C’est l’histoire d’un mec nommé Coluche au Cinéma

Le 19 juin 1986, au guidon de sa moto, Coluche trouvait la mort dans un accident de la route à Opio (dans les Alpes-Maritimes). Humoriste, comédien et homme politique aussi le temps d’une présidentielle, il a influencé bon nombre d’artistes d’aujourd’hui, aidé les plus démunis avec ses Restos du Coeur et raconté pas mal de blagues sur les Belges. Dans la vie comme au Cinéma, il nous a fait rire et pleurer.

Ils feraient mieux de nous mettre du sport (à la télé plutôt qu’un journal). Un gosse qu’est né dans une étable à Bethléem, franchement, tu crois que ça va changer la face du monde toi ? Ben quoi, j’ai dit une connerie ?

Je ne sais pas pour vous mais pour moi, c’est l’une des meilleures répliques de Coluche au Cinéma. Entendue dans "Deux heures moins le quart avant Jésus Christ" de Jean Yanne (sorti en 1982), elle résume parfaitement le gentil beauf qu’il incarnait, à savoir Ben-Hur Marcel, un garagiste pour chars, dans cette parodie totalement anachronique de péplum (les décors sont tout aussi fous que le casting). Il y a un peu de tout dans ces quelques mots : cette gouaille mélangée à ce bon (mauvais) sens populaire, pour ne pas écrire "français". Bref, une grande gueule attachante. Mais, Coluche, tant dans la vie qu’au Cinéma, c’est bien plus que ça.

Ses biographes relatent tous les nombreux métiers exercés par Michel Colucci, dit Coluche. Il aurait été, en vrac et dans le désordre, télégraphiste, garçon de café, livreur, assistant préparateur en pharmacie, pompiste et encore fleuriste. Voilà autant de sources d’inspiration pour ses futurs sketches. Artiste de Music-hall, son numéro "C’est l’histoire d’un mec" est culte. Musicien, sa chanson "Misère" ("De Jean-Louis Shotard et Gérard Granjean, sur une musique de Pierre Bénichou et Marie Grospierre, Misère… Euh, je vous l’dis tout de suite…") flirte avec le génie absurde. Au Cinéma, si son rôle de pompiste blessé dans "Tchao Pantin" de Claude Berri lui vaut le César du Meilleur acteur, il aura tout joué, tous les genres, tous les styles avec le même talent.

Si sa carrière démarre sur les planches du Café de la Gare (le café-théâtre de Romain Bouteille) en 1969, Coluche apparaît d’abord à la télévision, dans des séries et des publicités. Le Cinéma va très vite s’intéresser à lui avec un premier petit rôle dans "Le pistonné" de Claude Berri (encore lui) aux côtés de Guy Bedos. Non crédité au générique de "Peau d’âne" de Jacques Demy, il joue encore sous le pseudo de Colhuche dans "Sex shop" de Claude Berri (toujours lui). Mais c’est véritablement Claude Zidi qui lui donne sa chance avec "L’aile ou la cuisse". Et quelle chance, happée habilement entre justesse et drôlerie, surtout face à Louis De Funès (1976). Voulant toucher à tout, Coluche réalise son premier film en 1977, "Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine" (le roi Gros Pif c’est lui aussi dans le film).

Zidi et Berri sont les deux Claude qui lui donnent ses plus beaux rôles avec des personnages bourrés de tendresse, de naïveté, de candeur, de maladresse et de cœur. Pour Zidi, Coluche incarne Michel Clément dans "L’inspecteur la Bavure" (face à un excellent Gérard Depardieu en ennemi public numéro un), un régal. Dans "Banzaï", il joue Michel Bernardin, un agent d’assistance aux touristes en détresse qui ment sans cesse à sa copine sur ses déplacements à travers le globe alors qu’il lui avait promis de ne jamais voyager. Dans "Les rois du gag", il partage la scène d’un café-théâtre avec Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte (quand la fiction rattrape la réalité).

Pour Berri, Coluche est l’instituteur que nous avons tous rêvé d’avoir en classe dans "Le maître d’école" (souvenez-vous encore des génériques de début et de fin interprétés respectivement par Richard Gotainer et son "Sampa" et Alain Souchon). Et puis, je vous l’écrivais plus haut, il y a la consécration avec "Tchao Pantin" en 1984. Dans ce film, l’artiste joue sans artifices (outre sa fine moustache). Il se montre tel qu’il est réellement. Et pour cause, l’histoire racontée de cet homme meurtri, harcelé par ses démons que sont l’alcool et la drogue, ressemble à celle vécue par Coluche. Pendant la cérémonie des César, le comédien taquin aura cette phrase magique…

Je tiens à remercier Claude Berri… comme tout le monde !

Lucide à propos de ce double visage proposé au public (l’acteur rigolo d’un côté et le comédien dramatique de l’autre), conscient que les spectateurs préfèrent le voir dans "La vengeance du Serpent à plumes" de Gérard Oury et dans "La femme de mon pote" de Bertrand Blier plutôt qu’ailleurs même en pompiste césarisé (l’expression "Faire son Tchao Pantin" est née de là pour tous ces comiques qui, après, se sont illustrés dans un rôle plus sérieux, loin des attentes du public), réfléchissant sans arrêt sur ce grand écart, Coluche avait encore lâché à juste titre…

Le Cinéma français vit de ses comédies et récompense ses drames !

Mais il n’y a pas que devant la caméra de Berri que Coluche joue sérieusement. Il le fait encore pour le réalisateur Dino Risi dans "Le fou de guerre". Dans ce drame, balancé entre le film de guerre (la Seconde Guerre mondiale) et la satire chère au Cinéma italien, Coluche incarne le capitaine Oscar Pilli mobilisé en plein désert de Libye (une colonie italienne à l’époque), un homme souffrant d’un certain déséquilibre mental. Notez encore, juste comme ça, que l’adaptation française de cette production italienne est assurée par… Claude Berri ! Ce film, sorti le 22 mai 1985, marque la dernière apparition sur grand écran de Coluche, entre rires et larmes. La suite, vous la connaissez, du moins à travers la chanson de Renaud…

Putain de camion…