Before we go, un film de Jorge Leon dans Tout le Baz'Art

Before We Go
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Before We Go - © copyright Jorge Leon

Bruxelles. Opéra de la Monnaie. Trois personnes en fin de vie rencontrent des chorégraphes, acteurs et musiciens, devant la caméra de Jorge Leon.

Bruxelles. Opéra de la Monnaie. Trois personnes en fin de vie rencontrent des chorégraphes, acteurs et musiciens, devant la caméra de Jorge Leon.

Le film est né de rencontres déterminantes avec les résidents d’un centre de soins palliatifs à Bruxelles qui accueille, hors de tout acharnement thérapeutique, des personnes en fin de vie. Depuis quelques années, les responsables de ce centre m’invitent à y organiser des ateliers de création. Lorsque j’ai proposé aux résidents d’explorer le thème de la mort, leur forte adhésion et leur engagement ont fait naître la possibilité d’un film. J’ai proposé aux participants de quitter l’espace thérapeutique et de migrer vers l’Opéra, lieu emblématique de la représentation du tragique.

Des amis chorégraphes, acteurs et musiciens nous ont rejoint et ensemble nous avons tenté de donner forme à des questions, des espoirs et des peurs que la fin de vie engendre… Before We Go nous plonge au coeur de cette expérience.

Jorge Leon

Tout le Baz'Art rediffuse le très beau et émouvant documentaire de Jorge Léo " Before we go ". Avec ce film le réalisateur nous fait profiter de sa longue expérience d'animateur d'atelier dans un centre de soins palliatifs et  lève le coin du voile sur un sujet tabou : la fin de vie. Meg, Benoît et Simone sont danseurs et chorégraphes ; dans les coulisses, les loges et les ateliers du Théatre de la Monnaie, ils rencontrent Lidia, Michel et Nöel, aux corps déjà très affaiblis. A sa manière, poétique et lyrique, Jorge Léon nous offre un magnifique hymne à la fragilité, au geste, au mouvement, à la vie. Le documentaire est précédé d'une interview de l'auteur par Hadja Lahbib. Sur la Trois le jeudi 17 novembre à 22h15.

L'interview

extrait de propos recueillis par Jacqueline Aubenas

Pourquoi avoir choisi le Théâtre de la Monnaie, un lieu culturel prestigieux ?

La Monnaie est pour moi le lieu exemplaire de la représentation du tragique et j’avais envie de leur offrir ce meilleur. Les portes m’ont été ouvertes. Le projet a été non seulement accepté mais accueilli.  L’essentiel alors a été de trouver le calme, le vide des ateliers durant les vacances.  Le temps de fermeture annuel de la Monnaie – deux semaines – est très court. Ce délai si bref pour un tournage était très angoissant d’autant plus que je devais tenir compte des disponibilités des participants qui avaient des contraintes de soins.

J’avais aussi sollicité la participation d’amis artistes : Meg Stuart, chorégraphe, Benoît Lachambre, performer, Simone Aughterlony, également chorégraphe, les compositeurs-interprètes Walter Hus et George van Dam et Thomas Wodianka, acteur. Tous ont fait en sorte d’être libres durant cette période à la fois contraignante et limitée.

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Le son et la musique, étant donné le sujet et le lieu, il vous a fallu éviter le trop.

Le piège était là, l’opéra et tout ce qu’il suppose et amène. J’ai fait le choix du Dido’s Lament de Purcell, un classique mais filmé en répétition et interprété sur des instruments moins attendus… et puis la chanson de Nick Cave The Mercy Seat, titre qui évoque à la fois la chaise de la miséricorde et la chaise électrique. Elle permettait de rappeler la solitude radicale face à la mort et le fait que cette mort est parfois imposée par d’autres hommes.

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Vous n’avez jamais eu peur de l’image en trop ?

Pour la première partie du film où nous filmons les protagonistes au plus près de leur intimité, j’ai demandé à chacun d’eux, avant le tournage, de rédiger une lettre et de décrire leur quotidien. Ce que chacun acceptait de décrire dans cette lettre pouvait se retrouver dans la matière du film.

Tout ce qu’ils ne décriraient pas, n’y serait pas. J’avais ainsi un plan de travail, une feuille de route et je m’y suis tenu. Dans sa lettre, Lidia évoquait les douleurs qu’elle doit affronter au réveil. Je savais donc que j’irais là tôt le matin et que ce ne serait pas une situation confortable, qu’il était hors de question de " répéter " la scène. Une fois sur place, la question n’était plus " puis-je filmer ça ? " mais " comment fait-elle tous les matins pour vivre cela ". Plus tard, elle me confiera : " j’ai partagé ma solitude ". Il n’était pas question d’indécence ou même d’obscénité.

 

Before We Go est coproduit par la RTBF.