BIFFF debrief : "The Cured", zombie-politique

BIFFF debrief : “The Cured”
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Avec The Cured, David Freyne parvient à transformer un film de zombie en un brûlot politique qui égratigne le système en place. Diffusé vendredi soir, il concourt au Méliès du meilleur film de science-fiction.

 

The Cured (ou précédemment The Third Wave) est le premier long métrage de David Freyne, qui donne une suite à son court métrage The First Wave, qui traitait de la même problématique. Si la thématique du zombie a été usée jusqu’à la corde depuis une dizaine d’années, le jeune réalisateur irlandais prouve qu’il peut lui apporter un fond plus politique. Le film a été projeté au Festival International du Film de Toronto en 2017 où beaucoup l’ont comparé à la série britannique In The Flesh, et c’est un compliment.

 

Quelques années après le passage du virus Maze qui a transformé une partie de la population irlandaise et européenne en zombies avides de chair humaine, un remède a été trouvé. 75% des morts vivants sont désormais guéris et prêts à réintégrer la société. C’est le cas de Senan (Sam Keeley) qui va retourner vivre chez son frère disparu avec sa belle-soeur (Ellen Page) et son neveu. Mais le jeune homme est tourmenté, il est hanté par son passé d’infecté et fait régulièrement des cauchemars dans lesquels il revit ses actions antérieures avec son complice d’alors, Conor. La réinsertion est difficile pour les anciens zombies qui sont discriminés, insultés et humiliés, poussant certains à prendre le chemin de l’extrémisme. La seconde problématique pour le pays est de savoir quoi faire des 25% des morts vivants qui n’ont pas réagi favorablement au traitement, le gouvernement va-t-il les tuer ou continuer à expérimenter sur eux ? En souvenir du bon vieux temps et face à l’injustice évidente, Senan va suivre Conor dans une action terroriste dangereuse qui risque bien de diviser encore une fois la population. 

 

 

Porté par un très bon trio d’acteurs, The Cured” n’est pas un film de zombies ordinaire puisqu’il utilise la figure du mort vivant pour dénoncer une réalité actuelle. Les guéris” peuvent être assimilés aux réfugiés dont certains pays européens essayent de se débarrasser et dont on bafoue les droits élémentaires. Alors qu’ils ont vécu un traumatisme extrême (la fuite de leur pays/la transformation), on demande à ces personnes de s’intégrer” à une société responsable en partie de leur situation sans vouloir vraiment les accueillir. Ce mélange de peur de l’étranger, de méfiance et de discrimination est un témoin du repli identitaire de l’Europe visible aux urnes. Avec The Cured”, David Freyne s’empare du genre pour livrer une critique acerbe et métaphorique de la société d’aujourd’hui.