Couvrez ces affiches que je ne saurais voir

Les Tartuffes pudibonds du réseau social Instagram ont interdit la diffusion de l’affiche du nouveau film de Pedro Almodovar montrant un… téton. Ce n’est pas la première fois que le Cinéma provoque un scandale via un poster trop explicite. D’où ce petit tour d’horizon (non exhaustif) en zone interdite !

Un téton d’où coule une larme de lait maternel en guise d’œil qui pleure, la métaphore est osée. Elle symbolise à merveille l’histoire du nouveau long-métrage du réalisateur espagnol Pedro Almodovar intitulé "Madres paralelas" (film qui sera présenté en ouverture de la prochaine Mostra de Venise le 1er septembre). En deux mots, ce film raconte les destins bien différents, pendant deux ans, de deux femmes qui ont accouché le même jour.

L’image de l’affiche est stylée et belle. Tellement belle qu’elle s’affiche partout sur les réseaux sociaux. Ou presque. Instagram (appartenant à Facebook) a décidé de l’interdire selon sa politique très stricte concernant la nudité et la lutte contre la pornographie. Dans l’Histoire du Cinéma, ce n’est pas la première affiche qui fait scandale. Un scandale souvent lié à la sexualité. Comme celle évoquée par Jane Russell sur l’affiche du western "The Outlaw" du réalisateur américain Howard Hugues, racontant la vie de Billy the Kid. Une chemise trop ouverte pour un décolleté trop profond et voilà un film qui mettra trois ans avant de sortir. Originalement prévu en 1941, il ne sortira qu’en 1943 en salles. Juste comme ça, en VF, ce titre avait été traduit par "Le Banni" (alors qu’un outlaw c’est d’abord un hors-la-loi). Bien vu !

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Jane Russell est hors-la-loi… de la censure avec cette pose dans "The Outlaw" © R.K.O.

Parmi les autres affiches trop suggestives donc trop provocantes, on retrouve ces langues (amoureusement) entrelacées, entremêlées et baveuses de l’excellent mélodrame érotique "Love" de Gaspar Noé (2015). Les critiques de nombreuses personnes bien-pensantes se sont ramassées à la pelle. Et quelle pelle (roulée) ! Mais Gaspar, habitué des films osés voire polémiques (comme "Irréversible" avec Monica Bellucci), en a vu d’autres.

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Petit jeu : arriverez-vous à retrouver les 3 langues qui se cachent dans ce baiser ? © Wild Bunch

Vous avez dit coquin et taquin le Cinéma français ? Oui, assurément ! Souvenez-vous de l’affiche du film "Les saisons du plaisir" de Jean-Pierre Mocky (1988). Alors que certains y ont vu un champignon pointer le bout de son… chapeau phalloïde voire ovoïde vers une poire bien ferme, d’autres, à l’esprit mal tourné, ont vu…

Cette fois-ci c’est le geste, la posture qu’on a trouvé vulgaire, grossière, rustre et frustre. La pose de Jean Dujardin en tête d’affiche du film à sketches "Les infidèles" (2012). Sans oublier, celle avec Gilles Lellouche au téléphone. Ces affiches avaient été interdites dans toutes la France.

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Gilles Lellouche et Jean Dujardin, infidèles et scandaleux © Universal Pictures

Elle est arrivée près de chez nous aussi cette censure d’affiche avec "C’est arrivé près de chez nous" du trio Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde (1992). Sur la première version de ce vrai faux documentaire sur un tueur en série, on voit ledit tueur, Ben, en contre-plongée, le bras tendu au bout duquel un révolver utilisé pour abattre un… bébé. On ne voit pas l’enfant mais sa tétine qui vole dans un jet de sang. Jugée très violente, une nouvelle version est née avec un dentier à la place de la tutute. Un dentier ça choque moins ? Finalement, il n’y a pas d’âge pour provoquer un certain émoi !

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Vous êtes davantage de la Team Tutute ou de la Team Dentier ? © Les Artistes Anonymes
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Même question que plus haut © Les Artistes Anonymes

De l’émoi et de la provocation encore avec cette crucifixion, celle suggérée sur l’affiche du film "Larry Flynt" de Milos Forman (1996). On y découvre le magnat de la presse érotique (incarné par Woody Harrelson) en croix sur un sexe de femme (couvert d’un maillot blanc quand même). Si les fans de Jésus crient au blasphème, l’affiche, elle, est devenue culte !

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Toute ressemblance avec un personnage qui s’est sacrifié pour l’humanité est purement fortuite © Phoenix Pictures

Et puis, il y a scandale et scandale. L’affiche du 36e long-métrage d’animation de Walt Disney, "La petite sirène" montrerait là caché dans son château un sexe d’homme ! ? Notez que ce n’est pas la première fois que les Studios aux Grandes Oreilles sont accusés de cacher des messages subliminaux dans leurs productions destinées à nos enfants. Quand on ne voit pas le mot sex dans le nuage de poussière d’étoiles que regardent Simba et ses potes Timon et Pumbaa, le même mot sex (toujours écrit en VO) apparaît dans la chevelure sans fin de Raiponce quand elle capture Flynn Rider. Autre moment gênant, dans "Le bossu de Notre-Dame" (1996), quand le diabolique juge Frollo chante "Infernale" à propos de son amour brûlant pour la belle Esmeralda, on voit dans les flammes le corps d’une femme nue !

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Oh my God, un sexe d’homme ! © Walt Disney Pictures

Couvrez ce sein que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées et cela fait venir de coupables pensées…

Comme il est suggéré dans "Le Tartuffe" (acte III, scène 2, vers 860-862) de Molière, si nous devions couvrir toutes les affiches scandaleuses qui recouvrent déjà les murs de nos villes, notre vie serait bien terne. Et puis surtout, comme on le pense en marketing, toutes ces affiches interdites font parler du film quoi qu’il arrive (c’est son but premier). Bah oui quoi, qu’elle soit positive ou négative, une promo reste une promo !