Cinéma et Musée, qui est la Muse amusée ?

À l'heure où les musées du pays sont ouverts. Alors que les cinémas du pays seront bientôt ouverts (le 9 juin prochain), intéressons-nous à ce genre très particulier que forment les "Films de musée" (avec tous ces musées vus au cinéma). Une petite visite (non exhaustive) s’impose…

Le musée expose. Le cinéma diffuse. Oui mais voilà, le cinéma s’expose aussi au musée. Et le musée se projette au cinéma. L’un comme l’autre se nourrit de l’un l’autre pour nous donner des œuvres cultes voire des scènes qui le sont tout autant. Avec le temps, et le nombre de plus en plus croissant de films sur les musées (je ne vous parle pas de documentaires consacrés à ces lieux de culture/s mais bien de ces œuvres de fiction), le genre "Films de musée" s’est imposé parmi les autres, mélangeant la comédie, le film fantastique, le drame voire l’horreur et le mélo. Tout y passe et, parfois, en 4e vitesse comme dans "Bande à part" de Jean-Luc Godard (1964) avec Anna Karina, Claude Brasseur et Samy Frey qui, le temps d’une course contre la montre, traversent le Louvre en 9 minutes et 34 secondes. Une course rejouée dans "The Dreamers" de Bernardo Bertolucci (2003) où Eva Green, Louis Garrel et Michael Pitt traversent, eux, les mêmes lieux en 9 minutes et 27 secondes. Notez que, pour la petite histoire, le record de la traversée du Louvre est toujours détenu par l’artiste suisse Beat Lippert avec 9 minutes et 14 secondes (une course réalisée le 17 juin 2010) !

Mais on peut/doit aussi prendre son temps pour visiter un musée comme dans la cultissime "Folle journée de Ferris Bueller" où le héros, Ferris donc (incarné par Matthew Broderick), et ses deux camarades trouvent un certain apaisement au sein de cette "folle journée" en ne disant rien, juste en regardant les plus belles peintures exposées au Chicago Art Institute. Un moment de calme souligné par la version instrumentale de la chanson "Please, please, please let me get what I want" du groupe The Smiths.

Au cinéma, on se rend également au musée pour… le dérober ! Que ce soit dans la comédie franco-italienne "On a volé la Joconde" avec Marina Vlady et George Chakiris en 1966 ou dans "L’affaire Thomas Crown", non pas l’original avec Steve McQueen mais bien son remake avec Pierce Brosnan, sorti en 1999. Ici, tout commence au Metropolitan Museum of Art de Manhattan avec l’arrivée d’une sculpture géante représentant le Cheval de Troie. Un cheval qui la nuit venue accouche de voleurs qui tentent de s’emparer de quelques-unes des toiles de grandes valeurs du musée new-yorkais. Dans la confusion provoquée par ce braquage, Thomas Crown, lui, s’empare du tableau "Saint-Georges-Majeur au crépuscule" de Claude Monet.

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Pierce Brosnan aka Thomas Crown dérobant un Monet © MGM

De par leur réalisation incroyable, certains films de musée méritent bel et bien une place au musée. Je pense surtout à "L’arche russe" d’Aleksandr Sokourov (2002). Ce drame aux allures fantastiques revisite deux siècles d’histoire de la Russie rien qu’en visitant les salles du musée de l’Ermitage à Saint-Petersbourg. Une visite emmenée par l’écrivain français Astolphe de Custine, auteur de "La Russie en 1839" (l’ouvrage publié en 1843 fera découvrir la Russie à de nombreux Européens) et son guide, à travers laquelle ils rencontrent, entre autres, le tsar Pierre le Grand ou le poète Alexandre Pouchkine. Ce film est incroyable car il s’agit en fait d’un gigantesque plan séquence de 96 minutes où se croisent plus d’un millier d’acteurs et de figurants sortant littéralement de chaque tableau exposé à l’Ermitage. Véritable fresque vivante, cette œuvre est folle, enchantée et prenante.

Des œuvres qui prennent vie une fois la nuit tombée comme dans la trilogie "La nuit au musée" avec Ben Stiller en gardien de nuit de musée envoûté (le musée pas le gardien) par la magie d’une tablette égyptienne. C’est drôle et délirant.

Ce qui l’est moins (drôle), ce sont ces œuvres vues dans la saga "Figures de cire" lancée dès 1924 avec "Le cabinet des figures de cire". Suivirent ensuite "Masques de cire" (1933), "L’homme au masque de cire" (1953), "Nightmare in wax" (1969), "Terror in the Wax Museum" (1973), "Waxwork" (1988), "Waxwork 2, perdu dans le temps" (1992) et "La maison de cire" (2009) où quasi tous les corps des victimes de ces films (attention spoil, passez cette ligne si vous ne voulez rien savoir) sont recouverts de cire.

Parmi les musées les plus starisés au cinéma, on retrouve le Louvre (vu entre autres dans le "Da Vinci Code" avec Tom Hanks, "Drôle de frimousse" avec Audrey Hepburn, "Le capital" de Costa-Gavras et "Les amants du Pont-Neuf" avec Juliette Binoche) et le British Museum de Londres vu, en vrac et dans le désordre, chez Alfred Hichcock dans "Chantage" mais aussi dans "Le retour de la Momie", "Bulldog Jack", "Rendez-vous avec la peur", "Chacal" et dans "Ipcress, danger immédiat" avec Michael Caine.

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Tom Hanks visitant le Louvre la nuit dans le Da Vinci Code © Columbia Pictures

Quant à la question de savoir si, oui ou non, l’art peut créer du lien social (qui nous a fait cruellement défaut lors de cette crise sanitaire), une tentative de réponse peut être trouvée dans cet excellent (et dérangeant) film suédois "The Square". Ici, même si le monde de l’art est stéréotypé (qu’importe car le but du film reste de démonter les travers de notre société), rien que la scène où l’on découvre un artiste imitant un singe pendant un dîner de gala dans un musée d’art moderne vous fera dire qu’on est bien là tranquillement dans le noir de notre salle de ciné plutôt qu’à table avec les autres convives.

Et puis, si malgré tout, vous préférez les musées aux salles de cinéma, juste comme ça, dès le 27 juin 2021, le Mima, le musée d’art urbain et de la culture 2.0 situé à Molenbeek-Saint-Jean en région bruxelloise, proposera une exposition basée entièrement sur les archives et les affiches du Cinéma érotique ABC (fermé aujourd’hui). Une expo présentée en parallèle du magnifique travail d’affichiste (soit créateur de poster) de Laurent Durieux !