BIFFF: "The Lodgers", secrets de famille

Après avoir remporté le Méliès d’Argent au BIFFF en 2014 pour "Let us Prey", Brian O’Malley est de retour avec nouveau film d’horreur bien ancré dans son pays  : "The Lodgers", une production irlandaise aux accents gothiques plutôt sinistres.

Nous sommes dans les années 20, dans un grand manoir défraîchi où vivent Rachel (Charlotte Vega) et Edward (Bill Milner), deux jumeaux orphelins. Leur 18e anniversaire vient d’avoir lieu, mais l’occasion n’est visiblement pas aux réjouissances. Leur présence en ces lieux, on l’apprend vite, est loin d’être volontaire. Rachel et Edward sont en effet inextricablement liés à la demeure familiale, et sous le joug de leurs "colocataires", des créatures menaçantes et mystérieuses qui résident sous la maison. Soumis aux règles imposées par ces derniers, les jumeaux vivent reclus, entretenant une relation plutôt (vraiment) malsaine. Jusqu’au jour où un beau soldat infirme (Eugene Simon), aux idées chevaleresques, met en périple cette situation déjà insoutenable.

De ce parti-pris surnaturel, O’Malley développe une imagerie gothique du plus bel effet : planches qui grincent, gouttes d'eau refusant de répondre aux lois de la gravité, cadavres sortant du lac, etc. L’esthétique est fascinante, l’ambiance sordide à souhait. Mais "The Lodgers " fait partie de ces films d’horreur qui ne font pas spécialement peur. C’est probablement volontaire — une manière de travailler l’atmosphère plutôt que la terreur —, mais il est clair que certains moments réclamaient un peu plus de sursauts de la part du public du BIFFF, pas très alerte pour l’occasion.

Il serait facile de passer outre cette absence de frayeurs, mais les quelques failles narratives dont souffre "The Lodgers" n’incitent pas non à la clémence. Très mystérieux et souvent confus, le long-métrage s’avère assez frustrant dans ses imprécisions. Lorsque ses secrets sont enfin dévoilés dans la dernière partie du récit, c’est trop peu et trop tard : la longueur du film s’est depuis longtemps fait sentir.

Œuvre gothique riche en motifs, le long-métrage d’O’Malley a suffisamment d'audace visuelle et d’ambition thématique pour susciter l’intérêt du spectateur, mais s’égare trop fréquemment dans les secrets pour conserver son attention.