"Fatima", portrait sensible d'une femme de l'ombre

Elle travaille sans baisser les bras, tombe et se relève. "Fatima" de Philippe Faucon, qui sort en Belgique le 7 octobre, dresse le portrait sensible et émouvant d'une femme de ménage immigrée, femme de l'ombre courageuse au combat quotidien.

Fatima, 44 ans, vit seule en France avec ses deux filles, Souad, une adolescente de 15 ans révoltée, et Nesrine, 18 ans, qui débute des études de médecine.

Maîtrisant mal le français, cette immigrée algérienne a du mal à communiquer avec ses filles et avec l'extérieur, dans une société dont elle ne connaît pas les codes.

Pour payer les études de ses filles, elle enchaîne les ménages en horaires décalés, dans une maison bourgeoise ou dans une école.

Mais un jour, elle fait une chute dans l'escalier. N'arrivant plus à travailler, elle se met alors à écrire en arabe tout ce qu'elle n'a pas réussi à dire jusque là.

Adaptation des livres autobiographiques "Prière à la lune" (2006) et "Enfin, je peux marcher seule" (2011) de la Marocaine Fatima Elayoubi, le film de Philippe Faucon ("La Désintégration") raconte, dans un style épuré et sans pathos, la vie de ces femmes nombreuses dans la société, mais qui restent souvent des invisibles.

"Ce qui m'intéressait, c'était de montrer ces femmes qui n'ont pas beaucoup de place sur les écrans, qu'on ne voit pas très souvent, et de raconter cette espèce d'entêtement, d'obstination, ce quotidien qui est le leur", a expliqué à l'AFP le réalisateur au dernier Festival de Cannes, où le film était présenté dans la section parallèle de la Quinzaine des réalisateurs.

"Ce sont des situations qui m'intéressent parce qu'elles me renvoient à ma propre histoire familiale", poursuit le cinéaste né au Maroc, qui explique "avoir eu des grands-parents qui ne parlaient pas le français, une mère qui ne parlait pas le français dans son enfance."

'La société ne nous connaît pas'

En suivant au plus près les petits moments du quotidien de Fatima, de ménages à l'aube en cours d'alphabétisation, de travaux domestiques en nouvelles heures de ménage, le réalisateur construit un film aux situations simples mais d'une grande justesse.

Pour lui, "c'est un peu l'histoire de l'accomplissement d'une personnalité (...), avec des moyens très farouches, d'une façon très obstinée, et dans un jeu de miroir avec ses deux filles".

Si le film dresse le portrait de Fatima, il parle aussi d'une autre génération, celle de ses filles: Nesrine (Zita Hanrot), au français châtié, dont sa mère espère qu'elle pourra réussir par les études, et Souad (Kenza Noah Aïche), dont le parler de banlieue paraît tout aussi étranger à Fatima.

"J'en ai marre de cette vie de rien", lance Souad, dont la violence reflète celle subie par Fatima. "Je préfère voler que de nettoyer la merde des autres comme toi."

"Sois fière des Fatima", lui répond indirectement sa mère, à travers les mots qu'elle couche sur le papier, et grâce auxquels elle retrouve sa dignité.

La vie de Fatima (interprétée par Soria Zeroual, qui n'est pas actrice mais femme de ménage dans la vie) "est mon histoire", a expliqué à l'AFP Fatima Elayoubi.

En écrivant, "je parle de mes enfants, je parle de la barrière de la langue, je parle de cette souffrance, de cette femme qui est moi Fatima, mais on est beaucoup, on est nombreuses", ajoute-t-elle.

"Je parle de toutes les femmes qui ne parlent pas la langue, qui travaillent dans l'ombre."

Avec ce film, Philippe Faucon "a fait sortir cette femme à la lumière, il a présenté son courage, son audace, ses rêves", se réjouit-elle. Parce que, dit-elle, "la société ne nous connaît pas".