Ces critiques ciné critiquées

Comme le vin, certains films se bonifient avec l’âge. En attendant, à leur sortie, ces mêmes films ont connu des critiques catastrophiques. Même si les goûts et les couleurs ne se discutent pas, il est toujours amusant de relire ces commentaires négatifs alors que les longs-métrages qu’ils concernent sont aujourd’hui cultes.

L’idée de cet article nous est venue en parcourant les archives du New York Times. Depuis quelques années déjà, le célèbre quotidien américain propose à ses internautes, via leur Time Machine (leur Machine à voyager dans le temps, jeu de mots), de (re) découvrir des articles d’une époque que les moins de 20 ans jusqu’aux 4 fois 20 ans ne peuvent pas connaître. Ce jour-là, nous sommes tombés sur un article annonçant la sortie du livre "Le faucon maltais" de Dashiel Hammett en 1930. Le critique littéraire du Times reproche à ce qui est devenu un classique du polar son manque de romantisme ! Il faut bien avouer que les détectives durs à cuire sont rarement fleurs bleues. Bref, à partir de là, nous avons décidé de relire les critiques de films cultes, pour le plaisir. En voici quelques exemples…

Terminator est d’une bêtise effondrante !

Nous sommes en 1985 au Festival du Film Fantastique organisé en altitude à Avoriaz. Dans le jury cette année-là, on retrouve Michel Blanc. Interviewé sur ce qu’il a aimé ou non en visions, l’éternel Jean-Claude Dusse répond qu’il a trouvé le film "The terminator" de James Cameron d’une "bêtise effondrante". Et dire que sur un malentendu, on ne sait jamais… Sauf que là, non, il n’y a pas de malentendu, Blanc a détesté. En attendant, le T-800 est reparti de la station de sport d’hiver avec le Grand Prix !

La scène de la douche vue dans le film "Psychose" d’Alfred Hitchcock est encore et toujours étudiée dans les écoles de Cinéma de la planète entière et ce, 61 ans après sa sortie. Considéré comme une référence pour le genre Thriller, en 1960, ce film n’a pas fait que des spectateurs heureux. Le critique Bosley Crowther du New York Times a écrit qu’il s’agissait d’un "film à petit budget dont le dénouement tombe comme un soufflé. "Si ça, ce n’est pas un coup de couteau dans le dos !?

No Futur pour Retour vers le futur

Qui n’a pas vu et revu et re-revu "Retour vers le futur" de Robert Zemeckis ? Qui ne l’a pas aimé ? Vous, moi, nous tous… mais pas la presse française. Dans le journal Libération, on pouvait lire que "Retour vers le futur" est "l’un des plus consternants navets qu’ait produit la bande à Spielberg." Plus dure encore, la critique du journal Le Matin qui publiait ceci : "Back to the future, dites-vous ? On a plutôt envie de dire No Future. Pour l’instant, entre la guimauve faussement nostalgique et l’hémoglobine communiste, vous n’avez que l’embarras du choix." Pour le journal Le Monde, la comédie emmenée par Michael J. Fox n’est qu’un "témoignage paroxystique d’une société qui ne doute de rien." Quant aux journalistes du magazine Première, ils n’y ont vu qu’une "glorification un peu bêta de l’Amérique."

Autre classique, autre mauvaise critique avec "Fight Club" de David Fincher sorti en 1999 avec Brad Pitt et Edward Norton. Sachant que la première (mais aussi la deuxième et la troisième) règle du Fight Club reste de ne pas parler du Fight Club, le critique américain Roger Ebert, l’un des grands gourous du métier, aurait mieux fait de la respecter. Il a quand même écrit : "Quel que soit le message que Fincher voulait faire passer, il ne sera pas compris par le public. Fight Club est une fuite en avant maquillée en philosophie ; le genre de fuite qui donne envie à certains de vomir."

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Brad Pitt et Edward Norton dans Fight Club © Fox 2000 Pictures

Les Tontons flingueurs du Comique français

En 1963, avec "Les tontons flingueurs", le réalisateur français Georges Lautner proposait aux spectateurs de l’Hexagone un nouveau genre, le film noir comique. Les dialogues sont signés Michel Audiard et sont divinement mis en bouche par Lino Ventura, Bernard Blier, Jean Lefèvre et Francis Blanche. De nombreuses scènes sont devenues cultes et certaines répliques passées dans le langage courant, du "y a de la pomme" au "j’ventille, je disperse, aux 4 coins de Paris qu’on va le retrouver façon puzzle" en passant par "l’homme de la Pampa, parfois rude, reste toujours courtois mais la vérité m’oblige à te le dire, ton Antoine commence à me les briser menu ! " Visiblement dans le journal Le Monde, on n’a pas ri. La critique a flingué ces Tontons : "Quand on voit Les tontons flingueurs, on se rend compte de la dégradation du comique cinématographique."

Pour conclure, il nous reste cette constatation : comme les films critiqués aujourd’hui peuvent devenir les chefs-d’œuvre de demain alors… vivement demain (et la réouverture des salles) !