Bacha Posh : la liberté arrachée

Bacha Posh : la liberté arrachée
Bacha Posh : la liberté arrachée - © Tous droits réservés

Le court métrage franco-suisse de Katia Scarton-Kim raconte l’histoire d’un enfant déguisé dans la Jungle de Calais.

 

Calais, dans le camp de migrants démantelé depuis lors, une famille afghane survit en attendant de passer en Angleterre. Le père tient une épicerie, aidé par son fils tandis que la mère et les trois filles effectuent les tâches quotidiennes. Un jour, père et fils entendent parler d’un plan pour rejoindre la Grande-Bretagne à bord d’un camion via un passeur. Caché dans la remorque, Nadim se fait rapidement arrêter et interroger. Celui que l’on croyait jeune garçon est en fait un “bacha posh”, une fille déguisée au masculin. Sous le choc de l’arrestation, elle a ses règles pour la première fois. Les parents ne peuvent plus faire semblant.

 

C’est en travaillant dans la Jungle de Calais que la réalisatrice Katia Scarton-Kim a découvert l’existence des “bacha posh”. Au Pakistan et en Afghanistan, cette pratique superstitieuse consiste à gommer la honte de ne pas avoir de fils. Les parents choisissent alors l’aînée pour l’habiller et la traiter comme un garçon, histoire de faire illusion et de se porter chance pour avoir ensuite un garçon. Le plus difficile pour l’enfant est au moment de la puberté. La réalisatrice a souhaité par la suite faire une fiction autour de cette thématique mais pas seulement. Son court métrage est aussi une histoire de libération paradoxale. En effet en retrouvant sa féminité, Nadim doit plier sous le poids des contraintes et interdiction liées à son genre. Elle devra désormais porter le voile, elle ne pourra plus sortir le soir, accompagner les hommes, aider son père à l’épicerie. Nadim va devoir se réinventer et trouver sa place.

 

La pratique des “bacha posh” apparaît comme traumatisante pour les jeunes filles qui perdent les notions de genre et leur propre identité. D’un coup, elles ne sont plus libres et vivent ce retour à la féminin comme une injustice profonde, en plus du fait que c’est totalement dégradant pour la femme. Ici encore, cela témoigne de la déconsidération du genre féminin par rapport au masculin, sous prétexte que l’on a décidé qu’avoir des filles avait moins de valeur que d’avoir des fils, on est prêts à infliger une torture psychologique à son enfant. Un court métrage qui éclaire sur une pratique assez peu connue. 

 

Le making of de Court Circuit :