BIFFF debrief : "The Place", l'éthique et l'amoral

BIFFF debrief : "The Place", le dilemme cornélien
2 images
BIFFF debrief : "The Place", le dilemme cornélien - © Tous droits réservés

Le nouveau film de Paolo Genovese était particulièrement attendu après l’énorme succès de Perfect Strangers (Perfetti sconosciuti) en 2016. Dans The Place, le réalisateur italien abandonne la comédie pure et fait le pari osé du huis clos. Le film était en première belge mardi soir et concourt au Prix 7e Parallèle.

 

Après la réussite de Perfect Strangers et ses adaptations à l’international, les yeux étaient rivés sur le nouvel enfant chéri de la comédie italienne. S’il continue d’explorer les tréfonds sombres de l’âme humaine, Paolo Genovese parvient à changer de registre avec un nouveau film audacieux. Le réalisateur a décidé de se tourner vers l’adaptation en s’emparant du scénario de la série américaine The Booth at the End de Christopher Kubasik, un huis clos particulièrement bien ficelé.

Un homme mystérieux costumé et barbu passe ses jours et ses nuits assis au fond d’un bistrot nommé The Place”. Dix personnages de tous horizons se succèdent à sa table, tous viennent pour obtenir quelque chose : la guérison d’un proche, retrouver la vue ou l’amour d’un mari, devenir plus belle, ressentir à nouveau la présence de Dieu… Tout en mangeant ou sirotant un café, l’homme ouvre alors un carnet géant tout griffonné et propose à chacun une mission à accomplir en échange de leur souhait. Et le moins que l'on puisse dire c'est que les tâches demandées bousculent bien souvent la morale et l’éthique : pour guérir son fils d’une maladie, un père est-il prêt à assassiner une petite fille inconnue ? Pour retrouver la vue, un malvoyant est-il prêt à violer une femme ? Pour ressentir à nouveau la foi, une religieuse est-elle prête à tomber enceinte ? Pour stopper l’Alzheimer de son mari, une épouse est-elle prête à poser une bombe et tuer un nombre défini de personnes ?

 

The Place” est un film de questionnement qui cherche à interroger le spectateur et définir les limites de la morale de chacun. Chaque personne est prise d’un dilemme, certains se rétractent, d’autres vont jusqu’au bout mais tous viennent se confier à celui qui leur a donné la mission. A toute heure, l’homme qui pourrait être Dieu, le Diable ou un cinéaste fou, écoute religieusement et semble vivre par procuration un scénario qu’il a lui-même mis en place. 

 

Avec une trame scénaristique géniale, un sens du détail et de l’entremêlement de talent, Paolo Genovese parvient à nous faire vivre à nous aussi ces histoires par procuration. Jamais on ne sort des quatre murs que composent le petit café italien et pourtant tout paraît réel. Le spectateur est à la fois totalement happé par les différentes histoires qui se répondent entre elles et cette interrogation toute personnelle : Que faire à leur place ?”. Un film dont il est impossible de sortir indemne.

 

“The Place” sortira le 13 juin dans les salles belges.