"Anomalisa", un film d'animation pour les grands en mal d'amour

Quand Charlie Kaufman, scénariste d'"Eternal Sunshine of the Spotless Mind" et "Being John Malkovich", s'attelle à son premier film d'animation, cela donne "Anomalisa", une rencontre entre deux solitudes et deux voix.

Co-réalisateur du film avec Duke Johnson, Charlie Kaufman, dont c'est le premier pas dans l'animation, a mis deux ans avant de réussir à tourner ce film, récompensé par le Grand Prix du Jury à la Mostra de Venise.

Réalisé en "stop-motion" (technique d'animation image par image), "Anomalisa" a en partie été financé grâce à une campagne de crowdfunding (financement participatif) via le site Kickstarter. Chacun des 5.770 contributeurs, qui ont versé 406.237 dollars au total, est remercié à la fin du générique.

Cincinnati, aux Etats-Unis: Michael Stone (avec la voix de David Thewlis), la quarantaine quelconque, vient donner une conférence dans cette ville.

Il a laissé femme et enfant à Los Angeles et dans sa chambre d'hôtel anonyme, se sent seul. Par hasard, en entendant dans le couloir une voix qu'il croit reconnaître, il tombe sur deux jeunes femmes venues écouter sa conférence.

L'une d'elles, Lisa, qui le trouve "si intelligent", l'attire tout particulièrement. Le film s'attarde alors sur cette rencontre entre deux solitudes, dont la voix de Lisa (Jennifer Jason Leigh, en version originale) est l'une des clés.

Quand Lisa se met à chanter "Girls just wanna have fun" de Cindy Lauper, Michael est bouleversé. La voix de la jeune femme est la seule, avec la sienne, qui soit différente de toutes celles des autres personnages du film, "interprétées" par le même acteur, Tom Noonan.

Michael pense alors avoir trouvé son âme soeur et décide de proposer à Lisa de vivre avec lui. La jeune femme hésite puis donne son accord. C'est alors que la voix de Lisa change.

'Métaphore'

Evoquant une "métaphore, une allégorie", Charlie Kaufman a mis cette situation en relation avec le syndrome de Fregoli, l'hôtel où descend Michael portant d'ailleurs ce nom.

Cette pathologie, du nom du célèbre transformiste italien Leopoldo Fregoli (1867-1936), est de nature psychotique et paranoïaque. Le malade est persuadé d'être persécuté par une autre personne qu'il voit partout, sous différentes formes.

De fait, Michael a l'impression d'être environné toujours des mêmes personnes - il est le seul avec Lisa à avoir une silhouette et un visage aussi bien "dessinés", aux traits aussi "réels".

Son existence vaut-elle la peine ? Qui est-il vraiment ? Qu'est-ce qu'être humain ? Tant de questions que pose le film, dont le titre est un mélange de cette "anomalie" qu'est l'amour, et du prénom Lisa.

Deuxième film de Charlie Kaufman comme réalisateur (après "Synecdoche, New York" en 2008), "Anomalisa" explore des thèmes qui lui sont chers: la solitude, la mélancolie, la dépression et la quête de relation.

Nommé aux Oscars dans la catégorie "meilleur film d'animation", ce long métrage s'efforce aussi d'utiliser la technique du stop-motion de manière à être le plus réaliste possible (traits de visages irréguliers, attitudes naturalistes...) et à coller au malaise existentiel du personnage principal.

"On voulait que les corps sonnent vrai", dit Charlie Kaufman. "Les personnages devaient être émouvants et expressifs."

"Anomalisa" sort en Belgique le 2 mars 2016.