BIFFF: Agatha Christie vous invite dans sa "Crooked House"

"Crooked House" de Gilles Paquet-Brenner était présenté au BIFFF dimanche dernier.
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"Crooked House" de Gilles Paquet-Brenner était présenté au BIFFF dimanche dernier. - © Tous droits réservés

Le BIFFF a beau être éclectique en termes de genres cinématographiques, une adaptation d'Agatha Christie n'est pas exactement le type de production qu'on a l’habitude de voir dans le festival. Basé sur le roman "La Maison biscornue" écrit par l’auteure anglaise en 1951, "Crooked House" fait presque figure d’intrus avec son enquête de détective et ses costumes d’époque. Un brin conventionnel, mais riche en personnages excentriques, le film constitue tout de même une plaisante parenthèse au sein de la programmation souvent potache du BIFFF.

Son principe est on ne peut plus simple : un vieux milliardaire est mort, probablement assassiné, et tous les membres de son entourage sont susceptibles de l’avoir tué… De sa deuxième et jeune épouse (Christina Hendricks) qui doit bénéficier d’une large part de l’héritage, à ses enfants, frustrés d’avoir été obligés d’abandonner leur carrière de choix, en passant par le personnel, plein de rancœur, chacun d’entre eux semble posséder de bonnes raisons d’avoir éliminer le patriarche.

Le jeu de massacre le plus jouissif du film ne se fait cependant pas avec du cyanure, mais à coup de répliques cinglantes et cruelles. Prenant de toute évidence beaucoup de plaisir à se lancer des piques haineuses, les excellents acteurs qui composent le casting du film (Glenn Close, Terrence Stamp, Gillian Anderson, etc.) incarnent avec bagou cette galerie de personnages excessivement riches et délicieusement excentriques.

Au milieu de ce beau monde, notre héros, Charles Hayward, paraît bien palot. Incarné par Max Irons (le fils de Jeremy), ce détective privé est sans conteste le personnage le plus fade du long-métrage. C’est le parfait jeune premier, le genre de protagoniste très propre sur lui auquel il manque cruellement du relief. On est loin de Hercule Poirot et de Miss Marple.

Contrairement aux héros traditionnels d'Agatha Christie, il n'est d’ailleurs pas un limier spécialement fin. Comme le pointe du doigt la petite fille du milliardaire, il est plus proche d'un Docteur Watson que d’un Sherlock Holmes, et les événements du film l’en atteste. D'une certaine manière, c'est assez rafraîchissant : le spectateur est pratiquement au même niveau que ce détective intelligent mais pas génial, soupçonnant tout le monde sans certitude marquée. Malgré une construction narrative parfois une peu bancale,  l’enquête se suit donc avec un certain plaisir, qui tient plus de l’ambiance années 50 élégamment restituée et de l’excentricités de ses personnages, que dans l’intérêt pour son personnage principal. La mise en scène de Gilles Paquet-Brenner n’étourdira personne non plus, mais le film se tient de manière tout à fait convenable, traduisant fort bien le sens de l’humour cher à Christie. Un parfait film pour un dimanche soir en somme.