Berlinale: pour Agnieszka Holland, il faut "des médias libres et courageux"

(G-D) L'acteur Peter Sarsgaard, producteur et scénariste Andrea Chalupa, directrice Agnieszka Holland et acteur James Norton de "Mr. Jones," février 10, 2019, Berlin
(G-D) L'acteur Peter Sarsgaard, producteur et scénariste Andrea Chalupa, directrice Agnieszka Holland et acteur James Norton de "Mr. Jones," février 10, 2019, Berlin - © John MacDougall / AFP

La réalisatrice polonaise Agnieszka Holland a défendu la nécessité de médias "libres et courageux" et de la lutte contre les "fake news", en présentant dimanche à la Berlinale "Mr Jones", un film sur la famine des années 30 en Ukraine, révélée par un journaliste britannique.

En compétition pour l'Ours d'or du festival de Berlin, "Mr Jones" raconte l'histoire de Gareth Jones (interprété par James Norton), un journaliste britannique qui a fait connaître en 1933, suite à un voyage en URSS et au péril de sa vie, la famine qui a fait plusieurs millions de victimes en Ukraine en 1932-33 et que les autorités soviétiques cachaient.

"J'ai eu le sentiment que les fantômes de ce crime avaient besoin qu'on leur donne (...) une place, un coup de projecteur, qu'ils avaient besoin d'une certaine forme de justice. J'ai senti un devoir moral" à le faire, a déclaré Agnieszka Holland lors d'une conférence de presse.

"Staline a été l'un des plus grands meurtriers de l'histoire de l'Humanité", a estimé la cinéaste, jugeant "tragique" sa popularité encore aujourd'hui en Russie. "Mais il a gagné la guerre et rendu sa grandeur à l'Union soviétique", a-t-elle ajouté avec un sourire.

Alors que l'acteur américain Peter Sarsgaard ("Dans la brume électrique") incarne dans le film Walter Duranty, correspondant du New York Times à Moscou qui a nié l'existence d'une famine dans la région, en accord avec la propagande soviétique, la réalisatrice d'"Europa Europa" a souligné la nécessité, aujourd'hui comme à l'époque, d'avoir "des médias libres".

"Les fake news, qui se répandaient assez rapidement au cours des siècles derniers, se répandent aujourd'hui en quelques secondes de façon mondiale", avec les réseaux sociaux et internet, a-t-elle dit. "C'est même devenu plus dangereux. Cela veut dire qu'il est devenu bien plus facile de manipuler l'opinion", a-t-elle ajouté.

"La seule arme que nous avons, ce sont les médias libres et courageux", a-t-elle affirmé.