Connait-on vraiment l’histoire d’OSS117 ?

Après 12 ans d’absence, le plus chauvin et le plus patriote des agents secrets de la République de France revient sur les écrans ! Jean Dujardin incarne pour la 3e fois l’iconique 0SS 117 dans Alerte rouge en Afrique noire sous la direction de Nicolas Bedos. Et si le personnage est étroitement associé à l’univers parodique qui a débuté en 2006 avec Le Caire nid d’espions, il a eu une toute autre vie avant…

Derrière la légende et les exploits de ce rempart contre la sauvagerie, connaît-on vraiment l’espion ? Et surtout qui est-il ?

Hubert Bonisseur de la Bath mieux connu sous le nom de OSS 117 est né en 1949 de la plume de Jean Bruce, un ancien résistant, tour à tour imprésario, joaillier et agent de renseignements. Il se nourrit de son expérience sur le terrain pour imaginer le héros ultime : beau, grand, redoutable et séducteur imparable ! Son espion, il l’imagine américain d’où son matricule OSS pour L’Office of Strategic Services, l’agence qui a précédé la CIA.

L’auteur lui invente des origines françaises et un charme tout européen, ce qui explique son patronyme francophone ! Hubert Bonisseur de la Bath a commencé ses aventures littéraires quatre ans avant l’apparition de son équivalent britannique, un certain James Bond !

Ian Fleming aurait-il donc été sous influence au moment de créer le désormais mythique 007 ?

Si c’est le cas, le secret a bien été gardé ! Précurseur dans l’âme, Jean Bruce initie donc une série littéraire qui va connaître un succès croissant tout au long des années 50. Le ton de la série qui mêle action, exotisme, aventure et une pointe d’érotisme suggestif n’oublie pas non plus une bonne dose d’humour ! Preuve ultime, les titres des romans qui jouent la carte du calembour comme Atout cœur à Tokyo, Moche coup à Moscou ou encore Agonie en Patagonie.

Déclinées aussi en bandes dessinées, en radio et au théâtre, les pérégrinations d’Hubert atteignent aussi les écrans de cinéma dès 1957 avec la sortie de OSS 117 n’est pas mort. Le film ne rassemblera pas les foules mais il a le mérite de devancer à nouveau James Bond sur le terrain de l’adaptation filmique d’une série de romans d’espionnage et ce 5 ans avant la sortie de Dr No, le premier film de la franchise avec le mythique Sean Connery !

Pour OSS 117, le destin va prendre une autre tournure en 1963…

Le 26 mars, Jean Bruce meurt à 42 ans dans un accident de voitures après avoir rédigé 88 romans en moins de 15 ans ! Son épouse Josette Bruce va reprendre le flambeau et poursuivre la série littéraire en réussissant l’exploit d’être encore plus prolifique que son mari !

Et alors que James Bond lance une véritable mode de l’espionnite au cinéma où l’on voit proliférer partout dans le monde des dizaines d’agents secrets comme Francis Coplan, Flint ou encore Matt Helm, Hubert Bonisseur de la Bath va retenter sa chance ! La nouvelle adaptation intitulée OSS 117 se déchaîne sort dans les salles françaises en juin 1963 et c’est le jackpot ! Le réalisateur André Hunebelle qui se charge aussi de faire revivre Fantômas avec Louis de Funès et Jean Marais va superviser et réaliser en tout 5 films consacrés à l’espion.

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Frederick Stafford dans "OSS 117 : Mission pour un tueur" © Getty images
Frederick Stafford dans une scène du film "OSS 117 : Mission pour un tueur", 1965. © Getty images
L’acteur Kerwin Mathews (à gauche) et le réalisateur André Hunebelle (1896-1985) lisent un exemplaire du roman d’espionnage de Jean Bruce "Double Bang A Bangkok" au bord de la Seine à Paris, France, le 2 décembre 1963. Ils tournent le livre sous le titre © Getty images

Jusqu’en 1968 avec la sortie de Pas de roses pour OSS 117, ce ne sont pas moins de 3 acteurs, Kerwin Matthews, Frederick Stafford et John Gavin qui vont à tour de rôle endosser le costume de l’habile espion. Ces films se veulent sérieux et tentent de se poser en concurrent direct de la série James Bond. Malgré les bonnes intentions et les moyens alloués, 117 n’arrive pas à éclipser son rival 007, c’est même tout l’inverse qui se produit…

Hubert Bonisseur de la Bath va disparaître des écrans au tournant des années 70. Il ne survivra plus que dans les imprimantes et les librairies jusqu’en 1992, année du dernier livre rédigé par François et Martine Bruce, les enfants de Jean et Josette Bruce qui ont poursuivi cette série très familiale.

OSS 117 n’est pas mort

Le réalisateur Michel Hazanavicius se réapproprie l’espion pour le cuisiner à la sauce comique dans OSS 117 Le Caire nid d’espions. Sous les traits de l’irrésistible Jean Dujardin, Hubert se métamorphose en agent secret français, prototype du mâle alpha qui cache derrière son sourire et son smoking en alpaga un homme prétentieux, condescendant, misogyne et ouvertement xénophobe. Comble du génie, l’acteur arrive à rendre le personnage attachant.

Le film irrévérencieux, satirique et culotté devient instantanément culte grâce à ses dialogues savoureux et sa capacité à détourner avec malice les stéréotypes et l’esthétique des films d’espionnage des années 50 et 60. Le Caire, nid d’espions sera suivi 3 ans plus tard par Rio ne répond plus qui sera tout aussi acclamé par le public que le précédent. Le 3e film, longtemps attendu arrive enfin dans nos salles ! On découvre Hubert cette fois dans les années 80 en Afrique de l’est où il est chargé de sauver les intérêts de la France. Nicolas Bedos assure désormais la mise en scène et l’excellente nouvelle c’est que Jean Dujardin n’a rien perdu de sa superbe !