BIFFF : "Five Fingers for Marseilles", western sud-africain

Five Fingers for Marseilles
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Five Fingers for Marseilles - © Graham Bartholomew

Au sens strict, le western est un genre cinématographique dont l’action se déroule aux États-Unis lors de la conquête de l’Ouest. Dans la réalité, le genre a eu une telle influence que les films qui se réclament de son nom mais ne se passent ni dans l’Ouest américain ni au XIXe siècle sont nombreux. Exemple particulièrement flagrant : celui de "Five Fingers for Marseilles", présenté au BIFFF mercredi dernier. Ce western attaché aux codes les plus marqués du genre est en effet bien loin de O.K. Corral et de Deadwood… puisqu’il prend place en Afrique du Sud dans les années 90.

Le changement de contexte n’est cependant pas particulièrement dépaysant. Plaines sablonneuses, soleil de plomb et bar miteux constituent l’essentiel de son environnement, qui sera familier à tout amateur de films de cowboys. Nous sommes dans la ville de Marseilles, une bourgade libérée du joug de l’apartheid, mais qui reste étouffée par la corruption, à la merci d’hommes qui imposent leurs lois et règlent leur compte de manière expéditive.

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idèle aux traditions du western nihiliste, "Five Fingers for Marseilles" se passe allégrement de personnages positifs. Les rôles à jouer sont en effet ceux d’hommes à la moralité plutôt poisseuse, à commencer par Tau, le protagoniste du récit. Criminel ayant fui la ville après avoir tué deux policiers alors qu’il était adolescent, il est de retour à Marseilles, avec la ferme intention de mener une vie tranquille. Drôle d’idée : non seulement il traîne une réputation bien méritée de dangereux gangster (son surnom : le Lion de Marseilles), mais ses anciens amis sont animés d’une rancœur tenace à son égard. Et dans une ville aux mains de la pègre, il n’en faut pas beaucoup plus pour mettre le feu aux poudres.

La situation est prometteuse, ses images aussi – ces grandes étendues menacées par un ciel bleu foncé-grisâtre qui risque à tout moment de déclencher sa fureur – mais le film déçoit. La beauté de sa photographie mise à part, "Five Fingers for Marseilles" pêche souvent par les maladresses de sa mise en scène. Michael Matthews, dont c’est le premier long-métrage, peine à donner le souffle épique que ses séquences d’action requièrent, et les duels, échanges de tir, bagarres et regards perçants qui parcourent le film se suivent sans passion.

Ceux qui attendront de ce film sud-africain une réappropriation des codes du western, ou une déconstruction de l’impérialisme américain inhérent au genre, seront également déçus. Au-delà de son déplacement géographique et temporel, le film ne renouvelle pas grand-chose au genre, répétant les schémas narratifs habituels, et de manière souvent malhabile : personnages peu travaillés, ton exagérément austère, enjeux confus, etc.  "Five Fingers for Marseilles" n’est pas déplaisant à regarder – ses visuels à eux seuls méritent le détour -  mais il présente indéniablement moins d’intérêt que son concept le suggérait initialement.