Bourvil, tellement tendre et tellement drôle

Bourvil, 50 ans déjà
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Bourvil, 50 ans déjà - © STAFF - AFP

Bourvil, le comédien au style inimitable, et au rire communicatif, nous a quittés il y a tout juste 50 ans. Retour sur la carrière d'un homme aux talents multiples que personne n'a oublié.

 

Tout jeune déjà, son grand plaisir était de faire rire. Dans les années’30, le jeune homme anime les fêtes de famille ou de village en imitant Fernandel, son idole à l’époque.

Il ne le sait pas encore mais un jour il sera à l’écran avec lui dans "La cuisine au beurre". Sauf que la sauce ne prend pas : c’est vrai pour le film en lui-même, au scénario bien léger et peu abouti et c’est vrai aussi pour la rencontre des deux monstres sacrés. Bourvil, la gentillesse incarnée, est abasourdi par ce Fernandel qu’il a tant admiré étant jeune et qui se la joue grand seigneur. D’ailleurs, ils ne rejoueront jamais ensemble. Si l’on oppose cette expérience à sa grande complicité avec De Funès, le contraste est frappant.

Impossible d’évoquer Bourvil sans penser à De Funès : ce mariage de l’eau et du feu en fait sans doute le duo comique le plus célèbre du cinéma français. Capables d’improviser, comme lorsque De Funès reste sur les épaules de Bourvil en lui tapant sur le casque, parvenant, au milieu d’un tourbillon comique qui enchaîne les gags, à nous émouvoir lorsque "Stanislas" remercie "Augustin" de l’avoir sauvé, bref du tout grand art. Et lorsqu’on sait que Bourvil est meilleur sur les premières prises alors que De Funès doit se chauffer pour s’améliorer, on mesure les difficultés auxquels le réalisateur Gérard Oury a été confronté.

Quand le duo s’est créé dans " Le Corniaud ", Bourvil est déjà une star alors que De Funès est une vedette naissante. Ils ont pourtant à peu près le même âge mais longtemps abonné aux seconds rôles, il doit attendre les années’60 pour connaître la consécration. Et il le doit en partie à Bourvil, qu’il croise en 1956 dans "La traversée de Paris", dans la scène mémorable où le boucher De Funès remet le cochon à transporter à l’improbable duo Bourvil-Gabin ("Janvieeerr ! J’veux deux mille francs, Janvier !"). En 1964, Bourvil renonce au rôle du commissaire Juve dans Fantômas et recommande De Funès au réalisateur. De quoi rendre jaloux Jean Marais, tant il lui volera la vedette.

On a tendance à ne voir la face comique de Bourvil. D’autant que sa carrière cinématographique se complète sur les planches du théâtre (Ah, ce rire inimitable dans "La bonne planque") ou de la scène ("L’alcool, non ! L’eau ferrigineu-neuse, oui !"). Mais il a d’autres cordes à son arc, avec un répertoire musical plus tendre utilisé encore aujourd’hui dans des mariages avec des titres comme La tendresse ou Un oranger sur le sol irlandais. Des chansons d’amour tendre qui lui ressemblent. Mais il peut jouer aussi les méchants, en incarnant Thénardier dans Les Misérables ; Matteï le commissaire sans pitié du Cercle rouge ou encore l’époux odieux et manipulateur de Michèle Morgan dans Le miroir à deux faces. Pourquoi a-t-on plus de mal à s’en souvenir ?

Tout simplement parce qu’ils ne s’associent pas au souvenir que l’on a de Bourvil, ce personnage tellement doux et attachant, à la ville comme à l’écran, selon le témoignage de tous ceux qui l’ont connu. Le timide et le maladroit peuvent se reconnaître en lui tout en s’émerveillant de ce don magique et rare de pouvoir faire rire ensemble les grands et les petits. Dans "Les copains d’alors" de Georges Brassens, il est dit que "quand quelqu’un manquait à bord, c’est qu’il était mort… Oui mais jamais, ô grand jamais, son trou dans l’eau n’se refermait, cent ans après coquin de sort, il vivait encore…"

Voilà déjà cinquante ans que Bourvil est parti et jusqu’ici son trou dans l’eau n’est pas du tout refermé…

Un feuilleton sur la Première

Une série en 14 épisodes réalisée par Cécile Poss et composée d’interviews inédites et d’archives de la Sonuma, de la Radio-télévision  Suisse, de Radio Canada, de l’INA et d’archives inédites de particuliers.

à suivre sur le site de La Première