Golden Globes: "Courgette", une recette maison face aux géants américains

"Ma vie de Courgette" avait été présenté au Festival de Cannes en 2016
"Ma vie de Courgette" avait été présenté au Festival de Cannes en 2016 - © JEFF PACHOUD / AFP

Le film d'animation "Ma Vie de Courgette", en lice pour un Golden Globe dimanche à Los Angeles, a été fabriqué à la main en région lyonnaise, dans le centre-est de la France, faisant figure d'ovni face à ses quatre rivaux, des superproductions américaines.

Depuis qu'il a été présenté à Cannes, le film du Suisse Claude Barras enchaîne les prix et pourrait même être nominé aux Oscars.

"Claude a absolument voulu garder le côté artisanal. On voit les empreintes sur les marionnettes, la lumière n'est pas numérique, les choses ne sont pas lisses", explique Marianne Chazelas, première assistante du réalisateur qui vit à Lyon.

"Sa force est qu'il parle des choses directement, à l'opposé de certains films pour enfants où l'on enrobe tout", renchérit Marc Bonny, patron de Gebeka Films, distributeur et coproducteur lyonnais qui a décollé à la fin des années 1990 avec "Kirikou".

Oui, "Courgette" tue accidentellement sa mère; oui, il est placé dans un orphelinat; oui, ces gamins sont maltraités et cabossés mais il en émane une incroyable justesse et délicatesse sur les sentiments de l'enfance.

Ce supplément d'âme tient certainement à ces poupées dont les visages hypertrophiés en résine s'animent. Grâce à leurs gros yeux, les animateurs ont pu faire bouger leur regard à la main, sans utiliser de petits outils, de type pince à épiler, qui désincarnent parfois les personnages.

Presque tout, d'ailleurs, a été fait main: les marionnettes dans l'atelier de Grégory Beaussart, les costumes cousus et tricotés dans les ateliers suisses Gran'Cri et Nolita, les nuages en laine de mouton, la neige en flocage de velours.

Le tournage a débuté à Lausanne en Suisse, avec les voix d'enfants amateurs. Pour plus de spontanéité, l'équipe décide de les mettre en situation et en interaction, plutôt que de les enregistrer séparément. "On les a filmés, leurs attitudes ont donné de précieuses indications aux animateurs pour donner aux marionnettes les bonnes expressions", explique David Toutevoix, chef opérateur.

30 secondes par jour

S'ensuit un travail titanesque en "stop motion", technique d'animation image par image. Dix mois de tournage au Pôle Pixel de Villeurbanne, en banlieue lyonnaise, qui offre 5.000 m2 de studios.

Car pour boucler une seconde de film, il faut 24 images, en bougeant les figurines millimètre par millimètre pour accomplir un mouvement. Seulement 30 secondes utiles sont tournées par jour, quatre secondes par animateur - la crème du métier, certains ayant tourné avec Tim Burton ou Wes Anderson.

"L'ambiance était très calme: le travail est tellement minutieux qu'on ne peut pas être agité. Mais c'était tendu aussi, car gérer 14 plateaux en même temps, c'est un casse-tête humain et technique", se rappelle Marianne Chazelas.

L'équipe s'étale sur plus de 2.000 m2. Les décors sont construits sur place. Il y a aussi les vestiaires des 54 poupées, qui disposent chacune d'une trentaine de bouches, de sourcils, de paupières et deux "docteurs" prêts à intervenir.

L'équipe regrette qu'il n'y ait pas eu de "making of" sur ces secrets de tournage, même si une exposition lève le voile sur "L'envers du décors" au Musée miniature et cinéma de Lyon jusqu'au 2 avril. Mais avec son modeste budget de 6 millions d'euros, il y avait peu de marge de manœuvre.

Aujourd'hui, alors que le film a déjà enregistré plus de 680.000 entrées en France et doit prochainement sortir aux États-Unis, "Courgette" est auréolé d'une reconnaissance incroyable. Même le créateur du studio Aardman, Peter Lord, paternel de "Wallace et Gromit", s'est fendu d'une vidéo pour dire tout le bien qu'il pense du travail de Claude Barras.

Mais la "Courgette" fera-t-elle le poids au pays de Disney, en compétition avec notamment "Zootopie" et "Vaiana"?