Grave E.T.

Christophe Bourdon adore le film "Gravity", si, si, what else ?
Christophe Bourdon adore le film "Gravity", si, si, what else ? - © RTBF

Plus qu'un film de cinéma, Gravity est selon moi LE cinéma. Avec un grand "LE" (euh...)

Aah, Gravity. Le film dont tout le monde parle en ce moment. Vu la taille des files devant les cinémas, il y a fort à parier qu'il terminera l'année en tête des longs métrages ayant fait le plus d'entrées. Et je ne serais pas surpris de le voir repartir avec une masse de récompenses dans les cérémonies à venir. Ce sera amplement mérité. Car au-delà du film, Gravity est avant tout une véritable expérience de cinéma, qui ne peut se vivre que dans l'obscurité d'une salle, lunettes 3D posées sur le nez (parce que sur le front, on voit moins bien).

Ce qui m'a sans doute le plus bluffé dans Gravity, c'est son mélange des opposés. C'est un bon gros film d'action à l'américaine, avec ses scènes spectaculaires et ses stars hollywoodiennes, tout en étant un vrai film d'auteur. Se retrouver face à un plan séquence d'ouverture qui dure un quart d'heure, à une époque où le montage hystérique et les scènes surdécoupées sont de rigueur, cela vous pose un réalisateur.

Il rassemble aussi l'infiniment petit et l'infiniment grand, en filmant l'âme humaine au milieu de l'infini spatial. Gravity nous fait rentrer dans la tête de Sandra Bullock et nous transmet ses émotions les plus intimes, le tout dans le décor le plus immense qu'il puisse exister. Il faut voir à ce titre les scènes où Alfonso Cuarón, le metteur en scène, nous fait littéralement rentrer dans la combinaison spatiale de Sandra Bullock, pour nous faire partager son regard sur cet environnement tellement effrayant.

Enfin, Gravity réussit à parler à la fois au cœur et au cerveau. Il vous prend par leur tripes, tout en vous faisant réfléchir. C'est un film viscéral et cérébral. Un film viscérébral, quoi! (Ben oui, ça existe, puisque je viens de l'écrire...)

UNE 3D AVEC DU RELIEF

Lors des premières projections de "L'arrivée d'un train en Gare de La Ciotat" des Frères Lumière à la fin du XIXe siècle, les spectateurs qui découvraient pour la première fois cette nouvelle invention baptisée cinématographe n'en revenaient pas de voir une locomotive foncer vers eux. Et certains prenaient même leurs jambes à leur cou, convaincus que le train allait sortir de l'écran pour les écraser.

Je pense avoir pour la première fois de ma vie ressenti la même émotion que ces spectateurs.

En voyant des débris de navette spatiale foncer vers moi, j'ai eu un mouvement de recul et de peur sur mon siège. L'effet de la 3D? Pas uniquement. Pour être franc avec vous, je déteste les films en relief. Je trouve que c'est un gadget marketing destiné à faire revenir en salle les spectateurs qui préfèrent les écrans plats. Quand je vois un film en 3D, cela me sort de l'histoire, car je passe mon temps à me dire "Oh, un objet qui vole vers moi! Oh, un monsieur qui se détache du paysage!"

Alors, pourquoi la 3D fonctionne dans Gravity? Tout simplement parce qu'elle est au service d'une histoire forte et d'une mise en scène parfaite.

Et pourtant, elle est toute simple, voire simpliste, l'histoire de Gravity: deux astronautes se retrouvent perdus au milieu de l'espace suite à la destruction de leur navette. Vont-ils s'en sortir?

Mais sur ce postulat de départ, Alfonso Cuarón, qui a écrit le film avec son fils, livre un suspense qui vous prend aux tripes et ne vous lâche pas une seule minute. Et il traite en même temps de thèmes profonds qui nous renvoient à nos propres angoisses: la peur de mourir, la solitude, le combat contre la fatalité, le travail du deuil. Comme le personnage de Sandra Bullock, on se demande du début à la fin "Et moi, que ferais-je dans pareille situation? Je baisse les bras ou je me bats jusqu'au bout?"

