Des femmes en quête de liberté à la Berlinale

La réalisatrice italienne Laura Bispuri et l'actrice italienne Alba Rohrwacher
La réalisatrice italienne Laura Bispuri et l'actrice italienne Alba Rohrwacher - © ODD ANDERSEN - AFP

Une Albanaise fuyant son destin d'épouse soumise, une jeune Guatémaltèque qui rêve de partir ou une femme de chambre qui veut échapper à sa condition: les personnages féminins en révolte et en quête de liberté sont au coeur de plusieurs films à la 65e Berlinale.

"Vergine giurata" ("Sworn Virgin"), premier film de l'Italienne Laura Bispuri, 37 ans, projeté jeudi en compétition pour l'Ours d'or, met en scène Hana, une jeune femme d'une région reculée d'Albanie, jouée par Alba Rohrwacher (actrice dans "Les Merveilles", Grand Prix au dernier Festival de Cannes).

Refusant d'être une épouse aux droits limités dans une société patriarcale, elle décide de devenir une "vierge jurée" selon un code traditionnel albanais, c'est-à-dire de vivre comme un homme. Faisant voeu de chasteté, portant désormais des vêtements et un nom d'homme, elle sacrifie sa féminité pour être libre.

Mais après dix ans, cette femme qui a bravé son destin décide de changer de vie à nouveau et d'aller à Milan, où vit sa soeur. Elle va découvrir son corps et sa sexualité, faisant l'apprentissage d'une nouvelle liberté.

Le film, qui multiplie les allers-retours entre le présent de Hana et son passé, "est un voyage extérieur mais aussi intérieur, qui aborde la question de la liberté, de la féminité", a expliqué Laura Bispuri lors d'une conférence, soulignant que le corps était aussi "central" dans cette histoire.

Pour elle, cette oeuvre "est une invitation à une grande réflexion sur la féminité" et "une métaphore de la relation entre les femmes libres et le monde".

"Ce sont des sujets universels", selon elle. "Je pense que nous devrions tous nous demander: +Est-ce que les femmes sont si libres aujourd'hui?+."

'Bâtir son destin'

"Vergine giurata" vient rejoindre une série d'autres films de la Berlinale qui mettent en scène des femmes en lutte avec la société.

Dans "Ixcanul" du Guatémaltèque Jayro Bustamante, 37 ans, un autre premier film très bien accueilli par la presse, Maria est une jeune Maya de 17 ans qui travaille avec ses parents dans une plantation de café au pied d'un volcan. Elle rêve de quitter son quotidien pour partir aux Etats-Unis.

Mais tombée enceinte accidentellement, elle va se retrouver confrontée à une situation dramatique, essayer de se battre et finalement accepter son destin.

"J'ai voulu que le film soit un crescendo", qui montre peu à peu "comment elle accepte avec dignité la vie qui lui est infligée, parce qu'elle n'a pas le choix", a expliqué le réalisateur à l'AFP.

Pour lui, Maria est une héroïne qui "se bat pour bâtir son propre destin, mais n'y est pas autorisée".

Dans le film du Français Benoît Jacquot "Le Journal d'une femme de chambre", nouvelle adaptation du roman éponyme d'Octave Mirbeau, Léa Seydoux est quant à elle Célestine, une domestique en révolte au tournant du XXe siècle.

Forte, déterminée et arriviste, elle s'efforce d'échapper à sa condition, à la cruauté des rapports sociaux et à la brutalité masculine, cherchant à ne plus avoir de maître, mais sans y parvenir.

"Comme les esclaves, elle a intériorisé sa servitude", commente Benoît Jacquot.

D'autres héroïnes d'avant-garde ou en quête d'émancipation peuplent les films en compétition pour l'Ours d'or, qui sera décerné samedi.

Dans "Queen of the Desert" de l'Allemand Werner Herzog, Nicole Kidman prête ainsi ses traits à l'aventurière, espionne, analyste politique du Moyen-Orient et archéologue britannique Gertrude Bell, en avance sur son temps.

Juliette Binoche incarne de son côté Josephine, épouse de l'explorateur polaire Robert Peary, qui part à la recherche de son mari dans "Nobody Wants the Night" ("Personne n'attend la nuit") de l'Espagnole Isabel Coixet, également en compétition.

Pour le directeur de la Berlinale, Dieter Kosslick, "les femmes fortes aux prises avec des situations extrêmes" sont ainsi au coeur de beaucoup des films de cette Berlinale.

 

AFP Relax News

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