe - © Helmut Newton Foundation

Dans son portrait d'Helmut Newton, le cinéaste Gero von Boehm explore l'œuvre du photographe de mode décédé en 2004 et prend sa défense.

Misogyne ou admirateur de la gent féminine ? Artiste important ou auteur d'images racoleuses ? Dans les grands noms de la photographie, Helmut Newton se range parmi les plus controversés, mais aussi parmi les plus distinctifs. Ses images érotiques et chocs, qui ont figuré dans d'innombrables magazines, sont immédiatement reconnaissables : empreintes de mauvais goût et de glamour, elles mettent souvent en scènes des femmes dénudées dans des postures dominantes. On peut même reconnaître une photo d'Helmut Newton par le genre de modèles qui y figurent : grandes, généralement blondes, elles ont pour la plupart les mêmes proportions anatomiques. Par son approche lubrique et provocante, Helmut Newton est devenu un des photographes de mode les plus renommés dans le monde, mais aussi un des plus conspués. Qu'on l'aime ou non, la misogynie de son œuvre est un sujet inévitable.

Plutôt que d'éluder ces controverses, le réalisateur allemand Gero von Boehm les prend à bras le corps dans son documentaire “Helmut Newton: The Bad and the Beautiful”. À cet effet, il s'est principalement adressé à celles qui ont prêté leur physique à ses séances photos, comme Charlotte Rampling, Isabella Rosselini, Grace Jones ou encore Claudia Schiffer. Leurs interventions sont passionnantes, jetant un regard contrasté sur l'œuvre de Newton. L'une affirme que la vision artistique du photographe est un miroir du sexisme de notre monde et, en ce sens, a sa place, tandis qu'une autre précise que son goût pour les modèles dénudées en position de pouvoir révèle toute l'admiration qu'avait Helmut Newton pour les femmes. D'autres, comme June Newton, son épouse et collaboratrice, ou Anna Wintour, la rédactrice en chef de Vogue, s'expriment également, mais toutes (car les personnes interrogées sont presque exclusivement de femmes) défendent le travail d'Helmut Newton. Plus encore que l'artiste, c'est l'homme qu'elles soutiennent, rejetant l'idée qu'il était une personne aussi perverse que ses photographies. Il nous est présenté comme un personnage farfelu et talentueux, capable de mettre en confiance chacune de ses modèles, même lorsque celles-ci s'exposaient complètement à sa caméra.

Peut-être parce que la vie d'Helmut Newton n'a jamais été aussi sulfureuse que son art, le film passe relativement peu de temps sur sa biographie, préférant se concentrer sur son œuvre. Le fait qu'il ait été un adolescent juif en Allemagne nazie est abordé, mais c'est avant tout pour parler de l'influence troublante qu'a pu avoir Leni Riefenstahl (réalisatrice de films de propagande comme “Le Triomphe de la volonté”) sur ses propres photos. Le long-métrage zigzague à travers son parcours, privilégiant une approche thématique à une structure chronologique.

Compte tenu de l'importance qui est donnée à l'œuvre plutôt qu'à l'homme, l'absence dans le documentaire des confrères et de consœurs photographes d'Helmut Newton, qui auraient sans doute pu offrir un regard pertinent sur son travail, se fait sentir. Tout comme l'absence de voix contradictoires : la seule personne qu'on entend formuler une vraie critique est Susan Sontag, dans un extrait d'une émission de Bernard Pivot. Sur le plateau de celui-ci, l'essayiste et romancière américaine évoque sans équivoque et sans ambages la nature misogyne du travail de Newton. Ce genre de perspectives divergentes manque cruellement au film, qui ressemble davantage à un hommage, voire même à une défense du photographe, qu'à une véritable exploration des contradictions de son œuvre.

 

"Helmut Newton: The Bad and the Beautiful" est à découvrir en VOD.