"Carol", romance lesbienne élégante de Todd Haynes

Avec "Carol",qui sort en Belgique le 13 janvier, le réalisateur américain de Todd Haynes signe une histoire d'amour élégante entre deux femmes, portée par l'interprétation vibrante et délicate de Cate Blanchett et Rooney Mara.

"Carol" avait été récompensé au dernier Festival de Cannes par le prix d'interprétation féminine pour Rooney Mara.

Adapté du roman éponyme de Patricia Highsmith (1952), le film raconte la romance sulfureuse dans les années 1950 entre une jeune vendeuse, Therese Belivet, interprétée par Rooney Mara ("Millenium : Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes") et une bourgeoise sophistiquée à la beauté fatale, Carol Aird (Cate Blanchett).

Mère d'une petite fille et prisonnière de son mariage avec un riche banquier (Kyle Chandler) avec qui elle est en instance de divorce, Carol Aird rencontre Therese Belivet, jeune employée d'un magasin de jouets de Manhattan et aspirante photographe, qui s'interroge sur sa vie et sa relation avec son petit ami.

Entre Carol et Therese, le charme va opérer lors d'un premier échange intense de regards dans le magasin où travaille Therese. Leur attirance mutuelle, guindée et prudente, va se muer en liaison amoureuse, reflet de tous les obstacles de la société de ce début des années 50 qui minent une relation homosexuelle.

"Carol, c'est une histoire d'amour inattendue entre deux femmes d'âges et de milieux différents" dans une époque pendant laquelle la société se devait absolument de "suivre un modèle unique", explique Todd Haynes.

"Après leur coup de foudre, les deux femmes se retrouvent rapidement confrontées aux conventions et aux interdits de l'époque", ajoute le réalisateur américain de 55 ans, pour qui à la fin du film, elles "sont très différentes de ce qu'elles étaient au début".

Esthétique rétro

Après "Loin du paradis", dans lequel il mettait en scène Julianne Moore en mère au foyer des années 50 s'abandonnant dans les bras de son jardinier noir, Todd Haynes livre un nouveau film marqué par l'empreinte des mélodrames hollywoodiens des années 50, en premier lieu ceux de Douglas Sirk.

Scrutant à nouveau la société américaine dans cette période d'après-guerre à travers la vie de ces deux personnages féminins forts, il installe une esthétique rétro aux couleurs chaudes, proche de celle de "Loin du paradis".

Avec des scènes d'intérieur baignant dans les tons jaunes et vieux rose et une Amérique vue par les vitres mouillées de voitures rutilantes aux courbes sensuelles, l'atmosphère visuelle du film contribue à installer l'ambiance surannée des années 50 de ce film à la beauté ciselée.

Raffiné, "Carol" est également porté par son duo d'actrices toutes en retenue et en subtilité, et notamment par le jeu de Cate Blanchett dans son rôle de grande bourgeoise sûre d'elle et conquérante révélant ses fragilités, à la beauté fatale parfaite mais vacillante et mélancolique.

L'actrice de 46 ans, qui avait endossé l'habit du chanteur Bob Dylan dans le précédent film de Todd Haynes "I'm not There" (2007), avait souligné à Cannes apprécier "les références visuelles remarquables" du cinéaste.

"Je savais quelle allait être la palette de couleurs, je savais quelle serait l'ambiance", avait ajouté la comédienne, qui a reçu l'Oscar de la meilleure actrice en 2014 pour "Blue Jasmine" de Woody Allen.

Estimant que les rôles complexes sont "délicieux à interpréter", elle souligne également avoir apprécié "travailler sur une adaptation d'un livre de Patricia Highsmith".

"La vie intérieure des personnages est d'une richesse extraordinaire et Highsmith a un talent fou pour démontrer que tout adulte porte en lui un secret qui lui est propre", ajoute-t-elle.