Cannes : "Voir du Pays", et oublier la guerre en 3 nuits d'hôtel

L'équipe du film "Voir du Pays" ("The Stopover").
L'équipe du film "Voir du Pays" ("The Stopover"). - © Valery HACHE / AFP

Oublier la guerre en trois nuits dans un palace : le film "Voir du pays", présenté mardi à Cannes, suit le parcours de deux femmes soldats dans un "sas de décompression" pour militaires de retour d'Afghanistan.

A Chypre, un palace cinq étoiles reçoit pendant trois jours les soldats français qui ont combattu en Afghanistan. Jeux, sport, boîte de nuit mais aussi debriefings intenses pour évacuer la tension et rendre moins rude l'atterrissage en France.

Dans ce dispositif, semblable à celui que l'armée a réellement mis en place depuis quelques années, pour lutter notamment contre le stress post-traumatique, les sœurs Delphine et Muriel Coulin expliquent avoir plongé deux "femmes fortes", Aurore, l'actrice Ariane Labed, et Marine, la comédienne et chanteuse Soko.

"Même dans un cinq étoiles, c'est pas en trois jours qu'on va oublier la guerre", lance l'une des deux femmes au début de ce film d'1H42 tout en tension, qui fleurte parfois avec le thriller. Car dans ce décor "de Disneyland", au milieu des touristes en maillot de bain, on ne se lave pas si facilement de ses blessures de guerre. Les haines ressurgissent, parfois les poings sortent.

Tourné par deux sœurs, à qui l'on doit déjà "17 filles" (2011), comédie sociale sur un groupe d'adolescentes qui tombent toutes enceintes en même temps, "Voir du Pays" parle aussi de la condition des femmes en treillis.

Pour Aurore et Marine, c'est la double peine : comme les hommes, elles doivent se soumettre à de pénibles séances de debriefing collectif avec des lunettes de réalité virtuelle, où elles revivent le pire de leur guerre.

Mais contrairement à eux, elles n'échappent jamais au contrôle du groupe : pendant que les garçons se lâchent ("On passe de la burqa au string", lance un soldat en pointant des filles dans la piscine de l'hôtel), elles restent sous leur surveillance, moquées voire menacées si elles enfilent une robe.

"On avait beaucoup de préjugés sur l'armée et les militaires, mais nous avons essayé de ne pas être manichéennes. Dans le film, la violence ne cherche qu'à sortir, mais on ne sait jamais quand", a expliqué à l'AFP Delphine Coulin, l'une des réalisatrices, et auteur du livre dont est tiré le film.

Les deux sœurs, qui expliquent travailler en totale synergie, se sont longuement documentées, s'immergeant dans des casernes et rencontrant de nombreux militaires. D'anciens soldats jouent aux côtés des acteurs professionnels, conférant au film une belle authenticité.

Le film doit sortir en France le 7 septembre 2016.