"Black Indians", voyage au cœur d'un carnaval métissé

"Black Indians", voyage au cœur d'un carnaval métissé
"Black Indians", voyage au cœur d'un carnaval métissé - © Lardux Films

Présenté au cinéma Nova, le documentaire de Jo Béranger, Edith Patrouilleau et Hugues Poulain nous fait découvrir un carnaval hors du commun. 

Le moins que l’on puisse dire au sujet de “Black Indians”, c’est qu’il témoigne d’un mélange impressionnant de cultures. Réalisé par un trio de Français, ce documentaire nous entraîne à La Nouvelle-Orléans, au cœur de certaines communautés noires qui célèbrent un carnaval empreint de traditions (certaines d’origines africaines), et qui les voit parés de costumes amérindiens. Appropriation culturelle ? Hommage sincère ? Ou un peu des deux ?

Comme nous l’explique un des nombreux passionnés interrogés au cours du film, le Mardi Gras aux États-Unis était à l’origine une fête réservée aux blancs, excluant les minorités, mais que des personnes noires de la Louisiane se sont appropriées à partir du 19è siècle. Chaque année, pendant une journée, ils défilent dans la ville en chantant et en dansant, dans des costumes inspirés des tenues cérémonielles amérindiennes. Leur habillement se veut comme un hommage à ces populations avec lesquelles ils partagent une histoire commune d’oppression. Certaines tribus, comme les Séminoles, ont en effet recueilli des esclaves en fuite dans les bayous, donnant lieu à certains métissages de leurs populations.

Aujourd’hui, une quarantaine de “tribus” défilent lors de ce carnaval unique en son genre. Parmi celles-ci, la Washitaw Nation, menée par David Montana, personnage charismatique, que le film a choisi de suivre pendant les préparatifs de cette fête flamboyante. Sa passion, et celle de ceux qui l’entourent, crèvent l’écran, que ce soit lors de la confection des costumes, pendant les répétitions ou lorsque le grand jour. Difficile de ne pas être admiratif de leur travail d’orfèvre, mais aussi de la force politique qu’il y a derrière cette fête colorée. Il y a une volonté claire, exprimée par tous les intervenants, de souder leurs communautés précarisées (notamment après l’ouragan Katrina) autour de ce patrimoine collectif.

Mais si cette portée politique est fort belle, l’événement soulève des questions que le film ne prend guère le temps de poser, préférant l’enthousiasme et l’admiration à la réflexion. Peut-être eut-il été par exemple pertinent d’interroger quelques Amérindiens sur cette fête qui cherche à leur rendre hommage, mais ne les inclut pas vraiment ? Leurs voix manquent à ce documentaire, qui n’en reste pas moins un témoignage important, une fenêtre sur cette fascinante tradition.

 

“Black Indians” est à découvrir au cinéma Nova à Bruxelles, où il est projeté dans le cadre du cycle “Carnaval Totaal”.