Cannes - Le Mexicain Amat Escalante, cinéaste explorateur d'une société violente

Amat Escalante
Amat Escalante - © AFP PHOTO / VALERY HACHE

Le cinéaste autodidacte mexicain de 34 ans Amat Escalante a reçu dimanche soir le prix de la mise en scène à Cannes pour son troisième long métrage "Heli", une oeuvre sombre et dérangeante sur le destin d'une famille pauvre confrontée à la violence extrême de narcotrafiquants.

"Je pense que d'un point de vue moral, notre responsabilité consiste à montrer la violence telle qu'elle doit être, c'est-à-dire triste, sale", a expliqué Amat Escalante, qui veut "faire réfléchir" dans ses films aux problèmes du Mexique.

Dans "Heli", il nous plonge au coeur de la corruption policière, des cartels mafieux et des trafiquants de drogue, en estimant que "la réalité du Mexique est encore pire que ce qui est montré dans le film".

A Cannes, une scène de torture perpétré par des adultes et des enfants a choqué par sa brutalité difficilement supportable, qui a fait fuir certains spectateurs. "Heli" fait toutefois partager au public la tension que vivent les personnages, installés dans un climat de peur.

Escalante, seul réalisateur latino-américain en compétition officielle cette année, abandonne très tôt les bancs de l'école et commence à travailler dans le cinéma à l'âge de 15 ans. Il réalise d'abord deux courts métrages.

Il rencontre providentiellement son compatriote mexicain Carlos Reygadas, qui l'embauche comme assistant pendant le tournage de son deuxième long métrage.

Reygadas co-produira ensuite le premier film du jeune homme, "Sangre", tourné avec très peu de moyens dans sa ville natale de Guanajuato. Ce premier opus lui vaudra une sélection dans la section "Un certain regard" à Cannes et le prix Fipresci de la critique internationale.

Trois ans plus tard, en 2008, Escalante est de retour sur la Croisette dans la même catégorie pour "Los Bastardos", qui met en scène deux immigrés clandestins mexicains vivant de petits boulots à Los Angeles jusqu'au jour où un homme leur propose d'exécuter son épouse.

Ses trois longs métrages sur la société mexicaine contemporaine "traitent plus ou moins directement de la façon dont la culture américaine imprègne la société mexicaine", explique Amat Escalante, dont la mère est une universitaire américaine et le père un artiste mexicain.

"Sangre" montrait les effets pervers de cette influence américaine à la télévision, dans la nourriture. "Heli" est marqué par la présence locale d'une usine automobile de General Motors autour de laquelle s'est construite des habitations éparses, relève le cinéaste.

Pour autant, il se défend d'être un auteur "à messages". "C'est la dimension psychologique qui m'intéresse", dit-il, "comment vit-on dans un climat de peur permanente?".

Son mentor Carlos Reygadas, une voix forte du cinéma mexicain, avait remporté durant le festival de Cannes 2012 le Prix de la mise en scène pour "Post tenebras lux", le film le plus sifflé de la sélection qui avait également divisé le jury.


Belga