"Boyhood", ode bouleversante au temps qui passe

"Boyhood", tourné en 39 jours sur une période de douze ans avec les mêmes acteurs, a été présenté en première mondiale, hors compétition, au Festival du cinéma indépendant de Sundance en janvier.

En compétition un mois plus tard à la 64e Berlinale, Richard Linklater a raflé l'ours d'argent du meilleur réalisateur, séduisant autant les critiques que le public.

Le cinéaste américain de 53 ans a toujours aimé jouer avec le temps, comme en témoignait déjà sa trilogie "Before Sunrise" (1994), "Before Sunset" (2004) et "Before Midnight" (2013), qui suivait l'évolution d'un couple (interprété par Julie Delpy et Ethan Hawke) sur une période de vingt ans.

Mais avec "Boyhood", il a franchi un nouveau pas en filmant année après année la jeunesse et l'entrée dans l'âge adulte d'un jeune garçon, Mason (Ellar Coltrane), et de sa soeur Samantha (Lorelei Linklater, la propre fille du cinéaste) dans une démarche superbement romanesque, teintée de documentaire.

L'écriture du scénario a été "très collaborative", a expliqué le cinéaste dans une séance de questions-réponses avec le public juste après la projection du film à Sundance. "Il y avait une structure de base mais chaque année, on développait les scènes."

Le processus était parfois "très rapide car c'était très intense: on tournait par périodes de 3 ou 4 jours à chaque fois, avec une année entre chaque. Et comme les enfants grandissaient, il est venu un moment où Ellar a commencé à écrire avec moi".

Tranches de vie

D'une durée de près de trois heures, le film fait du temps qui passe le seul moteur dramaturgique de l'action. Un moteur aussi efficace qu'émouvant, alimenté par la transformation physique des enfants, fascinante.

"Parfois, je me dis que Richard a une bonne étoile ou qu'il a vendu son âme au diable car (ce projet) n'aurait pas pu fonctionner sans Lorelei et Ellar. Et on ne pouvait pas vraiment savoir s'ils pourraient contribuer (au film) comme ils l'ont fait", a déclaré l'acteur fétiche de Linklater, Ethan Hawke, qui joue le père des enfants.

"Mais l'une des façons qu'a Richard d'écrire un film est d'inviter ses acteurs à participer à sa fabrication. Et ce qui se passait dans la vie de Lorelei pouvait inspirer ce qui se passait dans la vie de Samantha, et c'était la même chose pour nous tous", dit-il.

Volontiers naturaliste, le film présente, souvent avec humour, des petites tranches de vie sans continuité (les séparations, les déménagements, les amis qu'on perd, les nouveau beaux-pères, le premier flirt, l'entrée à l'université) mais formant un tout puissamment cohérent, grâce au personnage de Mason.

"C'était fascinant de voir Ellar se transformer en acteur", observe Ethan Hawke. "Quand il était un petit garçon, c'était plus un jeu avec un enfant pour tenter de capturer des moments. Mais ensuite, le film a adopté un ton différent car Ellar était en train de devenir un jeune homme."

Fils d'artistes expérimentaux, Ellar Coltrane était le candidat idéal pour le projet, même s'il était "parfois plus mature que le personnage de Mason au même âge" et qu'il a fallu le rajeunir, a raconté Patricia Arquette, qui joue la mère de famille.

A Berlin, le jeune homme a raconté avoir toujours en mémoire le premier jour du tournage même s'il avait 7 ans (et 19 à la fin). "Quand on a commencé, je me rappelle clairement m'être dit: +mais dans quoi est-ce qu'on s'embarque?+"

Pour Lorelei Linklater, "c'était très étrange et parfois douloureux: qui a envie de se voir sur l'écran passer par toutes ces étapes ingrates? C'était dur. J'ai même demandé à mon père s'il pouvait faire mourir mon personnage!".

 

AFP Relax News