WHAT ELSE?

Certes, le film n'est pas sans défauts. Autant j'adore George Clooney, autant je l'ai trouvé ici un peu horripilant tant il semblait faire du George Clooney jusqu'à la caricature. Je me suis même dit qu'il allait finir par proposer un petit Nespresso à Sandra Bullock en dodelinant de la tête avec son sourire moqueur et son regard ironique.

Mais ces réserves sont infimes face à la claque et à la jubilation qu'on éprouve tout au long du film.

Bon, allez, je pense que vous l'avez compris: j'ai adoré Gravity. Alfonso Cuarón a réuni les esprits de Stanley Kubrick (l'intellectualisme en moins, mais l'émotion en plus), Alfred Hitchock (pour l'art consommé du suspense), David Lean et John Ford (pour le souffle épique de sa mise en scène), ou encore Steven Spielberg et Robert Zemeckis (pour le plaisir et l'émerveillement enfantins que peut provoquer le cinéma).

Allez, je vous laisse: je file revoir le film. Rendez-vous dans les salles?

Christophe Bourdon

PS: En fouillant sur le net, j'ai trouvé quelques commentaires de personnalités sur le film. Je voulais les partager avec vous. Comment? Ben oui, ce sont de vrais commentaires, pourquoi? Comme si c'était mon genre d'inventer des trucs...

 

"Je viens de voir Gravity. Cela m'a enfin convaincu de la pertinence de la 3D. Je suis en train d'écrire mon prochain film, et il sera tourné avec cette technologie. C'est l'histoire de deux astronautes lesbiennes qui s'envoient en l'air pendant 3 heures, en fumant des cigarettes. Je filmerai tout en très gros plans. Quand elles pleurent, vous verrez leur morve en 3D. Ce sera magique" (Abdellatif Kechiche)

"Oufti!" (Luc Dardenne)

"Pareil..." (Jean-Pierre Dardenne)

"Je suis en plein tournage de "Camping 3", mais mes amis m'ont dit "Fabien, arrête de tourner! Va voir Gravity!" Mes vrais amis, eux, ils m'ont juste dit "Fabien, arrête de tourner!". Mais bon, eux, ça fait des années qu'ils me le disent..." (Fabien Onteniente)

"J'ai trouvé que Sandra Bullock était vachement bien intégrée dans l'espace" (Stéphane Pauwels)

"J'ai beaucoup aimé Gravity, mais je trouve que l'histoire aurait gagné en profondeur si Sandra Bullock avait été attaquée par des aliens. Les aliens auraient détruit la Maison Blanche. Et à la fin, Sandra aurait détruit leur soucoupe en posant une bombe à l'intérieur. Et elle aurait aussi sauvé un chien prisonnier des aliens. Et j'aurais appelé le film "Grave E.T." Là, ça aurait vraiment été un grand film de cinéma". (Roland Emmerich)

"Ce film m'a tué" (Lou Reed)

"J'ai été très déçue par Gravity. Je m'attendais à voir un chouette film super avec Georges Clooney que j'aime trop bien dans ses films où il joue le personnage du monsieur qui boit du café. Mais je me suis retrouvée face à un film où Dany Boon roule dans une voiture parce qu'un volcan a explosé. Et il croise jamais George Clooney dans l'espace. Peut-être que Dany Boon aurait du rouler dans une Renault Espace... Comment? Je me suis trompée de salle? Ben non: regardez mon ticket: Gravity, salle 9. Ah... Mince... Je le tenais à l'envers. Je suis allée dans la salle 6." (Nabilla)

"Dans le movie, Sandra a des vraies bollocks, you know. Des testicules. Pour moi, Gravity, c'est le "2013" de 2001. Et si tu additionnes 2013 à 2001, ça fait 4014. Et 4 plus 0 plus 1 moins 4, ça fait 1. Et ça c'est beau!" (Jean-Claude Van Damme)

"Le jour où j'apprends à écrire un scénario original, je fais Gravity" (Luc Besson)