Cinéma: la réalité virtuelle a son festival à Paris

Comment écrire une histoire en réalité virtuelle? Casque sur la tête, cinéastes et spectateurs s'y sont essayés au premier "Paris Virtual Film Festival", vendredi et samedi.

"J'ai la sensation d'être dans l'émotion des premiers spectateurs du cinéma", souffle Stéphane Brizé, le réalisateur de "La loi du marché", venu s'initier à la réalité virtuelle (VR) avec d'autres cinéastes comme Claire Denis et Rithy Panh.

Le festival ouvert au public propose une sélection de 15 films courts français et étrangers, à visionner en solo dans les salles du Forum des Images.

Entre "Notes on blindness", expérience poétique imaginant la vision d'un aveugle, un spectacle du Cirque du Soleil et "Viens!", une rêverie érotique à plusieurs, le festival tente un premier tour d'horizon de la VR au cinéma.

Dans "La Péri", le spectateur fait face à une danseuse de ballet très réaliste sur la scène d'un théâtre. Cette expérience interactive est visible sur l'Oculus Rift, le plus abouti des appareils de VR du marché, dont le fabricant a été racheté par Facebook.

"On est comme un nouveau-né, découvrant le monde, tout ouïe. L'outil est puissant", commente le cinéaste Pierre Schoeller. "Mais il est balbutiant", tempère-t-il. "On en voit plutôt les limites pour l'instant", explique-t-il, citant le "point de vue unique" et une "optique déformante".

Les casques sont lourds, les images sautent parfois mais après un petit temps d'adaptation, les festivaliers se laissent prendre au jeu.

"C'est comme si chaque casque était une salle de cinéma à paramétrer. Il faut au moins un assistant pour deux spectateurs", explique le directeur du festival, Michael Swierczynski.

A Cannes, comme à Sundance, les festivals de cinéma proposent désormais de nombreuses oeuvres en réalité virtuelle. Seront-elles bientôt visibles en compétition?

Attentif aux productions américaines qui se multiplient, le directeur du "Paris Virtual Film Festival" insiste sur le besoin de "films de qualité, mais aussi de formations dédiées pour mettre en place un tissu créatif".

"Si la France n'occupe pas le terrain de la réalité virtuelle, on aura raté une révolution", avertit-il. Le festival a invité une quinzaine d'apprentis cinéastes et techniciens qui tentent de réaliser en 48 heures une oeuvre de réalité virtuelle.

"Comme toutes les révolutions technologiques, c'est une révolution esthétique. Que va-t-on en faire?", s'interroge Stéphane Brizé.