Amiante, pesticides: "Les Sentinelles" au combat pour la santé publique

Contre l'amiante, l'herbicide "Lasso" et d'autres pesticides : le documentaire "Les sentinelles" retrace le combat d'hommes et de femmes qui s'attaquent à des industriels au nom de la santé publique.

Le film revient longuement sur le scandale de l'amiante et la genèse de la prise de conscience de la dangerosité de cette substance, mais aussi sur la lutte qu'il a fallu livrer pour qu'elle soit interdite.

C'est également l'histoire d'un fils, Pierre Pézerat, le réalisateur, rendant hommage au travail de son père, Henri, un scientifique du CNRS qui a tiré la sonnette d'alarme puis épaulé les ouvriers pour faire reconnaître les dangers mortels de cette fibre, largement utilisée pour ses qualités anti-feu et isolantes.

Dès les années 70, Henri Pézerat alerte sur les dangers des poussières d'amiante sur le système respiratoire. Mais le scandale n'éclate qu'au milieu des années 90, lorsque des salariés d'usines d'amiante meurent prématurément.

Le film montre des images d'archives, qui paraissent aujourd'hui sidérantes: des ouvriers travaillant dans des ateliers où l'amiante virevolte comme des flocons de neige. A la sortie, leurs habits sont couverts d'une poussière blanche, qui se révèlera être cancérigène.

Au début réticente à écouter le savant Pézerat qui vient leur dire que des usines sont dangereuses, la CGT s'implique peu à peu dans le dossier au fur et à mesure que certains de ses membres prennent conscience des conséquences mortelles de cette substance.

Mais pour les faire reconnaître, le combat avec les industriels et les autorités est long et exigeant. L'argument de l'emploi est brandi comme un épouvantail pour tenter d'étouffer la parole des lanceurs d'alerte. Un des interlocuteurs parle "d'anesthésie des pouvoirs publics".

L'amiante interdite en 1997, le réalisateur montre que le combat pour la santé publique se poursuit avec les produits chimiques, pesticides et autres.

Une association "Henri Pézerat" est d'ailleurs née en 2014 pour agir dans ce sens.

Hypersensibilité chimique
Pierre Pézerat filme d'autres sentinelles, qui engagent des bras de fer pour faire reconnaître leur maladie comme professionnelle ou la faute inexcusable de leur employeur. Le découragement pointe parfois mais la solidarité avec d'autres victimes et le soutien de défenseurs de la santé au travail les aident à ne pas lâcher l'affaire.

Paul François est un exemple emblématique. L'agriculteur, intoxiqué par l'herbicide "Lasso" qui l'a envoyé deux mois à la Pitié-Salpêtrière et lui a laissé des séquelles, a attaqué le géant Monsanto en justice. Après des années de procédure, une séquence montre l'attente du verdict en appel aux côtés de son avocat, Me François Lafforgue.

La tension est palpable à l'écran. Et à l'annonce de la décision favorable au céréalier, les nerfs se relâchent: embrassades, larmes. Le "Lasso" sera finalement interdit.

La descente aux enfers de trois salariés de la coopérative bretonne Nutrea Triskalia est aussi racontée: on voit de solides gaillards atteints de maux que la médecine a du mal à expliquer. Leur peau ne supporte même plus l'eau du robinet pour se laver. Finalement, une "hypersensibilité chimique multiple" est déclarée, causée par des contacts répétés avec des pesticides, dont certains étaient interdits.

Impossibilité de travailler, licenciement, antidépresseurs: leur vie déraille. Mais aidés par d'autres "sentinelles", ils ne baissent pas les bras et finissent par gagner aux prud'hommes.