Gemma Jones, et le Bel et Sombre Etranger

2 images
- © rtbf

Hugues Dayez a rencontré Gemma Jones, qui joue le role d'Helena Shepridge dans le dernier film de Woody Allen, "Vous allez rencontrer un Bel et Sombre Etranger. Voici le texte de l'interview intégrale qu'elle lui a accordée à Cannes.





Hugues Dayez : Gemma, ravi  de vous rencontrer… Avez-vous été surprise d’être contactée par Juliet Taylor, la directrice de casting de Woody Allen pour ce film ?

Gemma Jones : Oui, j’étais très surprise ! Parce que je n’ai pas tourné beaucoup de films, ma carrière est surtout au théâtre. Et j’ai passé une audition filmée, je n’ai pas rencontré Woody Allen. La vidéo a été envoyée à New York. Et tout ce que j’avais vu, c’étaient les deux scènes que j’avais lues face à la caméra. Et quand j’ai appris que j’avais décroché le rôle, j’ai eu un vrai frisson, mais je ne savais pas encore combien c’était un beau rôle, je n’avais vu que deux scènes !

Le fait d’être actrice de théâtre, c’est un atout pour jouer dans ce film parce que Woody tourne des longs plans-séquences… 

Gemma Jones : Oui, en effet !

Et il fait peu de prises ! Vous sentiez vous à l’aise avec sa façon de tourner ?

Gemma Jones : Oui, en fait ! Et on ressent des montées d’adrénaline dans ces plans séquences compliqués : on doit vraiment très bien connaître son texte ! Et il tourne très peu de gros plans… J’aime ça, c’est comme travailler une scène au théâtre. Et vous êtes aussi très dépendants des autres acteurs, ce qui constitue un vrai défi, et je pense que chacun de nous aimait ça, même si c’était assez effrayant !

Woody Allen fait-il des commentaires, ou reste-il très effacé ?

Gemma Jones : Il parle très peu. Et c’est parfois un peu déconcertant ! Vous rentrez chez vous le soir en pensant : «  hum, je crois que je vais être virée demain ! » Mais vous vous ravisez en pensant : « Il me le dirait si mon travail ne lui plaît pas ! » Et de temps en temps  il fait des remarques pertinentes. Il m’a dit « N’essaye pas d’être drôle ! » Et comme la femme que j’incarne se comporte parfois stupidement, la tentation était  grande d’exagérer mon jeu, mais Woody tenait à rester bien ancré dans la réalité des situations.

On a l’impression que le choix le plus important pour lui, c’est le casting, et qu’une fois que le casting est fait,  il suit ses acteurs… 

Gemma Jones : Oui, et ça vous donne une grande confiance, parce qu’il croit en sa distribution, Et pendant les deux, trois premiers jours, on s’empare chacun de nos personnages et cela vous met en confiance, on sent qu’il est avec vous…

Certains de ses films sont presque burlesques, et celui-ci est plus sombre, plus réaliste. Dans ce contexte, comment trouver le ton juste pour interpréter votre personnage ? 

Gemma Jones : Eh bien la marge de manœuvre est étroite, et je devais toujours ramener le personnage à sa vie intérieure, à ce qu’elle ressent vraiment, pa        rce qu’elle se comporte parfois comme une idiote ! Et j’espère l’avoir rendue plus émouvante qu’agaçante !

J’ai le sentiment, en tant que cinéphile, que les Anglais sont les meilleurs acteurs au monde. Comment expliquez-vous ça ?

Gemma Jones : Je ne sais pas. Moi j’admire énormément les acteurs américains à l’écran. Je ressens souvent que les acteurs de cinéma américains ont une capacité magnifique pour juste être et exister à l’écran. Je crois que les comédiens britanniques, de par leur formation théâtrale, sont d’excellents acteurs de composition, et que peut-être, les acteurs américains ont ce talent d’être juste naturels à l’écran

Vous avez le sentiment que le cinéma, pour un acteur anglais, est toujours un second choix, le premier amour, c’est le théâtre ?

Gemma Jones : Eh bien je crois que ça a changé ces vingt dernières années. Le cinéma est devenu prédominant, et les jeunes visent d’abord de faire des films… Il n’y a plus tellement de théâtres en Angleterre aujourd’hui, et le genre de formation que j’ai eue,