En direct de Cannes : un jeune talent canadien pour lancer la Semaine de la critique

Le film suit Adam, un garçon bientôt adolescent qui passe ses vacances d'été avec sa famille sur une île canadienne. Sa vision innocente du monde sera ébranlée par l'influence de deux jeunes ados bien plus expérimentés : Riley et Nate, déjà adeptes du vandalisme, du saut de falaises, du vol d'alcool et de la destruction des biens. "Le Géant endormi" explore comment de simples bêtises peuvent devenir des délits, des actions entraînant de véritables conséquences dans le monde des adultes.

En 2014, vous avez terminé une version courte du "Géant endormi". Quel a été votre procédé pour la transformer en long-métrage ?

À la base, "Le Géant endormi" était destiné à être un long métrage. J'avais un scénario qui était prêt pour ça mais nous n'avons pas réussi à récolter les fonds nécessaires. Et on avait déjà fait le casting quand on s'est rendu compte qu'on ne pouvait pas faire un long métrage... Alors on a décidé de faire un court métrage à la place. J'avais en tête la structure du long mais le procédé pour faire un film court m'a libéré, m'a permis de prendre plus de risques et de développer la méthode de travail avec les acteurs afin d'atteindre un certain naturalisme.

Vos jeunes acteurs sont surtout des amateurs. Comment les avez-vous trouvés ?

Nous sommes allés dans tous les lycées, nous avons distribué des prospectus au centre commercial, nous avons rendu visite à des clubs de théâtre, etc. Nick nous est arrivé par la voie d'une annonce sur Internet et vu qu'il n'avait aucune expérience, nous avons eu un entretien avec lui, plutôt qu'une audition. Il est venu pour le rôle d'Adam mais nous avons su tout de suite qu'il était Nate et nous l'avons embauché tout de suite. C'est par lui que nous avons rencontré Reece, qui est son cousin dans la vraie vie.

Ces garçons semblent interagir et se parler d'une manière très naturelle. Comment avez-vous réussi cela ?

Il y avait cette tension constante pendant notre réalisation du film entre, d'un côté, un schéma qui exigeait des fils narratifs très précis et une évolution très précise des personnages, et de l'autre, la nécessité de faire entrer dans l'histoire les caractères des garçons. Ce sont leurs caractères qui créent l'âme de tout le film et quand on choisit des acteurs amateurs, on est obligé d'assumer cette force.

Vous décrivez le film comme étant quelque part entre "Stand by Me" et "Sa Majesté des mouches", deux histoires où les enfants et les jeunes adultes sont brusquement coupés de leurs parents. Pourquoi pensez-vous que cet élément soit essentiel dans des films d'initiation ?

Je crois qu'il y a une période particulière à l'adolescence, quand on se réveille et qu'on se rend compte que ses parents sont de vrais êtres humains. C'est un moment vraiment terrifiant parce que cet énorme parapluie protecteur qui a toujours été là se dissout, et on se sent seul tout d'un coup. C'est quelque chose que je voulais explorer avec ces personnages, qui viennent de familles différentes mais qui vivent une expérience similaire, que ce soit le fait de devenir orphelin ou simplement d'être désillusionné par ses parents. Une fois qu'on a perdu son repère moral, tout peut arriver.

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La Semaine de la critique, section parallèle du Festival de Cannes consacrée aux premiers films, se tient du 14 au 22 mai. Pour l'occasion, les jeunes journalistes du programme Talents critiques partagent chaque jour leur vision de l'événement, qui a révélé par le passé des cinéastes tels que Guillermo del Toro, Gaspar Noé ou encore Alejandro González Iñárritu.