"Alt-right" et "fake news", carburants de l'émission satirique "The Opposition"

"The Opposition" est une émission quotidienne (sauf le vendredi) dont la première a été diffusée lundi en fin de soirée, après le "Daily Show".
"The Opposition" est une émission quotidienne (sauf le vendredi) dont la première a été diffusée lundi en fin de soirée, après le "Daily Show". - © The Daily Show with Trevor Noah / Youtube.com

Conspirations, mensonges et contre-vérités: la nouvelle émission satirique "The Opposition" de Comedy Central tourne en dérision les délires de l'"Alt-right", nourris par les "fake news", avec des personnages tout droit sortis de cet univers.

Le présentateur de ce nouveau programme, Jordan Klepper, vétéran du "Daily Show", l'émission phare de la chaîne câblée Comedy Central, explique avoir eu l'idée du concept à force de se rendre à des réunions publiques de soutien à Donald Trump durant la campagne présidentielle.

Il y a tourné quelques scènes mémorables, toutes en absurdités et en contradictions, mais a aussi pu vérifier la prégnance des sources d'informations alternatives au sein de cette population.

Et en premier lieu les sites de l'"alt-right", la mouvance de la droite dure américaine, tels Infowars du conspirationniste David Jones, le désormais célèbre Breitbart de Steve Bannon ou The Blaze de l'ultra-conservateur Glenn Beck.

- Matériau potentiellement radioactif -

Tout cela arrosé de réseaux sociaux, grand déversoir de mythes et de théories fumeuses.

C'est ce magma qui donne son matériau à "The Opposition", émission quotidienne (sauf le vendredi) dont la première a été diffusée lundi en fin de soirée, après le "Daily Show".

"C'est un monde marrant à explorer", a expliqué Jordan Klepper lors d'une présentation à des journalistes à New York, "plein de paranoïa, de conspiration, qui se façonne sa propre vérité, sa propre réalité."

"C'est un endroit formidable pour un humoriste pour montrer les conneries qu'on y trouve, plutôt que de simplement s'énerver dessus", a-t-il ajouté.

Physique longiligne, mèche aérienne, débit de mitraillette, Jordan Klepper se transforme donc, le temps de chaque émission, en un personnage pour qui "nous sommes tous contrôlés par des marionnettistes des élites", qui font que "tous les grands médias ont le même son de cloche", a-t-il expliqué lors de la première de "The Opposition", lundi soir.

"Je me bats pour casser leur monopole sur la vérité", a-t-il lancé, le visage impassible, devant un public conquis. Pour l'y aider, il s'est entouré d'intervenants ou d'humoristes dans divers rôles, notamment celui du polémiste "alt-right", très inspiré du trublion Milo Yiannopoulos.

La tentative n'a pas échappé à l'"alt-right", le conspirationniste Alex Jones, apprécié de Donald Trump, affirmant, avant même que l'émission n'ait été diffusée pour la première fois, que Jordan Klepper "(jouait) le rôle d'Alex Jones" dans cette nouvelle émission.

"Nous avons leur plan. Nous connaissons leur plan", a promis Alex Jones, menaçant, dans une vidéo.

Jordan Klepper sait parfaitement qu'il manipule un matériau potentiellement radioactif, qui fait le terreau de nombreux idéologues, aux Etats-Unis mais aussi ailleurs.

- Des idées 'inquiétantes' -

"Il y a des idées aux marges qui sont dangereuses, inquiétantes, et auxquelles il ne faut pas donner d'espace", dit celui qui vient du monde de l'improvisation: "Nous sommes très conscients de cela."

"Il est important de discerner quand ces sites ont de l'influence et quand ils n'en ont pas", poursuit Jordan Klepper, qui souhaite seulement évoquer des sujets qui "ont déjà infusé notre société".

Lundi, le présentateur de "The Opposition" s'en est ainsi pris aux footballeurs américains et à leur querelle avec Donald Trump: "Les athlètes sont là pour se faire des traumatismes crâniens (sur le terrain), pas pour nous faire réfléchir", a-t-il lancé.

Pour prendre un peu de recul, l'émission aura un invité quotidien, souvent une personnalité qui a décrypté ou combattu cette nébuleuse "alt-right". 

"The Opposition" a été conçu comme un jumeau maléfique du "Daily Show", l'émission de satire politique rendue célèbre par l'humoriste Jon Stewart, remplacé en 2015 par le Sud-Africain Trevor Noah.

"Nous nous voyons comme l'opposé du +Daily Show+", qui est "mainstream", explique Jordan Klepper. "Nous voulons que les deux émissions fonctionnent en tandem."


AFP