BIFFF debrief : "Tunnel"

BIFFF debrief : "Tunnel"
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En première belge lundi soir, la diffusion au BIFFF de Tunnel (Teo-neol en coréen), le nouveau film de Kim Seong-hun. Réussite sur tout les plans, c'est le premier coup de coeur du cru de 2017.

 

Lee Jung-soo est un père de famille respectable, concessionnaire auto rangé, il a l'attitude de ceux qui sont en passe de réussir leur carrière. Après avoir acheté le gâteau d'anniversaire de sa fille et fait le plein d'essence, il se dirige vers chez lui. Sur le chemin, un immense tunnel traverse la montagne, un chef d'oeuvre du gouvernement coréen qui s'étend sur quelques kilomètres. Sans sourciller M. Lee l'emprunte mais les néons se mettent à grésiller et évidemment le tunnel s'effondre dans un fracas monumental. Grâce à sa voiture, Lee a été protégé mais il est maintenant coincé sous les tonnes de décombres cimenteux, métalliques et rocheux. Il parvient à joindre les secours qui s'organisent vite en équipe d'intervention, mais qui interviennent beaucoup beaucoup moins vite. Tous les jours, Lee Jung-soo discute avec le chef des secouristes qui lui prodigue des conseils, entre économiser son eau, boire son urine et attendre, surtout attendre. L'évènement est couvert par la presse au niveau national et cela devient une affaire d'Etat. Mais les jours passent, Lee est toujours coincé et les secouristes s'aperçoivent que le plan du tunnel les a induit en erreur...

Critique de l'Etat et de la presse

Tunnel est un mélange de film catastrophe angoissant, thriller et de comédie critique. Le réalisateur Kim Seong-hun part finalement d'une idée assez simple, un tunnel qui s'écroule et un homme qui est coincé en dessous attend qu'on le sauve, pour l'amener dans une autre dimension. L'Etat coréen et la gestion des services publics reçoit une volée de bois vert bien sentie : juste après l'écroulement l'Etat ne lésine pas sur les moyens pour retrouver le survivant, mais dès que cela coûte un peu d'argent et que ça ralentit la construction d'un autre tunnel, il faut arrêter. L'Etat est aussi complètement à la botte de l'entreprise de construction, pour qui une vie humaine n'a que peu de valeur comparée à un chantier arrêté qui commence à coûter plusieurs milliards. Le réalisateur coréen s'en prend aussi franchement à la presse, qui est à la recherche du scoop perpétuel quitte à compromettre l'intégrité humaine. Un journaliste appelle le survivant qui est coincé sous les décombres alors qu'il doit économiser sa batterie, les reporters sur place prennent des photos de la femme de Lee alors qu'elle ne sait pas si elle va revoir un jour son mari... Tunnel est un film génial de sous-entendus, franchement drôle, très bien réalisé et tout en justesse. 

Kim Seong-hun avait déjà réalisé un film catastrophe, The Terror Live, projeté au BIFFF il y a deux ans, et peaufine un peu plus son art de l'hybride. Il est aussi l'auteur de A Hard Day, un très bon thriller qui avait été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes et à l'Etrange Festival. Tunnel quand à lui fait partie de la Compétition Thriller du BIFFF.